Ils sont 44 généralistes du privé à faire partie de l’actuelle Medical Unit, une cellule qui tombe sous la responsabilité du ministère de la Sécurité sociale. L’objectif principal est de subvenir aux soins de 7 250 Mauriciens, âgés entre 75 à 90 ans, parmi lesquels certains souffrent de handicaps majeurs. Ces médecins, dont un grand nombre sont retraités, doivent également tenir des dossiers complets et suivis de leurs patients. Ces derniers temps, soutiennent-ils, ils ont été « injustement critiqués du fait qu’il existe des disparités salariales ». « Comme un peu partout, il y a quelques brebis galeuses dans nos rangs, ce qui ternit notre réputation. Mais il ne faut pas généraliser et mettre tout le monde dans le même panier ! » Car cela leur rapporte, disent-ils, des critiques assez « acerbes et injustifiées ». Ils montent donc au créneau pour « rectifier ces mauvaises perceptions ».
C’est à la suite d’appels de candidatures et d’entrevues « organisées par le Board, en présence d’un président et des officiels du ministère, que sont choisis les généralistes qui composent la Medical Unit. Et donc, selon une procédure qui respecte la transparence », expliquent d’emblée quelques-uns des membres de cette cellule au Mauricien. Optant pour l’anonymat, car « même si nous sommes des médecins du privé, nous sommes liés envers l’État par le biais de cette “collaboration” », nos interlocuteurs soutiennent que « c’est devenu trop facile pour les gens de nous critiquer, de faire de mauvais calculs et d’en arriver à trouver que certains d’entre nous touchent des sommes astronomiques sur le dos du peuple, ou que d’autres sont sous-payés. Ce sont là des équations erronées et nous tenons absolument à rectifier cela ».
Ces 44 médecins, dont environ un tiers sont des femmes, affirment que « la majorité de l’unité se compose de médecins de carrière, donc des retraités. C’est totalement différent des médecins toujours actifs, qui ont leurs propres consultations. Ceux-ci doivent faire primer leurs engagements privés sur la responsabilité contractée auprès du ministère de la Sécurité sociale ». En effet, élaborent nos interlocuteurs, « nous qui sommes encore actifs dans le privé devons nous occuper des seniors de 75 à 90 ans en dehors des heures de consultations, puisqu’il y va de notre gagne-pain ! Il va de soi que nous n’allons pas prendre des engagements envers les seniors durant les heures où nous sommes censés être présents dans nos cabinets de consultations respectifs, à nous occuper de nos patients réguliers ».
Ce qui amène une première “inégalité” entre ces membres de la Medical Unit : « Comparativement, les médecins retraités ont davantage de temps libre et sont donc beaucoup plus disponibles que nous. Ce qui fait qu’ils s’occupent d’un plus grand nombre de patients que certains d’entre nous. De là survient une première “disproportion” ».
Ces médecins ajoutent : « Nous ne nous plaignons nullement de cet état de choses. Nous sommes conscients de cette réalité et ce sont les circonstances qui font que certains médecins ont davantage de patients que d’autres. Et donc, qu’ils perçoivent davantage d’argent que d’autres. C’est plutôt mathématique. (…) Si le projet implique que tous les médecins contractés puissent desservir toutes les régions de l’île sans discrimination, certains médecins, plus disponibles, peuvent se déplacer plus facilement, ce qui modifie aussi la donne. Mais c’est le résultat d’un élément circonstanciel, pas délibéré ».
Brebis galeuses
Ce que déplorent nos interlocuteurs, « c’est l’oeuvre de certaines brebis galeuses qui rejaillit sur l’ensemble de la Medical Unit. Le public ne sait pas que tous les médecins n’ont pas ces pratiques frauduleuses et malhonnêtes. Donc, on nous traîne tous dans la boue quand on insinue que les médecins faisant partie de la Medical Unit sont en train d’abuser de leur situation… C’est totalement faux et injuste ! »
De fait, relèvent nos interlocuteurs, « dans notre unité comme pratiquement dans tous les domaines à Maurice, il y a quelques mauvais éléments. Nous avons eu écho de cas où des médecins continuent à facturer des patients décédés, par exemple, rien que pour continuer à percevoir les allocations et autres paiements. Mais ce n’est pas pour autant que tous ceux qui pratiquent ce métier doivent être accusés de “malpractices” ».
Il existe depuis quelques temps une sorte d’inspectorat qui “double check” les prestations des médecins de cette unité qui dispense les soins aux seniors. « Des “random checks” sont pratiqués auprès des patients. Ces officiels de l’État leur demandent si oui, quand et quel médecin s’est présenté pour la visite régulière… » Ce serait de cette manière que « des cas où des médecins ont falsifié des documents, soit en faisant des réclamations et des factures après la mort d’un patient, ont été mis à jour ».
Dans le sillage des critiques qui ont été formulées à l’encontre de la Medical Unit, plusieurs médecins ont eu une rencontre avec la ministre concernée, Sheila Bappoo, pour passer en revue la situation et trouver de nouvelles avenues afin de mettre fin à ces agissements frauduleux (voir hors texte). « En méconnaissance de cause, le peuple pense que nous faisons des bénéfices sur son dos. C’est totalement inadmissible ! Ce travail nous le faisons avec engagement et dévouement. Ce n’est pas une partie de plaisir (voir plus loin), mais en même temps, c’est une responsabilité que nous avons prise envers l’État. Nous n’aimons pas que nos noms soient traînés dans la boue et que l’on nous insulte gratuitement. Surtout que nous ne sommes pas responsables de cet état de choses ».