Les Étatsuniens s’excitent les poils des jambes avec la Syrie ces jours-ci, et ils n’apprécient guère que la Russie soit le centre du monde cette semaine en tant qu’hôte du 8e Sommet du G-20 à Saint-Pétersbourg.
Ce G-20, qui réunit les 20 pays affichant les plus importantes économies de la planète, est en soi, pour eux, un mauvais signe du recul mondial des États-Unis, et de l’Europe, face à la montée du monde non-occidental si longtemps marginalisé.
Plus grave, le G-20 a été lancé formellement à Washington en novembre 2008, au coeur de la crise financière et bancaire qui a signifié aux vieux meneurs du G-7 que l’Occident, même avec le Japon, ne pouvaient plus gérer seuls le croissant désordre mondial.
Le noyau G-7 et le déficit démocratique
De l’intérieur du G-20, le vieux noyau du G-7 s’efforce toujours de coopter les géants émergents comme la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique (le BRICS), et d’autres membres tels le Mexique, l’Indonésie, l’Argentine et la Turquie.
Et, comme le vieux G-7, le G-20 est dépourvu de toute légitimité démocratique dans la mesure où l’organisation fonctionne sans charte fondamentale et sans structures de reddition de comptes envers ses parlements et ses peuples constitutifs.
Cela alors que les réunions du G-20, qu’il s’agisse de sommets ou de rencontres ministérielles, portent sur l’ensemble de l’économie et des finances de la planète, globalement et par pays.
Un poids écrasant et des économies anémiées
Mais le poids du G-20 dans les affaires mondiales au 21e siècle se montre écrasant : il représente 90% du PNB mondial, 80% du commerce global, 2/3 de la population planétaire, et… 84% des émissions de gaz à effet de serre de par le monde.
L’Occident se trouve à ce 8e Sommet, qui se tient au Constantin, ancien palais de Pierre le Grand, avec des économies anémiées – cela en dépit de leurs politiques d’« assouplissement quantitatif » visant à conjurer la récession par l’injection massive de liquidités artificielles (la planche à billets) sans lien aucun avec l’économie réelle.
Les pays du BRICS font eux aussi face au ralentissement, avec la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud tous appelés à prendre à bras le corps leurs terribles inégalités sociales – au lieu de prétendre que tous profitent de la croissance, ce qui est faux car la « croissance » enrichit les riches et appauvrit les pauvres.
« Assouplissement quantitatif » et commerce déformé
Aussi, à St Pétersbourg, les pays du Sud global veulent parler des méfaits de l’« assouplissement quantitatif » comme ils veulent aussi discuter du commerce inégal entre « l’Ouest et le Reste » – les pays développés versent $1 milliard de subventions par jour à leurs producteurs, agricoles surtout, ce qui déforme les règles des échanges, malgré l’OMC (Organisation mondiale du commerce).
Si Barack Obama a calculé le « timing » de son plan d’attaque contre la Syrie pour nuire aux débats du G-20 – et la Syrie s’y est invitée dès hier -, et pour miner le triomphe de Vladimir Poutine, il aura raté son coup, malgré la présence de l’Europe (incluant la Commission européenne, membre à part entière), de la Turquie, de l’Arabie saoudite et de la Corée du Sud.
La Syrie au G-20 : les va-t-en-guerre isolés
L’Europe refusant en masse de s’engager militairement contre la Syrie (hormis la France et, peut-être, le Royaume-Uni), l’OTAN a dû se désister, ce qui signifie que les va-t-en-guerre anti-Damas s’y retrouvent pas mal isolés – et Poutine plastronne grâce à l’appui du BRICS et des autres, qui refusent l’agression armée.
Les vetos russo – chinois à toute Libye – 2 en Syrie et l’insistance de Moscou et Pékin sur un règlement négocié ont imposé à l’OTAN le carcan d’un nouvel équilibre géostratégique global depuis 2011. L’affaire Snowden a fourni à Obama l’occasion d’afficher son irritation en annulant la séance bilatérale qui était prévue entre lui et Poutine au Sommet du G-20.
Mais, malgré les appels tapageurs des républicains, il ne pouvait pas boycotter le Sommet, car l’économie US va trop mal, et la Chine et le Japon sont les premiers créanciers de son pays.
Sourires et représailles, la nouvelle « Guerre froide »
Aussi s’est-il non seulement présenté à Saint-Pétersbourg, mais il s’est exécuté sourire aux lèvres devant les caméras pour serrer la main de Poutine, lui aussi tout sourire, même si l’on chuchote que la veille il a « de-friendé » Obama sur Facebook !
Le BRICS aura sa propre réunion en marge du G-20, et là on a appris que la présidente du Brésil, Dilma Rousseff, a arrêté les préparatifs d’une visite qu’elle devait effectuer le mois prochain à Washington : elle exige des excuses formelles d’Obama pour l’espionnage qu’elle et son gouvernement ont subi aux mains de la NSA (National Security Agency).
Du coup, le président du Mexique, Enrique Pena Nieto, veut que Washington enquête sur l’espionnage de la NSA contre son pays !
G-20, régime de droit contre l’unilatéralisme militaire autour de la Syrie (et demain l’Iran ?), petites représailles calibrées, une « Guerre froide » nouvelle forme semble se dessiner pour notre 21e siècle. À cette aune, il n’est pas interdit de penser qu’Obama soit poussé à décréter le boycottage US (et alliés) des Jeux Olympiques d’hiver, qui s’ouvrent dans cinq mois à Sotchi, sur la mer Noire, en Russie.