À l’occasion de la Journée Internationale de la Femme, l’organisation Étoile d’Espérance a invité SOS Femmes à une célébration commune. L’occasion pour nous de voir un peu plus le travail de cette organisation qui lutte depuis 23 ans pour venir en aide aux femmes victimes de violence conjugale. Sans soutien des autorités, l’ONG doit lutter pour garder la tête hors de l’eau, malgré la pertinence de son action.
Le téléphone sonne dans la salle d’attente de SOS Femmes, à Coromandel. Au bout du fil, un officier du ministère de l’Égalité des genres qui demande à parler à une résidente arrivée la veille. Il veut savoir ce qu’elle a décidé concernant son mari. La directrice du centre Ambal Jeanne ne tient pas en place. Elle insiste pour parler à l’officier : « Monsieur, elle vient d’arriver hier soir. Ce matin, elle avait encore le visage tuméfié, comment voulez-vous qu’elle prenne une décision tout de suite ? Il faut lui donner du temps ! »
Ainsi est fait le quotidien de SOS Femmes. Entre les victimes qui débarquent dans la nuit, souvent accompagnées de leurs enfants pour fuir la violence du conjoint et les autorités qui n’arrivent pas à comprendre le sens du travail de l’ONG, il est très difficile de se retrouver.
Pourtant, cela fait 23 ans que SOS Femmes oeuvre en faveur des femmes victimes de violence conjugale. Menacé de fermeture par manque de financement il y a quelques années, le centre a pu être sauvé grâce à des femmes qui se sont organisées pour lever des fonds. Aujourd’hui, l’ONG a un nouveau centre à Coromandel, mais ce n’est non sans difficultés qu’elle gère le quotidien. L’année dernière, une demande d’aide pour la gestion quotidienne du centre a été refusée par le ministère de l’Égalité des genres. Ce n’est pas la première fois que SOS Femmes essuie un tel refus. Il y a bien la Corporate Social Responsibility (CSR), mais les lignes directrices du programme n’incluent pas la violence envers les femmes dans ses champs d’intervention. Conséquence : SOS Femmes peut bénéficier de fonds de la CSR uniquement pour les enfants des victimes à sa charge. Ce qui pousse Ambal Jeanne à dire : « Le CSR n’est pas women friendly. »
La directrice de SOS femmes ne baisse pas les bras pour autant. Car en 23 ans d’existence, le centre continue à accueillir autant de femmes victimes de violence conjugale. Ce qui veut dire que l’ONG a toute son importance dans la société. La plupart du temps d’ailleurs, ce sont les autorités – la police et la Family Support Unit du ministère de l’Égalité des genres – qui dirigent elles-mêmes les victimes vers le centre.
Ambal Jeanne est d’autant plus étonnée de la situation car tous les centres résidentiels à Maurice bénéficient de l’aide gouvernementale. À cause de cette situation, SOS Femmes se retrouve à toujours préparer des projets à soumettre aux entreprises pour demander de l’aide. « Nous perdons beaucoup de temps à monter des dossiers, alors que nous aurions pu consacrer cette énergie à autre chose. »
De même, SOS Femmes avait débuté une campagne de prévention auprès des jeunes, afin de les mettre en garde contre la violence conjugale, leur inculquer les valeurs et leur apprendre des comportements non-violents. « Mais nous avons tout abandonné faute d’argent. »
Ambal Jeanne s’interroge ainsi sur « le grand mythe de la protection de la famille. » Comment parler de bien-être de la famille, se demande-t-elle, si on refuse de venir en aide à ceux qui sont en difficulté.