Le passage d’une année à l’autre sert à remettre les pendules à l’heure. Entre résolutions et prédictions survit un désir de nouveau départ, de feuille blanche… Mais à force de vouloir aller de l’avant guette la tentation de l’oubli. Quelles étaient nos résolutions de l’an passé ? Banané finn arive. Oui, mais avec quoi ? Ces nouvelles tendances, ces nouveaux concepts, ne peut-on pas les retrouver dans les cendres de 2012. Entre dépoussiérage et perspective, qu’est-ce qui fera le champ lexical de 2013 ?
Quelles idées marqueront 2013 ? Quelle nouvelle réflexion ? Envisagerait-on le début d’un nouveau cycle, comme l’aurait fait espérer certaines positions eschatologiques du 21.12.12 ? Hasta siempre la revolusion – et si le « plus tard » pointait plus tôt… On peut aller loin dans les rêveries de début d’année. Quitte à cultiver une certaine excitation en prévision d’hypothétiques événements. Explications…
2013 vit un peu dans 2012. Et 2012 aura été une année de « l’attente ». C’est le premier phénomène à relever. Il s’agit d’une tendance qui ne risque pas de s’atténuer avec la dite suprématie des médias et des communicants qui, scientifiquement, ajustent les désirs. Le premier mot à retenir pour 2013 est le suivant : buzz. Bien sûr, le buzz définit dans un premier lieu le « sujet de prédilection », le « truc à la mode dont on parle ». C’est le « craze » qui justifie le fait d’être « in » ou d’être « out », comme aimait à chanter un Gainsbourg un peu en avance sur son temps. Mais le buzz s’est transformé.
Le « bourdonnement » ne s’apparente plus uniquement à l’effet de « contagion » – c’est-à-dire addiction que peut produire une vidéo à la sauce « Gangnam Style ». Le « bourdonnement » est étudié, prévu, calculé. L’événement n’est plus organisé. Il est inventé, théorisé, amalgamé à quelque héritage ésotérique. Qu’importe s’il n’a pas lieu. On lui donne du mordant… A partir d’une date on crée un engouement. L’adrénaline a un pouvoir commercial insoupçonné. D’ailleurs, n’existe-t-il pas une sous-médiatisation du « véritable » propos scientifique tant le buzz – comme le 21.12.12 – peut faire vendre ? Wise after the event, ils sont de nombreux médias à avoir entretenu le « faux mystère » pour après revenir à la charge avec « la vérité ». Stéphane Foucart du Monde a gentiment attendu le 22.12.12 au matin pour écrire : « Et pour la prochaine fin du monde, des astéroïdes géants heurtent la Terre », article qui répertorie non sans humour, toutes les autres fins possibles et imaginables. En 2013, soyons donc résolus à être à la solde de la communication de masse.
Renouveau ?
Ceci dit, le calendrier Maya a cela de bon qu’il annonce la fin « d’un cycle long »… Qui cadre harmonieusement avec les circonstances de notre temps : crise financière. Le Monde, dans son édition Dossiers et Documents de novembre 2012, publiait dans le sillage de toutes ces théories une édition titrée « Changez d’ère ! ». Les mots « combat », « refus », « courage politique » devraient ainsi être à l’ordre du jour en 2013. Les « croissancistes » contre « écologistes » continueront sans doute à livrer bataille autour d’un modèle qui montre ses failles… Et qui les montre depuis 1972. Cette année-là, Dennis Meadows et le Club de Rome – des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology – publiaient déjà les Limits to Growth, un « rapport modélisant les conséquences possibles de la croissance économique sur le long terme ». Mais rien, ou très peu jusque là. A quoi attribuer la panne d’idée de 1972 à 2012 ?
Jean-Claude Guillebaud, auteur d’« Une autre vie est possible » (éd. L’Iconoclaste, 2012) répondait aux questions d’Hervé Kempf du Monde. Il signale : « On vit des mutations gigantesques, tellement profondes que l’ampleur des adaptations à mener est paralysante pour tout le monde ». De « mutations » à « paralysie », le pas est vite fait. 2013, comme pour le treize malchanceux, serait-elle l’année du « pessimisme » ? Hervé Kempf y va de son commentaire : « Une partie de l’explication tient au fatalisme répandu par les médias contrôlés par l’oligarchie ». « Médias », on les retrouve partout. Ce sera la guerre entre l’idée d’une fin de cycle et l’anagrame TINA – there is no alternative – cher à Margaret Tatcher. Elle aura, au regard de l’histoire, réussi à incruster l’idée qu’il « n’y pas d’autre solution que le capitalisme ». C’est encore et toujours une question de com’. L’ouvrage « Les gourous de la com’ – Trente ans de manipulations politiques et économiques » (éd. La découverte, 2010) de Michaël Moreau et Aurore Gorius peut aider à en saisir les subtiles mécanismes.
Consommation
« Le but est de consommer… Pour ressentir les choses », le très contemporain chanteur français Julien Doré dans les paroles de « Les limites » (2007) met le doigt sur le « problème ». « Ressentir les choses » implique que la consommation new-age ne repose plus sur l’achat d’un objet ou d’une prestation de service. Elle repose sur la vente d’une « expérience ». 2013 coïncidera sans doute avec de nouvelles méthodes de consommation qui fusionnent le « tangible » et l’ « intangible », l’ « objet » et le « sujet ». Oui, en 2013, on n’achète plus un rasoir, un téléphone ou un parfum. On s’achète une « identité ». Ou encore : une « histoire », à la manière du masculin Brad Pitt vantant le glamour classique impérissable d’un Chanel No 5, eau de toilette pour femme.
2013 verra ainsi le perfectionnement de la « prémiumisation », la « customisation », la culture du « comment se détacher », du « how to make a statement ». L’article « Comment les marques pistent les hyper-riches ? », publié dans le Nouvel Observateur du 20 décembre au 2 janvier, atteste du phénomène. Et Maurice ne déroge pas à la règle. Le Mall of Mauritius couve en ses murs le luxe à la Hugo Boss et Lacoste qui, selon nos recoupements, fait engranger plus de marge que les marques locales, qui doivent parfois s’associer pour élire domicile, en commun, à Bagatelle. L’ « expérience » est le gage de qualité – à ne pas en douter –, mais garantirait également « un supplément d’âme culturel » dans les termes de Jean-Gabriel Fredet et Nicole Pénicaut, journalistes au Nouvel Obs.
Alors, quoi de neuf pour 2013 ? Rupture, fin du « cycle long » ? Les bases de la « société de l’image », des « plaisirs instantanés » ne semblent pas avoir été ébranlées par la découverte que nous sommes toujours vivants. Or sommes-nous résolus à résoudre ? D’un regard optimiste, 2013 pourrait voir vulgariser le terme « monogéisme », forgé par le philosophe allemand Peter Sloterdijk. Monogéisme, pour faire comprendre que, par delà les différences d’idées ou de religions, l’humanité n’est pourvue que d’une seule planète Terre. Et qu’il ne reviendrait qu’aux hommes de choisir de la sauver. En attendant, l’hymne « The Times They are a-changin’ » de Bob Dylan fête ses 49 ans en 2013.