Hansley Madarbaccus, 18 ans, n’a pas été lauréat. Et encore moins classé dans la fi lière (Arts) qu’il avait choisie aux dernières épreuves de Higher School Certifi cate. Les parents du jeune homme, qui fréquentait le Sir Abdool Raman Osman State College, n’avaient pas les moyens pour que celui-ci puisse “compete” aux examens. Néanmoins, avec ses résultats honorables, Hansley fait la fi erté de ses proches, dont son père gravement malade, et de la cité Richelieu. Dans l’incapacité de payer des cours tertiaires pour son fi ls, il lance un appel à l’aide.
 La photo de famille ne révèle pas tout! Pourtant, le sourire de chacun est spontané, naturel et il traduit clairement la fi erté des Madarbaccus. Myana, la mère tenant la benjamine, Anaïs, sur ses genoux, et Tony, le père, encadrent celui qui leur a donné une belle émotion lundi dernier. Et en pensant à nouveau aux résultats d’Hansley, ils sourient et savourent cet instant de bonheur. Le certifi cat de HSC de leur fi ls est plus qu’un précieux document Mais derrière le sourire des Madarbaccus, il y a aussi de la souffrance. Elle est physique et à la fois invisible. Depuis ces onze dernières années, Tony Madarbaccus, amaigri, lutte contre une ankylose avancée qui s’aggrave de jour en jour. “Le médecin nous a informés qu’il peut à tout moment perdre sa mobilité”, confi e Myana. “Mais elle, non plus, ne jouit pas d’une bonne santé, rappelle celui-ci. Elle souffre de ses pieds et ne peut rester debout pendant longtemps, regardez “ Tony Madarbaccus montre les pieds de son épouse, marqués par de grandes tâches foncées.
Quant à la souffrance invisible, elle serait, selon les confi dences des Madarbaccus, encore plus lourde à supporter. Leurs diffi cultés fi nancières, suite à la maladie du père de famille, risquent de priver Hansley des études supérieures auxquelles il aspire. Pourtant, le jeune homme a obtenu de bons résultats et pourrait même bénéfi cier d’une bourse. Mais peu informés sur les aides qui sont disponibles pour des étudiants en précarité économique, les Madarbaccus ne savent pas vers qui se tourner pour se faire aider afi n qu’Hansley puisse poursuivre ses études tertiaires.
Premier de l’école au CPE
Durant mes deux années en HSC, je me suis davantage consacré au français. C’est ma matière préférée”, confi e Hansley, pas surpris d’avoir décroché un grade A+. Et peu étonné des grades A, D et E en General Paper, Anglais et Sociologie, respectivement. Passionné de lecture et de langues, le jeune homme est partagé entre le rêve de devenir professeur de français et celui d’embrasser le métier de journaliste. “Je me suis donné les moyens pour réussir mon HSC. Je n’avais pas le droit de décevoir mes parents, proches et enseignants qui ont cru en moi”, confie-t-il encore. Et sa mère d’ajouter: “Tout comme son frère aîné qui vient de fêter ses 25 ans et qui a été un brillant élève, Hansley ne nous a jamais déçus, tant à la maison qu’au collège. D’ailleurs, je n’oublierai jamais l’instant où je suis arrivée au collège pour récupérer ses résultats, ses enseignants m’ont chaleureusement félicitée et remerciée pour la personne qu’il est!”
L’éducation de ses enfants, dit-elle, sous le regard approbateur de son époux, a toujours été une priorité. “Nos deux fils ont été scolarisés à l’école primaire de la cité. Nous avons fait confiance à cette école et ils se sont tous deux classés premiers dans tout l’établissement aux examens de Certifi cate of Primary Education. Qu’importe la région où l’on vit, il suffi t de croire dans l’éducation de ses enfants pour qu’eux aussi réalisent son importance et évitent de tomber dans les pièges de la rue”, dit-elle, avant de confi er, “je n’ai pas eu l’occasion de poursuivre des études secondaires. Je n’ai pas souhaité imposer le même destin à mes enfants.” Concédant qu’il ne sait pas lire, Tony Madarbaccus explique que cet handicap ne l’a pas empêché d’encourager ses enfants à s’intéresser à la lecture. Si, de son côté, le couple Madarbaccus a consenti à des sacrifi ces, comme retarder le paiement des factures pour payer les besoins scolaires d’Hansley, pour sa part, ce dernier a aussi accepté de décupler d’efforts pour éviter à ses parents le souci de lui payer des leçons particulières. “À part des cours privés de General Paper, j’ai travaillé avec des élèves de ma classe. Cette classe était unique! Nous étions solidaires. Nous travaillions en groupe au collège via Facebook ou Skype. Et si aujourd’hui, j’ai pu obtenir de bons résultats, c’est aussi en partie grâce à un ami de classe et lauréat, Jason Thondee”, raconte Hansley.
“Aidez mon fils! C’est tout ce que je demande”, lance Tony Madarbaccus. Les Rs 6,000 d’aide sociale pour invalidité qu’il perçoit mensuellement ne suffi sent pas pour faire vivre sa famille et payer des études universitaires à son fi ls. Quand il a appris sa maladie, le père de famille, qui exerçait le métier de ferrailleur, a été contraint d’interrompre ses activités professionnelles. Pour subvenir aux besoins des siens, il décide, avec l’aide de son frère, de contracter un emprunt afi n d’ouvrir une boutique de denrées alimentaires dans la cité. Soutenu par son épouse, il y travaille jusqu’au moment où la concurrence a fi ni par avoir raison sur le petit business familial. “L’argent ne rentrait plus et j’ai dû abandonner le commerce”, dit-il.
Toutefois, selon lui, malgré les difficultés rencontrées pour faire tourner sa boutique, des officiers de la Sécurité Sociale ne se seraient pas attardé sur sa situation lorsqu’il a fait une demande pour subventionner les frais des examens de Cambridge de son fils. “S’ils avaient pris le temps de consulter mes papiers, ils auraient compris que je n’ai plus de moyens. Et que je n’arrive même plus à rembourser la Mauritius Revenue Authority”, dit Tony Madarbaccus. C’est en comptant sur l’aide de leurs proches que les Madarbaccus ont pu réunir l’argent pour payer les frais d’examens de leurs fils. Sur avis médical, Tony Madarbaccus devrait prochainement subir une intervention chirurgicale. N’osant pas affronter une énième épreuve, il a fait le choix de retarder l’échéance Hansley devra d’abord trouver une place à l’université de Maurice ou ailleurs .