Après avoir attendu des années durant, les habitants de Solitude à Plaine-Magnien s’accrochent à nouveau à un brin d’espoir. Après avoir vivement manifesté sous une pluie battante, en avril dernier, devant les locaux d’Airports of Mauritius (AML) et après deux manifestations à Port-Louis et devant le Conseil de District de Grand-Port, les familles surnommées Les oubliés du développement aéroportuaire s’agrippent à l’espoir qu’elles seront bientôt délocalisées. 
C’est une lettre émanant d’AML Mauritius le 3 avril dernier qui est la source de cet espoir. Mention est faite que l’entreprise a bien pris note des doléances soulevées par les habitants, lors d’une réunion un mois auparavant. Afin de résoudre la situation, la liste intégrale des habitants et les documents pertinents attestant être propriétaires des terrains concernés ont été réclamés par AML en vue d’une éventuelle délocalisation. Car depuis la succession de trois générations sur ces terres, nul n’a obtenu de permis de construction en raison de la proximité de ce village avec la zone d’approche des avions.
Si les habitants, par la voix de leur porte-parole Raj Kedaroo, se réjouissent que leurs griefs sont enfin parvenus à bonne destination, ils attendent maintenant une réunion pour déposer les documents demandés. « Nous espérons seulement que tout ceci n’aura pas été vaine. En 2008, AML avait envoyé des officiers pour s’enquérir de notre situation. Une enquête a été réalisée et des photos prises mais nous avons pu constaté que tout ceci n’a été qu’une mascarade », déplore Raj Kedaroo. (…) « En réalité, nous avons amèrement noté que nous n’avons pas reçu le même traitement que nos voisins des environs. Contrairement à nous qui sommes pourtant aussi prioritaires en raison de notre situation déplorable, ce sont ceux de Chat Gaon, à proximité de la grotte à Plaine-Magnien, qui ont été délocalisés. Eux avaient toutes les facilités: eau courante, électricité et maison en dur, alors que nous n’avons rien de tout cela. Les maisons ont été acquises avant même l’ouverture du nouvel aéroport alors que nous martelons dans le vide depuis des années. »
Situé dans la zone d’approche des avions, le village de Solitude abrite des masures en raison de l’impossibilité de construire des maisons en dur. Le hameau perdu au milieu des champs, à côté de la piste atterrissage, consiste en tout et pour tout de quelques maisons en tôle branlante sans eau ni électricité pour la plupart, et n’a, depuis ses débuts, jamais connu de développement. La seule route d’accès est rocheuse et, récemment, AML sous le fonds de son Corporate Social Responsability (CSR), y a injecté de l’argent pour que le Conseil de District de Grand-Port puisse y parsemer de la poussière de rocksand (crusherion). Et ce, malgré les risques de santé en période de forte brise et les inconvénients que cela représente.
L’eau courante est également une denrée rare et les habitants continuent de se fier au bon vouloir d’un camion citerne qui les fournit à des heures irrégulières en eau potable. De plus, le seul arrêt d’autobus à la sortie du village ne dispose d’aucune structure pour les abriter de la pluie et du soleil ardent. Leurs revendications pour obtenir un bus shelter, comme c’est actuellement le cas à divers endroits à Maurice, sont restées désespérément vaines.
La semaine dernière, ils étaient 11 à manifester, une nouvelle fois, devant les locaux du Conseil de district de Grand-Port à Rose-Belle pour crier leur ras-le-bol. Pour cause, la rencontre en avril dernier avec le président Yashveer Ruggoo n’a pas été concluante. Et, coup de théâtre, dans l’après-midi de la manifestation, des lampadaires ont été installés dans le village, mais « pas où nous avions demandé », dit Raj Kedaroo.
De plus, notre interlocuteur soutient que lors de ses démarches auprès de la National Developement Unit (NDU) pour asphalter la seule voie d’accès, il s’est entendu dire que l’organisme ne dispose pas de fonds. Or, déplore-t-il, les principales routes des villages Carreau Esnouf et Le Bouchon sont actuellement bitumées.
Raj Kedaroo déplore, enfin, le manque d’intérêt que suscitent leurs griefs auprès des députés de la région, principalement auprès du ministre Bunwaree. D’autant, dit-il, que ce dernier se montre très présent sur le terrain et a déjà deux congrès – dont le coup d’envoi a été donné à Plaine-Magnien – à son actif durant les deux dernières semaines.