Est-ce le bon sens qui a finalement prévalu ou bien est-ce une décision qui a été prise parce que la pression menée par l’opposition et d’autres organisations de la société civile devenait insupportable, ou encore est-ce la considération électoraliste qui explique cette volte-face?
Quelle que soit la motivation du chef du gouvernement à renoncer à être présent au sommet du Commonwealth, c’est la bonne décision et nous devons nous en féliciter car elle projette l’image d’un pays où, s’agissant des questions aussi fondamentales que le respect des droits humains, il existe une unanimité politique. Cette position nationale, quoique prise à la dernière minute, a été saluée par les grands titres des médias internationaux. Une présence au sommet à Colombo sert de caution au gouvernement du président Rajapakse qui vient de faire une virulente sortie contre ceux qui émettent des critiques sur les droits humains dans son pays. Le ministre srilankais de l’information a été jusqu’à déclarer que ce n’est pas le rôle de David Cameron, premier ministre britannique de soulever la question des droits humains au Sri Lanka et que ce n’est pas pour cela qu’il a été invité! Vlan! Autant pour ceux qui prétendaient que des progrès avaient été enregistrés pour justifier leur participation ou encore ceux qui disaient pouvoir se servir de la plateforme du sommet du Commonwealth pour évoquer cette question. Soulignons que l’opposition travailliste britannique a formellement demandé à Cameron de ne pas s’y rendre! Et rappelons aussi qu’à la veille même des assises du Commonwealth deux parlementaires de l’Australie et de la Nouvelle Zélande avaient subi des tracasseries de la part des autorités srilankaises au moment où elles devaient faire état des résultats de leur enquête sur les droits humains.
Le Premier ministre indien, Manmohan Singh, a, quant à lui, pris la décision de ne pas y participer et aurait envoyé une lettre au président srilankais expliquant cette décision. Au fait, des voix au sein du cabinet ministériel indien (ce qui est impensable dans notre présent régime) de même que l’état de Tamil Nadu s’étaient opposés à une participation du Premier ministre. Évidemment, l’échéance électorale en Inde a prévalu sur l’intérêt géopolitique que représente le Sri Lanka.
Stephen Harper, premier ministre canadien, était le premier chef du gouvernement à prendre la décision de ne pas y participer et cela depuis des mois déjà. L’action la plus sage qu’aurait dû prendre le Secrétaire général du Commonwealth aurait été de consulter les membres de l’organisation et, au vu des rapports négatifs émanant des Nations unies, entre autres, de proposer la tenue de ce sommet ailleurs. Le constat était que les engagements pris par le gouvernement srilankais pour redresser la situation des droits humains n’avaient pas été respectés. Les atrocités contre des minorités, en particulier les Tamouls, n’avaient pas cessé.
Mais revenons au plan local. La décision mauricienne sans nul doute renforcera tout aussi notre dénonciation des violations des droits humains qu’une section de notre population a subies aux mains du gouvernement britannique. Nos compatriotes de souche chagossienne avaient été déracinés de l’archipel des Chagos dans les conditions que l’on connaît.
Ce qui préoccupe toutefois sur notre participation à ce sommet du Commonwealth, c’est la posture changeante du gouvernement. Une quasi danse du ventre serait-on tenté de décrire. Alors que des manifestations de solidarité envers les victimes du Sri Lanka étaient organisées dans les rues de Port-Louis plus tôt dans l’année et encore lors de la conférence internationale de solidarité de la diaspora tamoule à Grand Baie le week-end dernier, où l’opposition était présente, la majorité brillait par son absence éloquente. Pourtant le programme officiel du dernier événement affichait le nom d’un ministre qui devait y prendre la parole! Les contorsions faites et arguments utilisés tant à l’Assemblée nationale ou ailleurs par les responsables pour justifier la participation du Premier ministre étaient risibles. Et que dire de la déclaration faite par notre Haut Commissaire au moment où il présentait ses lettres de créance au Président Rajapakse en août dernier, reprise avec fierté par la presse officielle srilankaise et répercutée ici même?
Le Sommet s’ouvre demain. La reine n’y sera pas. C’est le Prince Charles qui officiera. Est-ce que les droits humains seront évoqués en séance plénière ou lors de la ‘retraite’ des chefs d’état et de gouvernement qui se tient normalement à huis clos mais qui revêt un cachet informel? La présidence du Commonwealth pour les deux prochaines années reviendra-t-elle automatiquement au pays hôte, comme le veut la tradition, ou se départira-t-on de cette pratique? Que va faire la délégation mauricienne? Evoquera-t-elle la question de notre souveraineté sur les Chagos, en plénier? Attendons voir!