En quatre ans de règne, le gouvernement de Lalyans Lepep a probablement « cassé un record » : celui d’être l’un (sinon, LE) des gouvernements les plus impopulaires de tous les temps ! En cause, surtout, cette perception (avérée, et souvent, confirmée) que la politique des « petits copains » est plus que jamais favorisée, voire largement pratiquée !

Les exemples sont hélas ! légion. Si l’on prend depuis le début de la venue au pouvoir du gouvernement de Lalyans Lepep, on ne peut éviter les épisodes scandaleux des « biscuits » commercialisés par une très proche de Lakwizinn, d’une proche d’un ministre catapultée à la tête d’un organisme d’État et qui touchait des salaires faramineux, d’une autre proche du pouvoir qui s’est arrogé titre et position de choix au sein d’un autre organisme d’État très décrié dernièrement encore une fois et pour une autre raison, de l’octroi de permis d’opérations à des étrangers nébuleux, pour ne citer que ces quelques exemples.

D’aucuns s’accordent à reconnaître que le gouvernement de Navin Ramgoolam est bel et bien coupable de mille et une frasques. Que dilapidation des fonds publics et attribution de contrats juteux, allocation de terres de l’État et autres ont été monnaie courante. La liste des ‘avantages’ sous le régime Ptr/PMSD est, certes, bien longue, et on en parlera encore pendant bien des années, notamment de l’épisode des coffres-forts. Mais c’est aussi un fait que le palmarès de Lalyans Lepep, sous la férule des deux Jugnauth, tant le père plébiscité par un énorme vote populaire (souvenez-vous de la déferlante « Vire Mam » en décembre 2014 !), que le fils non-élu, qui s’est vu remettre les rênes du pouvoir, digne épisode d’un conte de fées, a accompli en un temps record un parcours des moins éloquents de toute notre histoire !

Quatre ans ponctués de scandales, tantôt par des élus (Lalang Gate, traiter des femmes de « femelles », etc), tantôt impliquant des proches de ministres et députés. Un court règne mais jalonné d’actes manqués, de promesses non-tenues (fourniture d’eau 24/7, Freedom of Information Act…), de mauvaises surprises ou de coups de Jarnac (exemple : encore et toujours, les travaux du fameux Metro Express qui démolissent tout sur leur passage) qui resteront à tout jamais en travers de la gorge du peuple – (Admirable) qui, aux prochaines joutes électorales, l’an prochain ou début 2020, souffrira, une nouvelle fois, d’amnésie collective et temporaire, pour voter, encore et toujours, les mêmes… Bonnet blanc, blanc bonnet.

À quelques miles de nous, l’île sœur a fait les frais du mouvement subversif Gilets Jaunes. Les Mauriciens (ils sont nombreux) qui y vivent, témoignent d’un épisode relevant du jamais vu (rien à voir avec les émeutes suivant la saisie des émetteurs de Radio Free Dom, début des nineties), avec couvre-feu, supermarchés pillés, rayons vidés en moins de deux, provisions qui disparaissent à vue d’œil, et omniprésence de forces de l’ordre dans les rues. En somme, un paysage très peu envieux, certes, puisqu’il recèle une tension latente et qui peut exploser, à tout moment, et qui nous est très peu connue, nous habitants des îles de l’océan Indien, zone très paisible et calme, loin des déferlements militaires et autres coups terroristes d’ailleurs. Pourtant, cette vague contestataire qui a germé en France et qui a été bien évidemment reprise par nos frères réunionnais, doit nous faire réfléchir.

L’éternelle question demeure : qu’est-ce qui fera descendre les Mauriciens dans la rue ? Pas la compensation salariale, ni les revendications syndicalistes souvent très justifiées, ni même des prises de positions de mouvements comme Lalit ou Rezistans ek Alternativ. Notre société est connue pour être (très) tolérante; voire, indulgente. Pire, passive. Si l’on excepte quelques occasions, telles que les marches pacifiques pour dire non aux violences commises envers des gosses et des femmes, surtout, et qui n’attirent en fait pas foule, mais quelques rares et mêmes convaincus de défendre ces causes nobles, ce n’est, en effet, pas dans les mœurs et habitudes des Mauriciens de faire montre de leur mécontentement. Se faire entendre via les ondes des radios privées, oui. Parce que là ils sont sous couvert de l’anonymat, entre autres. Mais faut pas demander plus.

Aurons-nous, un jour, un véritable élan patriotique pour dire « non » aux abus et injustices en tous genres ? Ou devra-t-on attendre quelques décennies et plusieurs générations avant l’avènement d’une société qui arrêtera de cautionner la médiocrité ?
Entretemps, tous derrière Anne Murielle Ravina qui fait flotter très haut notre quadricolore… Au moins, un peu de baume au cœur !

Husna RAMJANALLY