À la veille de la séance parlementaire au cours de laquelle seront élus le prochain président de la République et son vice-président, toujours pas de noms à annoncer aux élus qui auront à faire un choix et au grand public qui, lui aussi, a le droit de savoir qui sont ceux qui seront appelés à occuper les plus hautes fonctions de l’État. La république du mystère semble avoir été renforcée depuis les dernières élections.

C’est parce que ces postes sont considérés comme étant ceux qui sont les plus importants dans la hiérarchie de la conduite des affaires de l’État que les partis annoncent souvent les personnalités choisies avant les élections générales, à moins que, comme dans le cas de Cassam Uteem, qui faisait la quasi-unanimité, il y avait comme une volonté tacite de reconduction.

Lors de la dernière campagne, le MMM avait proposé le tandem Swaley Kasenally-Kris Poonoosamy pour le poste de président et vice-président, tandis que l’Alliance nationale, conduite par Navin Ramgoolam, avait porté son choix sur Sir Hamid Moollan, Q. C.comme chef de l’État et un candidat à désigner du PMSD pour la vice-présidence. Si à l’occasion de la campagne électorale de 2014 Lalians Lepep dirigée par sir Anerood Jugnauth s’était contentée de dire qu’il y aurait « une personnalité de la communauté musulmane » qui serait proposée au poste de président, Pravind Jugnauth n’a pas jugé utile, cette fois et même à la limite de l’échéance, de révéler les noms de ces heureux élus. À moins que ne ce soit justement l’effet-surprise qui est, cette fois, recherché. Et que les oiseaux rares recherchés par le MSM et ses partenaires ont été dénichés et qu’ils vont tellement appâter et épater l’ensemble des députés que c’est un vote unanime qui couronnera cet exercice. Peut-être que ce sont des choix controversés, d’où le black-out délibéré.

Or, on ne badine pas avec l’Assemblée nationale et le vote des parlementaires, même si, dans ce cas précis, il ne suffit que de ceux de la rubber stamp majority pour que le choix du Premier ministre soit imposé à l’hémicycle. Mais il y a un minimum de déférence à observer. Le Parlement n’est pas le Sun Trust et même s’il n’y a aucune obligation à révéler les noms du président et du vice-président, il y a quand même un peu de respect à démontrer vis-à-vis de ceux qui siègent à l’Assemblée nationale. Et c’est là où il est difficile de suivre le leader de l’opposition dans son respect de ce qu’il appelle la « solennité « et dont la stricte observance le pousse à ne pas adresser une Private Notice Question au Premier ministre ou à un autre membre du gouvernement ce lundi. Mais de quelle solennité parle-t-il lorsque le Premier ministre ignore complètement cette notion et qu’il garde secrets les noms de ses favoris ? À moins qu’il n’y ait eu de nouvelles consultations entre Premier ministre et leader de l’opposition, et qu’ils se soient arrangés quant à l’agencement des travaux de demain.

La première séance de prestation de serment était, elle aussi, très solennelle, mais cela n’a pas empêché le Premier ministre de se fendre de deux déclarations sur les Chagos et sur l’augmentation de la pension universelle. Et rien ne dit que Pravind Jugnauth n’utilisera pas l’item Statement, qui figure à l’agenda de demain tout comme celui de Question, pour faire, cette fois, trois déclarations, une sur la compensation salariale, une autre sur le salaire minimum et une troisième sur les marchands ambulants. Ce qui rendrait la démarche d’Arvin Boolell complètement ridicule en la circonstance. Pourquoi pas une bonne première PNQ demain ? Non pas sur les nombreux couacs notés lors du déroulement des dernières élections générales, l’affaire ne pouvant être sujette à discussion maintenant qu’elle a été portée en justice pour des demandes d’invalidation dans deux cas et pour un recomptage dans huit autres circonscriptions.

Une PNQ sur le triste accident de Wooton serait, par contre, plus que d’actualité. Elle est une urgence nationale. Tout le monde est sous le choc après ce drame. Comme il implique un véhicule de la police, il n’en suscite pas moins un sentiment de révolte et d’injustice. Tout le monde veut savoir comment un malheureux pompiste a trouvé la mort alors qu’il était tranquillement assis sur son lieu de travail en attendant que les automobilistes viennent faire leur plein. De nombreuses questions que se pose le grand public sont restées sans réponse.

Les Casernes centrales n’ont rien eu à dire jusqu’ici. Elles doivent estimer n’avoir aucun compte à rendre aux Mauriciens. Et il ne faut pas s’attendre que Monsieur Jaylall Boojhawon, du syndicat de police, qui aimait tant les journalistes avant les élections et qui tempêtait pour un oui et pour un non, ait quelque chose à dire sur cette triste affaire. Il semble avoir complètement disparu de la circulation depuis qu’il n’a trouvé que des vertus au manifeste de Lalians Morisien. Du moment que l’on obtient son bonus, tout va soudainement très bien, madame la marquise.

Des questions sur cet accident, il y en a des tonnes qui taraudent les Mauriciens. On n’est pas dans la solennité ici, on est dans la tragédie d’une famille qui a incinéré un père de famille le jour même de la célébration des 18 ans de sa fille. Que faisait le véhicule du poste de police d’Eau Coulée à Wooton à cette heure-là ? Qui sont ceux qui ont utilisé un véhicule banalisé de la police pour venir récupérer le chauffeur impliqué dans l’accident et ses passagers tout en laissant à leur sort les pompistes blessés ? Quand est-ce que l’alcootest, présenté comme négatif, et celui de la présence ou non de substances illicites, synthétiques, drogue ou amphétamines ont été réalisés et combien d’heures après l’accident ? Comment s’est comportée la police qui enquête sur la police après l’accident ? Qui s’est chargé de l’enquête ? Autant d’interrogations qui demandent réponses et clarifications. On doit au moins cela à la famille endeuillée.