Les lecteurs de Scope se souviennent peut-être encore du petit Jamel qui rêvait d’un kamion later du père Noël, du stand salad mang ek bilinbi de Nushreen et Sharonne, de l’état désastreux de la maison de Jason et de Brandon, deux adolescents abandonnés à eux-mêmes, du calvaire vécu par cette mère et de ses enfants qui ont fui un repaire de trafiquants. Exposée à travers cette rubrique, la situation d’extrême précarité de ces enfants, adolescents et adultes a touché les coeurs. Scope a rencontré à nouveau ceux qui sortent du désespoir pour réapprendre à sourire.
“E ! Mo ti trouv to foto lor zournal. Li ti flou”, lance Jamel en voyant Jerry, qui lui répond : “Mo ti trouve osi.” Les deux enfants ne s’étaient jamais rencontrés, mais ils avaient tous deux témoigné dans le reportage que Scope avait consacré à des enfants pauvres qui ne comptaient plus sur le Père Noël. En décembre, il ne restait plus à Jamel, 7 ans, que les poubelles pour espérer trouver un cadeau. Après la publication du texte intitulé “Le Père Noël est démuni”, les lecteurs de Scope ont spontanément créé une chaîne de solidarité pour sortir ces enfants du désespoir.
Déjeuner.
Jamel a eu bien plus que le camion qu’il espérait. Il ne possédait que deux jouets, mais possède désormais toute une collection de voitures miniatures. Jerry s’est découvert une passion pour les voitures télécommandées. Lionel, le frère de Jamel, a vu un de ses rêves se réaliser lorsqu’il a reçu un vélo en cadeau. À 11 ans, l’enfant effectuait des travaux dans le voisinage pour se faire quelques sous afin d’en acheter un. La générosité des lecteurs anonymes qui ont voulu les aider a été totale : leur matériel scolaire leur a été partiellement offert et les vêtements de ces enfants ne sont plus en haillons.
Ils ont d’ailleurs revêtu fièrement leurs beaux habits et leurs chaussures neuves pour le déjeuner qu’a préparé à leur intention Jacqueline Durhone, de Camp Levieux. Parmi les autres invités à la table de la travailleuse sociale, d’autres témoins rencontrés par le magazine ces derniers mois et qui, en exposant leur détresse, avaient levé un pan du voile sur l’arrière-cour du pays.
Transformation.
C’est ainsi que l’on retrouve Jason, 16 ans, et son frère Brandon, 18 ans. Quand nous les avons rencontrés il y a quelques semaines, les deux frères étaient livrés à eux-mêmes. Abandonnés dans une extrême précarité et sans repères, les adolescents vivaient dans une maison délabrée, transformée en dépotoir par des ordures entassées durant des années. Les factures s’étaient entassées sur les meubles cassés et les dangers de la dépendance planaient : un des frères avait commencé à sniffer de la colle. Depuis, tout a changé pour “Les frères sans repères”. “Mo get mo lakaz zordi, mo touzour gagn pa krwar. Monn gagn enn zoli lakaz”, raconte Brandon.
Suivant la publication du reportage qui leur avait été dédié et usant de tout son poids à l’antenne dans son émission Enquête en Direct sur Radio One, Finlay Salesse a lancé des appels répétés. Avec la collaboration de la Warm Heart Foundation, la maison des frères a été retapée. La transformation est impressionnante. Des armoires, deux télés et des lits neufs, une cuisine refaite et propre, le tout dans un nouveau décor. “Zordi, monn gagn enn nouvo rezon pou viv, e se avek mo leker ki mo remersie tou seki inn rann sa posib”, confie Brandon, la larme à l’oeil. Ses résolutions pour 2013 se concrétisent enfin. Le jeune adulte s’est d’ailleurs inscrit dans un centre pour mettre un terme à son addiction et s’est vu offrir un meilleur emploi par une entreprise qui a pris connaissance de sa situation à travers Scope.
Aide financière.
Le vécu de Claudette et de ses quatre enfants (dans l’article “Rescapés de l’enfer”, paru en mars) n’est également pas passé inaperçu. Pas moins de 50 appels en deux jours pour des donations en tous genres : vêtements, nourriture, aide financière mensuelle. Cette famille, qui repart à zéro après avoir été plongée dans l’univers du trafic de drogue, peut désormais souffler un peu. Jerry, Elisa, Elodie et Sophie goûteront plus souvent à leur petit-déjeuner préféré, leur dipin diber. En ce qui concerne leur éducation, les enfants bénéficient à présent de leçons particulières gratuites, offertes par un enseignant touché par leur situation.
Chez Mme Durhone, les trois filles de Claudette se font de nouvelles copines. Mais Elisa, Elodie et Sophie n’auront pas l’occasion de goûter aux délicieux fruits confits de “Nushreen et Sharonne Co Ltée” car “l’entreprise” a fermé ses portes. “Ti nepli gagn lavi ar sa”, révèlent-elles. Scope a fait la connaissance de ces deux filles issues d’un milieu défavorisé en décembre, alors qu’elles tenaient un stand de salad mang ek bilinbi pour se faire un peu d’argent. Elles se concentrent à présent sur leurs études, dans l’espoir de fonder plus tard un véritable business où l’on “gagn lavi”.
Espoir.
Loin des regards intolérants, Emmanuel, qui ne possède que la moitié d’un corps, et son camarade Stéphane, bossu, ont cette fois côtoyé la générosité de quelques individus qui se sont réunis pour leur venir en aide chaque mois. Stéphane a obtenu le fauteuil dont il avait besoin à l’école à cause de son mal de dos. Emmanuel, qui allait cesser sa scolarité après la Form V, s’est vu offrir un cours technique. Un bagage académique qui le rapproche un peu plus de son rêve, celui de dénicher un front-desk job.
Ces enfants sont désormais suivis régulièrement par des volontaires qui leur donnent des provisions et du matériel scolaire à chaque fin de mois. Pendant que ses soeurs s’amusent à jouer avec Nushreen et Sharonne, la petite Sophie va se recueillir devant la petite grotte aménagée dans le salon de Mme Durhone afin de prier pour ses nouveaux amis. Tous s’arrêtent un instant pour la regarder et remercier les cieux pour l’intervention de ces généreux donateurs, qui leur ont offert un nouvel espoir, une deuxième chance…