À situation drastique, mesures drastiques. C’est dans cette optique que les autorités ont promptement réagi après la publication de l’article de Week-End, dans son édition de dimanche dernier, à propos de la menace qui pèse sur le Jardin Botanique de Pamplemousses. Nous avions en effet attiré l’attention, entre autres, sur l’état pitoyable des bassins de nénuphars, envahis par des Golden Apple Snails. Les réactions au niveau du ministère de l’Agro-Industrie, responsable de ce parc, ont été immédiates et les sanctions ont suivi. Outre l’institution d’une Task Force pour se pencher sur la situation du jardin dit « botanique », son directeur, Chetanand Ramgoolam, a été démis de ses fonctions dès vendredi après-midi. Selon nos informations, le Trust responsable de la gestion de ce patrimoine national sera lui aussi examiné.
La réaction du ministère de l’Agro-Industrie a été vive. Dès le lendemain de la parution de notre article, dimanche dernier, dénonçant l’état catastrophique des bassins de nénuphars, devenus la proie des escargots qui en dévorent les feuilles, mais aussi la menace qui pèse sur ce site touristique phare de Maurice, le ministère de tutelle a réclamé des explications auprès du management apprend-on. Ainsi, le long reportage consacré par la MBC à l’état des lieux du Jardin de Pamplemousses le lendemain, dans le journal télévisé de 19h30, n’aurait pas été anodin. La « découverte » de ces escargots dans le jardin ne date pas d’hier, indiquent les écologistes, qui pointent du doigt d’autres problèmes d’envergure : l’invasion de termites mettant les arbres – dont plusieurs spécimens sont des espèces endémiques – en péril, ou encore la quasi-constante pollution de la rivière Citron, qui traverse le parc. De plus, pour les écologistes, le Jardin Botanique de Pamplemousses n’a de botanique que le nom. Même si le mot « botanique » y est officiellement attaché, cet aspect n’est absolument pas respecté, et la faune et la flore du jardin sont administrés, selon eux, par des « amateurs ». Ainsi, les manquements au niveau de la gestion du site seraient une des causes principales qui mettent le Jardin de Pamplemousses en danger. Le laxisme du SSR Botanical Garden Trust dans la prise de décisions adéquates et urgentes est également mis en cause.
Les écologistes soulignent, par exemple, que depuis juillet dernier, l’administration du jardin a été une nouvelle fois mis au courant de l’invasion des Golden Apple Snails dans les bassins de nénuphars et de ses répercussions sur l’écosystème. Les militants pour la protection de l’environnement ont également proposé un plan d’action immédiat, comprenant entre autres le ramassage manuel à grande échelle de ces escargots et de leurs oeufs afin de contrôler leur population, permettant d’éviter ainsi des conséquences irréversibles. Or, jusqu’à la parution de l’article de Week-End dans notre édition du 23 septembre, rien n’avait été fait. Les feuilles continuent toujours de disparaître progressivement des bassins, causant l’irritation de nombreux touristes qui se disent déçus de ne pas pouvoir admirer les nénuphars géants et mondialement célèbres du Jardin de Pamplemousses.
Les révélations autour de la situation dramatique du jardin, non seulement sur le plan écologique mais aussi économique, celui-ci n’attirant plus autant les touristes, auront ainsi fait réagir les autorités : une Task Force a été immédiatement instituée pour plancher sur la situation. Celle-ci, présidée par le directeur des National Parks and Conservation Services (NPCS), Manikchand Puttoo, comprend des représentants de la Mauritius Cane Industry Authority, du département de Pathologie de l’Agricultural and Research Extension Unit (AREU), des Bois et Forêts et des départements d’Horticulture et d’Entomologie de l’Agro-Industrie.
La Task Force aura pour tache, selon nos informations, de dégager un plan d’action permettant de prévenir des dégradations qui pourraient s’avérer dramatiques pour la faune et la flore du jardin, tout en améliorant son aspect esthétique. Concédant le fait que le Jardin de Pamplemousses manque d’un botaniste, nos sources au niveau de l’Agro-Industrie indiquent toutefois que « ce manque est confirmé à Maurice en général ». Pour preuve, ajoute-t-on, en dépit de la publication dans la presse d’un appel à candidature pour le poste de botaniste au Jardin de Pamplemousses, aucun postulant ne s’est manifesté. Et c’est ainsi que depuis le départ de la botaniste en février dernier, le jardin s’est retrouvé presque livré à lui-même, si ce n’est, réellement, aux mains d’« amateurs ».
Parallèlement à l’institution de cette Task Force, le conseil d’administration du SSR Botanical Garden Trust, qui s’est réuni vendredi après-midi, a pris la décision de résilier de contrat du directeur Chetanand Ramgoolam avec effet immédiat. Remercié pour ses services, ce dernier bénéficiera toutefois d’un mois de salaire in lieu of notice. Chetanand Ramgoolam a ainsi été remplacé par Jugmohun Heerasing, un High Ranking Technician de l’Agro-Industrie, qui sera épaulé par une équipe de techniciens, dont un représentant du ministère de l’Environnement. Selon nos informations, d’autres sanctions devraient suivre avec, notamment, la dissolution du conseil d’administration, dont les membres seraient rapidement remplacés.
Par ailleurs, la vigilance des ONG a été saluée par le gouvernement, a-t-on indiqué à Week-End, car cette démarche a en effet permis de mettre en exergue un problème risquant d’avoir des répercussions éventuelles sur le tourisme et sur l’économie du pays. Ainsi, on apprend également que les autorités soutiendront les initiatives des ONG qui agiront comme chien de garde pour assurer le bon fonctionnement du jardin botanique, et garantir sa survie et sa réputation.