Elle estime avoir tous les éléments pour être convaincue que son fils est gardé en cellule injustement depuis plus de 50 jours et que ce dernier aurait été victime d’une machination par des personnes qui voulaient se venger de lui. Souffrant de leucémie, durement affecté par la mort de son épouse survenue tout juste avant ce nouveau drame, l’homme est accusé de vol par deux personnes, tandis que le proche de l’une d’elle était venu le voir pour un règlement de compte juste avant. La manière d’agir de la police vis-à-vis du suspect et de ses proches bouleverse aussi la famille qui bute sur de sérieuses incompréhensions.
Désemparée, cette mère de 62 ans ne sait plus à quelle porte frapper pour éviter la prison à son fils, Kersley, lequel aurait été, dit-elle, «arrêté injustement et envoyé en remand depuis bientôt deux mois». Elle a hésité avant d’en parler. Elle pensait qu’en gardant le silence, elle éviterait des représailles contre son fils. «Je me suis retrouvée en face de policiers réfractaires à l’écoute, qui m’ont humiliée en me criant dessus !» confie-t-elle non sans émotion. Donc, pendant longtemps, cette mère n’a pas osé dénoncer «l’injustice» que la police infligerait à son fils et sa famille.
Puis il y a eu l’épisode Iqbal Toofany. Bouleversée par cette affaire, la famille de Kersley a préféré se taire et attendre. Mais l’attente, dit-elle, pourrait jouer contre le jeune homme qui sera traduit d’abord en Cour de Rose-Hill le 1er avril, ensuite à la Bail and Remand Court de Port-Louis le 14 du même mois, d’où sa décision d’alerter l’opinion sur son cas.
L’arrestation de Kersley, 36 ans, fait suite à la déposition qu’auraient consignée deux femmes contre lui, pour vol à l’arraché. Si depuis janvier dernier la mère du suspect, de même que la soeur de celui-ci, ne cessent de crier à l’injustice, c’est parce qu’il y a, selon elles, «trop de zones d’ombre dans les accusations portées contre lui» et surtout «qu’au moment des présumés vols, Kersley était comme à l’accoutumée dans sa chambre». Il y a trouvé refuge après avoir quasiment rompu avec la société.
Pour cause, le 26 décembre dernier, un malheur s’est abattu sur lui. Ce jour-là, il perd sa femme, décédée des suites d’un cancer. La jeune femme est morte après sept mois d’agonie. «Après être resté à ses côtés pour veiller sur elle et s’en occuper à tout moment, il a beaucoup souffert lorsqu’elle est partie. Ils vivaient ensemble depuis 16 ans et se sont mariés il y a 11 ans. Il avait perdu le goût de vivre. Il s’est alors cloîtré dans sa chambre et avait même arrêté son traitement médical», explique la soeur du jeune homme. Ce dernier ,dit-elle, est leucémique. Depuis son incarcération, il refuse d’être conduit à l’hôpital pour se faire soigner.
 Menaces
Le 28 janvier dernier, Kersley quitte sa maison tôt dans la matinée pour se rendre à Candos, où il est inscrit sur le programme de méthadone. Ce matin-là, il s’y rend sur la motocyclette qu’il venait d’acheter. Il est censé rentrer chez lui peu après la distribution du produit. «Plus tard, un de ses amis nous a averties que des policiers avaient embarqué sa moto avant de l’arrêter. Nous avons eu toutes les peines du monde à le retrouver. La police ne nous a même pas informées de son arrestation», explique la soeur de Kersley. Selon la jeune femme, cette arrestation fait suite à deux dépositions, aux postes de police de Rose-Hill et de Quatre-Bornes respectivement. Dans les deux cas, deux femmes auraient porté plainte pour vol à l’arraché. «À Rose-Hill, une femme aurait dit que Kersley, qui était assis à la place du passager, lui aurait volé son sac. Elle a dit qu’il portait un casque intégral, mais l’aurait toutefois décrit ! Elle a même donné des détails qui ne correspondent pas à la moto. Dans l’autre cas, cela se serait passé à Quatre-Bornes, c’est une jeune femme qui l’a accusé de lui avoir arraché sa chaîne. Mais il se trouve que quelques jours avant l’arrestation de mon frère, le petit ami de cette personne est venu chez nous. Il lui reprochait d’avoir percuté sa petite amie et voulait le frapper ! Comme il n’a pas vu mon frère ce jour-là, il a proféré des menaces», raconte la soeur de Kersley. Cette dernière explique qu’un témoin a fait une déclaration en ce sens à la police.
Les deux femmes expliquent qu’elles ont non seulement eu toutes les peines pour retrouver leur proche le jour de son arrestation, mais qu’elles ont depuis dû faire face à l’arrogance, au langage irrespectueux et l’indifférence de certains officiers de police qui traitent le cas du jeune homme. «On ne comprend pas pourquoi la police a effectué une perquisition à la légère plusieurs semaines après les présumés vols», relèvent-elles.
Peu aidées par les hommes de loi qu’elles ont retenus, elles ont essayé d’exposer à la police les incohérences qu’elles ont relevées dans les accusations portées contre Kersley. Mais en vain, affirment-elles. «Kersley a toujours clamé son innocence», insiste sa soeur. Ce qui inquiète les deux femmes, c’est, disent-elles, «la pression qui est exercée par la police sur Kersley pour qu’il reconnaisse les deux vols».
Selon les proches du jeune homme, «la police lui a demandé de reconnaître ces forfaits pour finir rapidement avec ce dossier. Même l’avocat que nous avons retenu s’aligne sur la position de la police ! On lui a dit qu’il écoperait d’une peine de deux mois et qu’il valait mieux qu’il plaide coupable en cour !», s’indigne la soeur de Kersley.
Après avoir tout essayé pour attirer l’attention de la police sur les «incohérences» dans les accusations contre son fils, la mère de celui-ci, cardiaque et malade, dit ne plus savoir vers qui se tourner pour se faire entendre.