Guy Dupuche, ancien journaliste de radiotélévision, a écrit Prémices et Promesses, un recueil de nouvelles édité par Pamplemousses Editions. Un survol de sa longue carrière nous apprend que Guy Dupuche dirigeait le service culturel de la MBC. Nous abordons avec cet homme de culture et des médias la genèse de ses quatre récits. Des instants suspendus entre ciel et terre…

Quelle est la spécificité de Prémices et Promesses, votre recueil de nouvelles ?

Ce livre contient quatre nouvelles. Le premier est un polar, une sorte d’aguiche pour inciter le lecteur. Ce n’est pas vraiment mon genre. Ce polar est d’ailleurs complètement différent des trois autres récits. Je me suis demandé à un moment si c’est bien moi qui ai écrit cela. Ce polar est inspiré par l’histoire de Piou-Piou (voir hors-texte). Ce dernier était employé dans une propriété sucrière. Il a pété les plombs et a abattu trois personnes, à qui il en voulait, je suppose. Puis, il a disparu dans la nature. On ne sait toujours pas ce qui s’est passé. On a dit que Piou-Piou serait en Australie…

La deuxième nouvelle est une histoire fantastique, n’est-ce pas ?

C’est une nouvelle que j’ai écrite dans les années 80. Je l’avais envoyé à un concours organisé par Radio France Internationale (RFI) et le texte a été retenu. Il a été primé puis édité dans un recueil de neuf autres nouvelles. La lanterne de Benjamin Karr raconte un modeste ouvrier qui vivait dans le sud, près de la mer. C’est un peu le portrait de mon père que j’ai tracé. Il y avait des enfants et petits-enfants qui venaient le voir de temps en temps. C’est une histoire toute simple, mais qui a retenu l’attention du jury. Le personnage Benjamin Karr crée une lampe qui devient le but suprême de sa vie. Ce sera aussi l’œuvre qui dépasse l’artiste…

Vous évoquez aussi le poète mauricien Jean-Claude d’Avoine.

Je parle de notre amitié au collège. Nous avons suivi deux itinéraires différents dans la presse. “Claude” habitait Rose-Hill et nous étions très proches. Il m’invitait par moments chez lui. Dans le livre, je raconte notre vie au collège Royal. Je cite d’ailleurs certains de ses poèmes dans une biographie légèrement romancée. Nous avons passé sept ou huit années ensemble au collège. C’était vers 1945 ou 1946.

Et vous avez fait les 400 coups ensemble ?

Je raconte dans le livre une soirée torride à Albion. Il avait un jour apporté ce qui était supposément de l’absinthe, pour faire comme Verlaine, Baudelaire, Rimbaud. Nous étions férus de ces poètes. Nous étions donc sur la plage et son “absinthe”, c’était du rhum ti-lanbik teinté de vert pour ressembler à l’absinthe. Tous les démons étaient déchaînés… Le lendemain matin, on s’est réveillé sans trop savoir qui nous étions ni où nous étions !

On a l’impression que la vieille maison de votre enfance est inscrite dans vos souvenirs.
Oui. Mon père et ma mère à mes côtés, la culture qui m’a été inculqué, le goût de la lecture et de l’écriture… Dans le grenier de ma vieille maison se trouvaient de grands disques d’opéras, que j’écoutais. Jusqu’au jour où le gramophone s’est cassé, mais je continuais à tourner avec le doigt pour entendre Caruso et tous les grands de l’opéra. C’est ce qui m’a donné cette culture. La maison a été complètement détruite, je ne reconnais plus les lieux. Elle se trouvait à la rue Derby à Curepipe.

Est-ce exact que vous étiez journaliste à la BBC ?

Oui. J’ai passé cinq années dans le service français de la BBC. Une expérience enrichissante. Si j’avais été plus jeune, je serais allé à Voice of America, mais j’avais déjà plus de 50 ans. Je voulais rentrer au pays, voir les enfants. À la BBC, j’étais responsable d’un magazine littéraire qui s’appelait Reflet africain. Et j’ai fait une rencontre absolument extraordinaire avec l’écrivain Amin Maalouf, que j’ai interviewé. (Ndlr : Amin Maalouf est aujourd’hui membre de l’Académie française).

Quid de vos années à la radiotélévision nationale ?

J’ai pris du service en 1963 et j’ai perdu mon emploi en 1991. C’était une démarche personnelle en raison des ingérences politiques dans l’exercice de mes fonctions. Il y avait le ministre de l’Information (Ndlr : Harish Boodhoo) qui avait pris ses quartiers à la MBC. Il régentait tout, et je ne pouvais pas supporter cela. Je suis parti. J’étais devenu chef de service, je dirigeais le service culturel de la radiotélévision. J’avais créé, entre autres, une émission qui s’appelait Prémices et Promesses. J’ai repris ce titre, que je trouve joli à l’oreille, pour mon petit ouvrage…

Quel regard portez-vous sur la MBC d’aujourd’hui ?

Pas un regard des plus bienveillants. Il y a apparemment beaucoup de passe-droits et, d’après ce que j’ai compris, beaucoup de “protections” de petits copains, et ça s’est amplifié. Côté culture, c’est pratiquement zéro, et l’information est à la gloire du gouvernement et du Premier ministre en place. Il n’y a pas d’objectivité dans l’information. La culture a toujours été le parent pauvre à la MBC… Ça ne fait que continuer.

Pourquoi avez-vous écrit ce livre, Guy Dupuche ?

Je l’ai fait surtout pour les enfants et petits-enfants, pour transmettre un petit héritage culturel et sans doute personnel. Je suis parfaitement heureux. Je considère Prémices et Promesses comme quelque chose de concret que j’ai réalisé à 83 ans. Il faudra attendre un peu pour la promesse d’une suite. Je ne sais même pas s’il y en aura une…

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Sténio Hervel, dit Piou-Piou

Sténio Hervel était plus connu sous le sobriquet de Piou-Piou. Il était un ex-employé de Médine. Piou-Piou avait en effet abattu trois hommes : Cyril de Guardia, Raymond Desvaux de Marigny et Ambicaduth Sooknundun. Ce triple meurtre a été perpétré le 18 janvier 1986. Il devait par la suite prendre la fuite et disparaître sans laisser de traces. Le cas Piou-Piou est un mystère jusqu’à ce jour. Les circonstances de sa disparition demeurent toujours floues. Il est aujourd’hui admis que Piou-Piou aurait quitté le pays pour se réfugier en Australie. Treize ans après sa mystérieuse disparition, soit en janvier 1999, Sténio Hervel est officiellement décrété “absent” du pays par la Cour suprême. Il est inclus dans le registre des morts à l’état civil de Rose-Hill. Les circonstances de sa disparition sont toujours sujettes à spéculations.


Quatrième de couverture

“Guy Dupuche n’est pas seulement une voix. Avec Prémices et Promesses, il devient une plume. Aussi chaleureuse et dense que cette voix qui a pendant plusieurs décennies fait partie de notre quotidien. À la radio ou à la télévision, Guy Dupuche a eu ce niveau d’exigence et de professionnalisme que l’on n’ose même plus rechercher aujourd’hui.
Ces récits racontent notre pays, sa fibre lumineuse et sombre, ses mystères non résolus ou simplement cette douceur du temps arrêté qu’ont connu ceux qui ont pris le temps de croire en la nostalgie sans mépriser demain.”