Vendredi dernier, dans le cadre de l’AIDS Candlelight Memorial tenu à son siège, à Port-Louis, PILS a souhaité mettre les points sur les “i”. Dix ans après la tenue du premier Candlelight national, et comptant plus d’une vingtaine d’années de militantisme autour du sida à Maurice, cette Ong phare a remis les pendules à l’heure. Le moment pour son directeur emblématique, Nicolas Ritter, également premier Mauricien à avoir admis vivre publiquement avec le virus ici, de revenir sur des points saillants dans la lutte contre le virus. Nicolas Ritter a, à cet effet, déclaré que « la colère gronde parmi les séropositifs ». Une colère qu’il qualifie de « juste et compréhensible ».
« Depuis des années, déclare d’emblée Nicolas Ritter, vous, ces personnes en colère pour la plupart, ne connaissez que dépendance, exclusion, prison, misère et difficultés, rejet et discrimination, violation de vos droits les plus fondamentaux. À cela s’ajoutent souvent ces deux virus que sont le VIH et le VHC (virus de l’hépatite C, Ndlr), qui a leur tour entraînent leur lot de stigmatisation et d’incompréhension, sans compter des infections opportunistes, des résistances, des cancers ou des cirrhoses… Et voilà que, depuis 10 ans, notre épidémie a changé et vous a placés au coeur d’une réponse qui s’est construite autour de vos vulnérabilités : personnes qui s’injectent, personnes qui se prostituent, hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes, personnes transsexuelles… Pour beaucoup, vous dormez dans la rue, vous ne mangez pas à votre faim, vous avez froid en hiver et, quand vous trouvez finalement un toit après qu’un parent ou un propriétaire vous ait exclu des lieux, eh bien ces maisons prennent l’eau pendant les cyclones et les grosses pluies ! Face à ces situations de grande précarité qui touchent plus de trois-quarts des personnes séropositives à Maurice, vous voyez l’argent couler à flot vers certaines associations, et en particulier vers PILS. Depuis 3 ans, PILS a en effet la responsabilité de gérer l’argent du Fonds mondial en tant que récipiendaire principal pour la société civile, position complexe et difficile et qui suscite bien des incompréhensions. »
De fait, estime le directeur de PILS, « cette grosse colère, qui est justifiée, utilisons-la à bon escient, transformons-la en quelque chose de positif pour que cette lutte prenne une signification pour tout un chacun ». Nicolas Ritter rappelle, au risque de se répéter : « Nous avons, à Maurice, depuis plusieurs années maintenant, les conditions requises pour parvenir, pourquoi pas, à nous ériger en exemple dans le monde entier, où nous pouvons stopper les nouvelles infections et, pourquoi pas, arriver à ne plus enregistrer de décès liés au sida ? » Mais pour cela, rappelle notre interlocuteur, il faut définir les priorités. « Avec un nouveau gouvernement en place, et un prochain round du Fonds Global, qui pourrait être le dernier, nous devons jouer finement… Il faut maintenant que nos décideurs comprennent l’urgence de la situation. »
Nicolas Ritter poursuit : « Si nous ne nous mobilisons pas tout de suite, l’argent étant le nerf de la guerre, nous n’allons pas pouvoir contenir ce virus. Nous avons été les premiers dans l’océan Indien, et le deuxième pour toute l’Afrique, à offrir gratuitement et universellement les traitements et les soins pour ceux vivant avec le VIH. Nos programmes de réductions des risques pour les personnes qui se font des injections sont cités en exemple dans le monde entier. » Il reprend : « Même si nous sommes confrontés à une épidémie concentrée chez les populations les plus vulnérables et les plus exclues, notre épidémie est relativement petite et nous avons les moyens – tant structurels, médicaux, financiers et logistiques – d’en venir à bout. » Par ailleurs, souligne-il, « nous avons depuis peu un nouveau gouvernement, avec qui nous devons tisser des relations dans le sens d’un réel partenariat pour le bien de ceux qui en ont le plus besoin ». Ce qui signifie aussi, selon lui, « sensibiliser à notre cause les membres de ce nouveau gouvernement, de ce nouveau Parlement, et continuer ensemble, et sans relâche, le travail du plaidoyer dans les domaines où un changement de lois et d’attitudes sont nécessaires dans le combat contre le VIH et, par extension, contre toutes formes d’exclusion, de stigmatisation et de discrimination ».