Sophie Némorin a choisi sa voie entre médecine et musicologie. Elle enseigne la musique à plein temps au Conservatoire François Mitterrand depuis une dizaine d’années. Rencontre avec une titulaire du Fellowship of the Royal Schools of Music.
Une mezzo-soprano entrée au conservatoire, au mitan des années 90. S’ensuivent des études en musicologie et l’enseignement du chant. Sophie Némorin a pris sa destinée en main à 18 ans. Elle n’embrassera pas la médecine comme son père et comme sa soeur, mais sera prof de chant en dépit des études universitaires qui s’offraient à elle au sortir du secondaire.
Aucun regret.
La collégienne du Couvent de Lorette de Quatre-Bornes, en attente des résultats du HSC, avait sans doute inconsciemment déjà choisi la musique au détriment des éprouvettes. Elle a été initiée au piano par une de ses tantes, chez qui répétaient l’orchestre et la chorale Pro Musica, sous la baguette de Philippe Ohsan. Elle intégrera les rangs des choristes. Un soir de concert, elle remplace une chanteuse indisposée. Dans l’assistance applaudissait une certaine Claudie Ricaud, fraîchement nommée à la direction du Conservatoire François Mitterrand.
Une quinzaine d’années plus tard, Sophie Némorin a gravi les échelons et contemple un parcours dans l’enseignement musical. Sans regretter une seule seconde ce choix de carrière. “On croit ici qu’on fait de la musique quand on ne peut pas faire autre chose. C’est une conception erronée. Ailleurs, des musiciens de haut niveau mènent parallèlement une carrière de médecin ou autre. Chose qui n’est cependant pas ancrée dans les moeurs à Maurice.”
Transmettre.
Qui a apprécié Sophie Némorin sur scène, et récemment dans West Side Story, est en droit de se demander pourquoi une si belle voix et tant de maîtrise ne sont pas employées à une carrière de chanteuse ? La réponse réside encore une fois dans un choix : initialement entre la médecine et la musicologie, puis entre la scène et l’enseignement musical.
Nous sommes en 1997. Le Conservatoire François Mitterrand a ouvert ses portes depuis un an. Des enseignants étrangers de passage apportent leur concours et donnent des cours afin d’assurer le démarrage de l’institution quatrebornaise. Sophie Némorin y sera enseignante à temps partiel.
Elle entame des études en musicologie par correspondance afin d’acquérir des techniques qui la guideront. “Pour moi, c’était naturel de transmettre ce que j’avais reçu de ma grand-mère, pianiste; de mon père, baryton; de mes tantes, soprano et mezzo. Sans oublier un oncle, ténor.”
Approche.
Elle a hésité un instant à envisager la musique comme carrière, n’étaient les explications de Claudie Ricaud sur les possibilités offertes et les voies à suivre. S’ensuivent des participations à des concours de chant en Afrique du Sud et à La Réunion. Des expériences enrichissantes, voire traumatisantes, pour une jeune femme alors âgée de 20 ans, face notamment à un jury à Paris. Elle ne regrette rien. “En donnant à mes élèves, je reçois énormément.”
On ne finit jamais d’apprendre dans ce domaine. Sophie Némorin se remet d’ailleurs constamment en question afin de revoir son approche de la musique. Parmi les nombreuses personnes qui l’ont accompagnée au cours de sa formation, Olga Tichina, une mezzo-soprano issue du Bolchoï. Elle a préparé la Mauricienne pour les examens de Fellowship of the Royal Schools of Music. Ultime niveau d’études que Sophie Némorin a atteint en chant.
Horizon musical.
Invitée à une évaluation de nos “artistes”, elle note un manque de recherche au niveau des textes, une difficulté à se remettre en question et à se renouveler en technique vocale. Un parallèle est aussi dressé avec l’extérieur. Le contexte est un téléthon avec des chanteurs pop : Chimène Badi et Patrick Fiori, entre autres, s’essayant à des airs d’opéra. Une émission à forte valeur pédagogique que Sophie Némorin repasse à ses élèves afin de leur montrer les bourdes à ne pas commettre !
Quelle en est la conclusion ? Avoir une technique permet d’interpréter ce que vous voulez. Un chanteur classique peut sans peine chanter de la pop; mais demander à Chimène Badi ou à Natasha St-Pier et consorts de chanter de l’opéra est impensable. “Les fans sont ravis, mais musicalement, quand on entend ça, on a juste envie d’éteindre sa télé ou de se sauver !” Or, un des objectifs du Conservatoire François Mitterrand est d’amener le public à apprendre à écouter et à ouvrir son horizon musical.