La difficulté de la prise en charge en Afrique de l’Ouest de l’infection Ébola avec le risque d’une évolution vers une pandémie mondiale a été l’un des axes de discussions au 14e congrès de la Société de Pneumologie de l’Océan Indien (SPOI), qui a réuni des pneumologues de diverses parties du monde et qui a pris fin le 30 novembre dernier au Long Beach à Belle-Mare. « La prise en charge du virus Ébola mis au programme de nos travaux cette année illustre une volonté de collaboration efficace entre nos îles afin de lutter contre ce fléau menaçant », a déclaré le Dr Radha Paratian, président de la SPOI, une organisation qui a 18 ans d’existence. En l’espace de 60 ans, constate-t-il, plus de 350 nouvelles maladies infectieuses sont apparues portant des noms aussi barbares que SRAS, HINI, H5N1, et maintenant Ébola. Le président de la SPOI affirme qu’« au train où évoluent les choses nous ne sommes réellement pas à l’abri d’une mutation virale avec la menace d’une nouvelle pandémie redoutable, d’autant plus inquiétante que les réservoirs potentiels de ces virus sont connus pour être des animaux sauvages que nous côtoyons régulièrement dans nos régions, tels les chauves-souris, oiseaux de basse-cour et migrateurs, des rongeurs, porteurs de tiques et les moustiques ». Il note qu’après les grandes pandémies connues de notre histoire, peste, grippe espagnole, variole, le sida et récemment la grippe H7N9, il y a maintenant également un coronarovirus cousin du SRAS, le MERS, qui est actif au Moyen Orient. « La question que l’on peut réellement se poser est : est-ce que l’homme lui-même ne serait pas à l’origine de tout ce bouleversement sanitaire par son comportement agressif vis à vis la nature et son environnement ? »
L’une des grandes absentes de ce rendez-vous médical était la Mauritius Respiratory Society. « Nous regrettons très sincèrement l’absence de la Mauritian Respiratory Society pour des raisons organisationnelles. Nous déplorons amèrement cet incident et la science en est malheureusement la grande perdante », a commenté le président de la SPOI.
Les pathologies respiratoires courantes, telles l’insuffisance respiratoire chronique, le cancer broncho-pulmonaire, l’asthme, les infections respiratoires, les pneumopathies infiltrantes diffuses ont été également au centre des débats des congressistes de la SPOI pendant cinq jours à Belle-Mare. Le Dr Paratian indique que la SPOI a aussi pour objectif de sensibiliser les responsables politiques et de les informer de la situation sanitaire dans les pays de la région. « L’objectif est de trouver ensemble des solutions pour une politique plus appropriée dans la prise en charge des pathologies respiratoires les plus communes et souvent coûteuses, et dans bien des cas évitables, quand elles sont liées essentiellement au tabac et à diverses pollutions ».
Le Pr Fan Chung, directeur scientifique de la SPOI depuis plus d’une dizaine d’années, a présenté les résultats de ses recherches sur les effets de la pollution sur le système pulmonaire et cardiaque. Le Professeur Fan Chung, d’origine mauricienne et Professeur au Imperial College et au Brompton Hospital de Londres, a reçu cette année la reconnaissance de la European Respiratory Society lors du Sadoul Lecture à Munich qui récompense les pneumologues de renommée internationale pour leur contribution scientifique dans la compréhension des maladies respiratoires.
La priorité de la SPOI, indique le Dr Paratian, est une formation continue théorique et pratique de qualité pour les médecins de région de l’océan Indien. « L’idée est de promouvoir une meilleure prise en charge médicale de la population, de mieux l’éduquer, de mieux la sensibiliser à son environnement et de mieux la traiter ». Des travaux pratiques sur des cas cliniques mondiaux de pathologies respiratoires et des séances pratiques sur l’endoscopie interventionnelle ont clos le congrès.