Nous parlons si souvent des mutations qui affectent notre petite société mauricienne dans tous ses aspects, structurels, systémiques, socioculturels…. Mais l’impuissance est là, face aux multiples disparitions de repères personnels et sociaux et de dérives institutionnelles.
Ne nous dispersons pas dans des généralités. Prenons une seule facette de ce qui nous constitue homme et femme : la dignité.
Au sens classique, la dignité (« dignitas ») est liée surtout à l’exercice d’une charge ou d’un office public, une fonction éminente dans l’État ou l’Église (Dictionnaire Littré). Nous retrouvons ce sens dans dignitaire. Ce sens classique, aristocratique et inégalitaire, met surtout en avant la « valeur publique » de l’homme (Cf. Hobbes). De même, pour Montesquieu, la dignité dénote la distinction et s’oppose en ce sens à l’égalité.
Notre société mauricienne est entre traditions et modernité. Ne nous trompons pas. Nous assistons à une redéfinition de la personne, plutôt « persona » en tant que masque social ou valeur publique à une entité qui se cherche, plus détachée d’une identité collective, recherchant plus de « respect qu’on se doit à soi-même », Tout simplement en tant qu’humain. Esclave ou maître, libre de s’engager dans la recherche de la perdition ou de la sagesse. La dignité ici est plutôt stoïcienne. Elle est aussi dignité kantienne en ce qu’elle est capacité d’agir moralement en dehors de déterminations empiriques et sensibles. C’est le devoir d’agir librement, y compris et surtout contre les inclinations du désir et de la chair.
Les deux valeurs, publiques et personnelles ne sont pas contradictoires. C’est l’homme et la femme honorable dans l’acception forte du terme, qui arrivent à mettre en oeuvre leur sens de l’éthique, indépendamment du lieu où ils exercent et des rapports de forces qui les gouvernent. Demeurent le choix, les contingences, la libre détermination, le respect de soi quand elles sont conflictuelles. Demeure le prix à payer face à soi-même, à l’Histoire pour des figures publiques.
Homme public et Femme publique
Il est indéniable que nous, les femmes davantage que les hommes, opérons sur la scène publique avec des handicaps, sous des loupes grossissantes et déformantes.
Il n’est qu’à entendre la chanson « Toi femme publique » de Noë Willer
Ils te parlent, ils te parlent d’amour
Toi, tu écoutes ce curieux discours
Ils t’apprennent tout de leur vie
S’ils sont heureux ou s’ils s’ennuient
Ou encore de voir « La Femme publique », film français réalisé par Andrzej Zulawski, sorti en 1984.
Ethel, femme volage, gagne sa vie en posant nue mais souhaite devenir comédienne. Adultère, scènes de ménage, le film met en scène la médiocrité brute. Une image de la femme qui utilise ses appâts sexuels pour parvenir à ses fins, pas très glorieuses.
Si le corps social mauricien dans son ensemble, comme dans de nombreuses autres sociétés a du mal à admettre une image de femme, autrement que privée, l’homme public jouit d’une acceptation résignée à sa « nature » de chasseur poursuivant sa proie, allant de soi. L’identité de genre primera pour la femme tandis que pour les hommes, c’est l’identité professionnelle qui est retenue.
Dans un tel contexte d’apparition extrêmement risquée pour une femme sur la scène publique, peut-on accepter alors, que des femmes se mettent en scène et renforcent l’image dévalorisante associée à l’opportunisme médiocre, l’indignité ; une certaine idée de libération de la femme vamp et vampire ?
Le contraste est saisissant : en un mois, un tout petit mois la dignité de la femme publique a été sérieusement bafouée. La régression est immense. Inversement, quelques minutes d’une conférence de presse du leader de l’opposition sur le cancer qui l’atteint font renaître un capital de sympathie. Il en sort digne.