Souffrant de maladies rares et inopérables à Maurice, certains Mauriciens se font soigner à l’étranger, principalement en Inde, en Afrique du Sud, à La Réunion et en Australie. Pour cela, il leur faut compter sur la générosité de leurs compatriotes en raison des coûts élevés. Le gouvernement y contribue aussi mais ce n’est pas suffisant. Les proches des patients doivent alors faire du porte-à-porte et interpeller des gens dans la rue afin de réunir l’argent nécessaire pour les soins. Aatish Ramnarayan, 27 ans, souffre d’une drépanocytose, une maladie héréditaire très rare, depuis l’âge de sept ans. Sa maladie s’est aggravée il y a un peu plus de deux ans. Il doit maintenant se rendre en Inde pour se faire soigner, les soins n’étant pas disponibles à Maurice. Aatish Ramnarayan reste alité chez lui, à Roche-Terre. « J’ai des douleurs. Je ne peux dormir car on me fait des injections très fortes. Mon pied droit ne guérit pas malgré les nombreuses opérations que j’ai subies ces deux dernières années. Les médecins me donnent de l’espoir en me disant que le traitement prendra du temps », déclare-t-il. Les soins en Inde s’élèvent à un peu plus de Rs 2 millions. Mais, cette somme, Aatish Ramnarayan ne l’a pas. Sa mère, Ansuya, mène une collecte dans la rue avec l’aide de quelques proches. « Des médecins veulent amputer sa jambe qui est infectée mais je veux la soigner. Je fais la collecte mais des gens m’interrogent dans la rue : “Où va tout cet argent qu’on donne ?” Les soins pour une telle maladie coûtent chers. La collecte n’est pas facile mais le plus important reste mon enfant », dit-elle. Les Rs 500 000 de l’État Pour les malades inopérables à Maurice, l’État leur propose une aide plafonnée à Rs 500 000. Depuis le début de l’année, 170 personnes en ont bénéficiée. Le ministère de la Santé prend à sa charge les frais complets du traitement si le patient est soigné dans certains hôpitaux indiens avec lesquels il a signé des accords. Les autres, ou ceux dont la contribution de l’État ne suffise pas, font une collecte publique après avoir obtenu une autorisation de la police. Mais l’ONG CAS (Comité pour l’Amélioration de la Santé) ne voit pas d’un bon oeil la collecte publique qui comporte, nous dit Serge Rayapoullé, animateur de cette ONG, des risques d’abus et d’escroquerie : « L’État devrait prendre tous les frais à sa charge — un million, deux millions de roupies, qu’importe — car même si les Mauriciens sont généreux, il peut y avoir des cas d’abus et d’escroquerie. Ce n’est pas bien de voir des gens quémander devant le marché pour trouver assez argent pour soigner leurs malades. Combien d’argent peut-on ramasser de cette façon ? », déclare-t-il. Heureusement, la SACIM (Society for Aid to Children Inoperable in Mauritius), une ONG créée il y a 45 ans, prend en charge les enfants malades issus de familles à revenus modestes. La prise en charge est totale — allant du diagnostic au retour du malade après l’opération, en passant par l’accompagnement et le soutien à l’étranger. Pour Neena Ramdenee, ancienne présidente et membre de cette ONG : « Nous, on a de l’argent, le savoir-faire. On reçoit des aides, des dons des parents et de beaucoup de gens. Il faut savoir qu’on ne prend pas seulement les nouveaux cas. On a eu 668 enfants à ce jour mais on a déjà fait 750 opérations. Ce qui signifie qu’on a des enfants qui partent plusieurs fois. » Mme Ramdenee n’est également pas contente de voir des personnes faire la collecte dans la rue au nom des enfants malades. « On ne sait pas où va cet argent. Il y a un réel besoin. On ne se rend pas compte qu’il y a des enfants, des parents qui sont en détresse et qui ne savent pas à quelle porte frapper. » Super spécialistes À l’hôpital, les patients obtiennent tous les services gratuitement mais souvent il y a un manque d’équipements de pointe et de certaines compétences avancées dans le domaine médical. D’où l’envoi de certains patients à l’étranger ou la venue dans l’île, plusieurs fois dans l’année, de grands spécialistes médicaux pour traiter certains patients. Le Dr Wasseem Ballam, président de la Medical Health Officers Association (MHOA), estime qu’on manque de super spécialistes et aussi d’équipements à Maurice afin de pouvoir opérer certains patients. « Ce serait bien d’investir dans ces équipements mais aussi dans la formation de super spécialistes en offrant des bourses. Nous avons des spécialistes très compétents chez nous mais il nous faut maintenant des super spécialistes », dit-il. N’empêche, ajoute-t-il, « si on ne peut soigner un patient à Maurice c’est qu’on ne peut le faire nulle part ailleurs dans le monde. Mais nous devons envoyer certains malades à l’étranger pour éviter les complications graves. Là-bas, ils sont encadrés par des super spécialistes qui ont plus d’expérience ».