Maurice a perdu un prêtre militant, un homme du peuple, un ami des clochards, un éducateur. Maurice a aussi et surtout perdu un grand humaniste. Ses prises de position fermes, ses actions courageuses et emplies de compassion ne faisaient que refléter l’humanisme d’Henri Souchon, l’humanisme qui se définit comme étant le fait d’être humain, le fait de placer les valeurs humaines au centre des préoccupations. Et ça, c’est une perte inestimable.
Il existe plusieurs écoles de pensée autour de l’humanisme comme philosophie, ce mouvement intellectuel se développant en Europe à la Renaissance et qui se caractérisait par la quête du savoir, la recherche de la vérité, le respect de l’individu et l’universalisme des valeurs. L’humanisme est, par définition, une philosophie athéiste. Mais n’oublions pas qu’Erasme, grande figure de l’humanisme du 16e siècle, avait traduit la Bible en latin. Avant lui Gutenberg avait imprimé la Bible entre 1452 et 1455. L’autre humaniste Pic de la Mirandole était croyant.
Chacun verra l’humanisme de sa fenêtre mais au-delà des désaccords et terminologies qui diffèrent, toutes les définitions de l’humanisme s’orientent vers une chose : l’humaniste place l’être humain au centre des préoccupations. C’est à cette définition là que je souscris. Je parle de philosophie humaniste en tant que manière de vivre ou tout simplement un état d’esprit. Un état d’esprit qui a dû animer Henri Souchon toute sa vie puisqu’il est parvenu à toujours tout faire graviter autour de l’humain.
A le dire, à l’écrire, cela paraît si simple. Penser d’abord à l’humain. Toutefois, on s’imagine qu’une telle philosophie est difficile à mettre en oeuvre et qu’elle est réservée aux autres, à ceux qui sont presque parfaits… Pris dans nos soucis quotidiens, on reste obnubilés par notre perspective égocentrique. Puis on s’étonnera qu’il y ait des gens – loin d’être des super héros – qui arrivent à faire ce que nous pouvons tous entreprendre : placer l’humain au centre de nos préoccupations.
Maintenant que Souchon est parti, qu’allons-nous faire ? Nous les Mauriciens, sommes toujours en pôle position pour célébrer les personnes exceptionnelles…. après leur mort ? Si certains ne connaissaient pas les merveilles qu’il a accomplies, ils savent dorénavant que le prêtre Henri Souchon a changé la vie de nombreux Mauriciens, celle des clochards dont bon nombre de personnes évitent le regard dans les rues de Port-Louis à celle d’enfants rejetés par le système éducatif mauricien.
Après les témoignages et les hommages, l’heure est à la chasse. Nous avons tant besoin d’autres Souchon, Maurice a tant besoin d’humanistes encore en vie. Pour changer la vie d’autres enfants et leurs proches. Allons les chercher et créons un groupe de personnes qui ont à coeur l’épanouissement de l’autre. N’attendons pas qu’ils meurent. Célébrons leurs actions aujourd’hui et inspirons-nous d’eux. Qu’ils nous montrent comment ils font pour mettre l’humain en exergue !
Il n’est peut-être pas trop tard pour sauver le pays.