Refrains sempiternels pour les habitants de Solitude, à Plaine-Magnien. Ils se disent excédés par les promesses non tenues par diverses instances. Pour crier leur colère et leur amertume, ceux qui se proclament les oubliés du développement aéroportuaire ont manifesté, sous une pluie battante, lundi après-midi, devant les locaux d’Airports of Mauritius (AML), pour la deuxième fois, cette année.
Situé dans la zone d’approche des avions, ce hameau est à l’intérieur des champs de cannes bordant la piste d’atterrissage. Si ce n’était les griefs des habitants, nul ne se serait douté qu’il y vivaient des familles. Le chemin d’accès est rocailleux et l’on se retrouve au milieu d’habitations, principalement faites de tôles et de bois, perdues au milieu de buissons épais où l’eau courante est inexistante.
Bien que trois générations de familles se sont succédé sur ces terres qui leur appartiennent, selon leurs dires, elles n’ont jamais bénéficié de soutien des autorités ni de quelque développement que ce soit. Ces familles doivent, par ailleurs, compter sur un camion-citerne pour être alimentées en eau potable. “La osi, si ou pa la, abe pou res san dilo parski kamion-la pena ler pase”, déclare une mère de famille. “Ena bann madam en voie de famille, bizin sarye dilo tou les zours. Abe ki kalité sa?”, rajoute un autre.
C’est presque ironique d’être si proche de la vitrine de l’île Maurice moderne qu’est le nouvel aéroport de dire que des citoyens mauriciens vivent dans des conditions aussi déplorables. En effet, aucun habitant de Solitude n’a obtenu de permis de construction en raison des développements que l’aéroport est appelé à connaître. C’est en tout cas ce que déclare Yashveer Ruggoo, président du Conseil de District de Grand-Port : “Selon mes renseignements, Airports of Mauritius Ltd avait officiellement adressé une lettre au Conseil de District pour nous demander de ne pas octroyer de permis de construction. C’était avant que je ne sois président mais nous essayons de retrouver cette lettre.”
Invectives
Du côté des villageois, leur porte-parole, Raj Kedaroo, 38 ans, entrepreneur de profession, déplore que malgré l’engagement pris par le président Ruggoo sur les ondes d’une radio privée, aucune rencontre n’a eu lieu. “Apre manifestation lindi, nou finn al kot district Council, mardi, avek enn ti group dimounn me nou finn gagne sok akoz olie M. Ruggoo recevwar nou kouma li ti promet, li finn apel lapolis. Dayer, li ti dir lor radio li pou recevwar mwa me sak fois li zwe sove. Li ti mem dir, dernie fwa, li pou lib 11h30 aswar”, déclare-t-il.
À ce propos, M. Ruggoo soutient qu’il s’est vu dans l’obligation d’appeler la police car le groupe lançait des invectives à son encontre, mais qu’il s’est néanmoins résolu à les recevoir : “Monn dir zot nou pe travay lor zot dossier  pou nou amelior zot situation. Mo pou mem donn zot la limiere ek refer sime. Recemment, nou finn fann crusherion (la pousier rocksand) lor sime laba.” Cela relève d’une initiative d’AML à travers son Corporate Social Responsability (CSR), dit-il. 
Sauf que, soulignent les habitants, très remontés, “pas la poussiere rocksand ki nou finn demandé mais ki coltar nou la route. Nou bann himains nou osi ek nou ena droit a meme developman ki tou citoyens dan Moris. Kifer nou bann laisser pou compte? Depi 30 bananés, nou pe liter mem. Dayer premier fois, District Council finn accepter recevoir nou mais la osi nou na pas cone kan pou faire tou sa bann travo la”. Et de renchérir : “La brise soulev la poussiere avek sa rocksand la ek boku nou bann zenfans ashmatik. Dayer, ena finn bizin avoy zot zenfan kot fami pou empess zot malade.”
Après la manifestation de lundi dernier devant les locaux d’AML (Mauritius), un communiqué a été émis peu de temps après faisant état de leur position. L’organisme se dit déterminé à “trouver une solution satisfaisante pour les habitants mais que la situation est complexe car de nombreux habitants ne disposent pas de titres de propriété en règle”. S’agissant des griefs exprimés, AML fait ressortir que ces demandes relèvent de la responsabilité des autorités locales, notamment du Conseil de district de Grand-Port. Outre le fait d’avoir amélioré la route sur un kilomètre malgré la controverse et les problèmes engendrés, l’entreprise soutient qu’une “campagne de nettoyage et de fumigation contre les moustiques a aussi été complétée récemment. Mais que son champ d’action reste limité dans la situation présente”.
AML rappelle en outre que “selon les normes de sécurité internationale de l’aviation, Solitude se trouve dans la zone d’approche des avions atterrissant à l’aéroport International SSR. Ce qui représente un danger pour les habitants comme pour le mouvement aérien. Certains se sont même récemment installés malgré les risques. AML a entrepris des démarches afin de faire l’acquisition des terrains et habitations de cette localité, mais ce projet n’a pu aboutir car le tiers des habitants ne sont pas les propriétaires des terrains ou seraient même des occupants illégaux.” D’où la raison pour laquelle l’entreprise a sollicité les autorités concernées pour trouver un consensus. Le communiqué précise que  AML compte poursuivre ses démarches afin de trouver une solution dans les meilleurs délais. 
De leur côté, les habitants qui se disent propriétaires en bonne et due forme estiment que les autorités ainsi que AML ont pendant trop longtemps joué au chat et à la souris. “Nou finn rann nou compte ki enn tas lendroits dan mem bato ki nou par exemple Carreau Esnouf, Le Bouchon, etc. Nou tou pou zoine nou la force ensam pou ki zafer bouzer. Nou dir Assez nou finn fatigue ek tann promesse dan vide!”, laissent-ils entendre.