Shiite Muslims place candles around a picture of slain top Iranian general Qasem Soleimani to pay him tribute during a candle light vigil in Islamabad January 8, 2020. - Iran fired a volley of missiles late on January 7 at Iraqi bases housing US and foreign troops in Iraq, the Islamic republic's first act in its promised revenge for the US killing of a top Iranian general. (Photo by Aamir QURESHI / AFP)

De Gaza au Yémen, les foules rassemblées par les alliés de Téhéran ont rendu hommage ces derniers jours au général iranien Qassem Soleimani, dont l’assassinat la semaine dernière pourrait l’élever au rang d’icône de la « résistance » aux Américains.

A la tête de la Force Qods, en charge des opérations extérieures de l’Iran, Soleimani a bâti un large réseau d’influence au Moyen-Orient fait de milices chiites en Irak, au Liban, en Syrie et au Yémen, mais aussi d’alliés sunnites chez les Palestiniens de Gaza

Elevé au rang de « martyr vivant » de la République islamique avant même son assassinat, le puissant commandant militaire tué vendredi à l’âge de 62 ans, a été qualifié de « monstre » par le président Donald Trump.

« Tout le monde s’attendait à ce qu’il soit tué à un moment ou un autre », a déclaré à l’AFP Ellie Geranmayeh, du Conseil européen pour les relations extérieures. « Mais la façon dont les Etats-Unis en ont pris la responsabilité va susciter ce type de zèle, de motivation et d’engagement dans tout le Moyen-Orient », estime-t-elle.

L’assassinat du haut responsable militaire dans un raid américain a choqué les Iraniens, par-delà les clivages politiques, dans un pays régulièrement secoué de manifestations anti-régime.

Lundi, les rues de Téhéran ont été envahies par une foule émue et en colère. Le lendemain, 56 personnes ont été tuées dans une bousculade au cours d’un immense cortège funèbre dans la ville natale du général défunt, Kerman.

Sur les réseaux sociaux, ses partisans ont affiché des illustrations du commandant tué arrivant au paradis, étreint par l’Iman Hussein, figure sacrée du chiisme lui aussi décédé en « martyr ».

Le fameux « axe de la résistance » iranien qui s’étend de l’Euphrate à la Méditerranée sera « galvanisé pour se concentrer davantage sur son objectif ultime qui est le retrait aussi important que possible des Etats-Unis du Moyen-Orient », prédit Ellie Geranmayeh.

– « Conscience collective  » –

Au Yémen, les rebelles Houthis soutenus par Téhéran ont organisé lundi une manifestation pour dénoncer l’assassinat du général Soleimani. « Le sang du martyr n’est pas qu’iranien ou irakien (…) il appartient à la communauté musulmane et aux hommes libres à travers le monde », a clamé un responsable Houthi à Sanaa, la capitale prise par les rebelles en 2014.

Les cérémonies funéraires ont attiré des milliers de personnes au Liban où des portraits de Soleimani ont été affichés le long d’une autoroute menant à l’aéroport, et dans plusieurs bastions du Hezbollah, le mouvement chiite allié de l’Iran.

A l’aéroport de Beyrouth, des femmes vêtues de noir, venant de la ville sainte chiite de Najaf dans le sud de l’Irak, ont brandi des portraits du Soleimani en scandant « Mort à l’Amérique ». Les vidéos de cette manifestation ont fait le tour du monde.

« Soleimani était le commandant militaire le plus important et le plus influent de l’axe de la résistance », a déclaré Lokman, un diplômé libanais de 22 ans.

« Son assassinat a ravivé la conscience collective de dizaines de millions de personnes dans la région, les incitant à s’élever contre l’oppression et l’exploitation des Etats-Unis et de leurs alliés », pense-t-il.

– « Terroriste » –

Eriger Soleimani en « martyr » et grand stratège « semble utile (pour l’Iran) mais nous ne savons pas à quel point cela peut durer », estime Sanam Vakil, spécialiste du Golfe au centre de réflexion Chatham House, à Londres.

« Selon l’endroit où vous vivez et votre vision du monde, vous verrez Soleimani d’une manière ou d’une autre », dit-elle à l’AFP, ajoutant que certains le considèrent comme « un terroriste responsable de la perte de vies humaines ».

Dans la ville d’Alep, au nord de la Syrie, des centaines de personnes sont descendues dans les rues mardi pour condamner le meurtre, brandissant des portraits du général et de ceux qui ont été tués à ses côtés, et brûlant des drapeaux américains et israéliens.

« Nous sommes tous Qassem Soleimani », a lancé un manifestant.

Mais l’opposition syrienne et les habitants déplacés d’Alep accusent Soleimani d’avoir orchestré un siège brutal et la campagne militaire qui s’en est suivie, tuant des centaines et déplaçant des milliers d’habitants de la ville.

Dans la province d’Idleb, tenue par les djihadistes, des friandises ont été distribuées pour célébrer la nouvelle de son assassinat.

Des dizaines d’Irakiens qui conspuent depuis plus de trois mois le pouvoir à Bagdad et son parrain iranien ont chanté et dansé le jour de son assassinat.

« Qassem Soleimani, la victoire divine est arrivée », ont scandé ces manifestants. « C’est Dieu qui a vengé le sang des martyrs », a affirmé à l’AFP un protestataire, alors que la révolte a été marquée par près de 460 morts et 25.000 blessés.

burs-sls/aem/mh/hj