L’ouverture de la série de conférences marquant le bicentenaire de la Société biblique à Maurice a eu lieu hier matin à l’Institut Cardinal Margéot. Celle d’hier, qui avait réuni biblistes, théologiens, universitaires, chercheurs de Maurice, Rodrigues, Seychelles, La Réunion et Madagascar, avait pour thème « Impact de la Parole : Hier, Aujourd’hui et Demain ».
L’invité d’honneur à ce bicentenaire était le Dr Krijn Van der Jagt, professeur d’anthropologie et de théologie biblique et, par ailleurs, conseiller en traduction. Il est également conseiller de la Société biblique de Maurice depuis une vingtaine d’années. Le Dr Van der Jagt devait commencer son exposé avec une anecdote remontant à sa première visite à Maurice il y a vingt ans de cela. Il devait faire part de son sentiment de gêne lorsque, à la réception de l’hôtel où il était, ayant appris qu’il était de la Hollande, on sollicita de lui des excuses. Avant qu’il ne s’entende dire : « Parce que vous avez tué les dodos ! » Enchaînant sur ce thème, le théologien devait ce matin en faire son entrée en matière montrant comment la Bible pouvait autrefois donner lieu à toutes sortes d’interprétation. « La Bible dit que les oiseaux ont été créés pour voler. Le Créateur ne leur a pas donné des ailes pour rien. Et, les dodos ont été désobéissants. Ils ont refusé de voler. Donc, nous pouvons les tuer ! » C’est ce type d’interprétations bibliques qui existaient dans le passé et qu’on mettait en avant pour justifier ses actes, selon le Dr Van der Jagt. Durant les 200 ans de la Société biblique, le concept de la Bible a grandement évolué, devait-il souligner. Selon l’anthropologue et linguiste, les auteurs de l’Ancien Testament étaient des scribes professionnels. « Ils avaient leur propre style d’écriture. Ils utilisaient des mots qui étaient le Trademark des scribes. » Le Nouveau Testament, par contre, n’était pas écrit par des scribes professionnels. « C’étaient des chrétiens dont certains avaient côtoyé Jésus ».
L’ouverture de la conférence a également été marquée par les témoignages de Karl Offman, ancien président de la République et Dev Virahsawmy, linguiste et écrivain ayant participé à la traduction du Nouveau Testament en kreol morisien.
Karl Offman a parlé de son engagement au sein de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) dès l’âge de 17 ans. « C’est là que j’ai compris qu’être chrétien, c’est être dans le monde. » Il a été un des dirigeants de la JOC au niveau régional, continental et international. Il a d’autre part confié que son engagement en tant que chrétien et politicien n’a pas été de tout repos. À titre d’exemple, devait-il se souvenir, lorsque sir Anerood Jugnauth, alors Premier ministre, avait traité une section de la population de « rawan » à l’aéroport. « Cela m’a fait beaucoup de peine. On est tiraillé pendant ces moments et on se retrouve très seul. Il fallait trouver le juste milieu. » En tant que politicien, « j’ai eu beaucoup de critiques mais quelque chose m’a guidé : “Tu es dans une équipe, tu agis en conformité avec la foi que tu as” ». Selon lui, s’il n’avait pas été chrétien, il n’aurait pas connu une telle carrière. « J’ai voulu être dans le giron de la décision pour influer sur les décisions. »
Dev Virahsawmy a pour sa part témoigné comment la Bible l’a touché en tant que non-chrétien. Issu d’une famille très religieuse, « mo papa ti enn militan Arya Samaj ki ti pe revolisyonn indouism. Mo mama ti plito krwar dan enn metisaz relizye. An 1945, kan polyo kokin mo lebra gos, dan kiltir mo papa, sa ti fer parti so karma. Li ti pe pey pou erer ki li tinn fer. Mo mama, li, ti pe al demann sekour dan kovil, lasapel ek legliz. Li ti pe trenn mwa dan tou landrwa sakre ». C’est ainsi que le poète a égrené le souvenir de son enfance, baignée dans un univers de tant de croyances. Poursuivant, de manière imagée, il ajoute : « San ki mo kone, enn lame invizib ti pe grandi dan mo latet. »