Le Jardin botanique de Pamplemousses serait-il en passe de devenir un jardin comme un autre? C’est ce que se demandent plusieurs observateurs qui tirent une nouvelle fois la sonnette d’alarme au vu de la disparition de plusieurs espèces végétales dans le jardin et la plantation d’espèces saisonnières en remplacement. Si les autorités ont présenté, cette semaine, une première ébauche d’un plan de gestion en marge de l’élaboration d’un cadre explicite pour assurer une gestion effi cace du Sir Seewoosagur Ramgoolam Botanical Garden Trust (SSRBGT) au cours des cinq prochaines années, les habitués du jardin et autres défenseurs d’écologie et d’environnement sont sceptiques quant à l’avenir de ce patrimoine national datant du 18e siècle. D’autant que, selon eux, les touristes boudent de plus en plus le jardin non seulement en raison du fait que, ces dernières années, le SSR Botanical Garden a perdu ses attraits, mais aussi en raison du tarif jugé exorbitant, principalement pour les enfants âgés de 5 ans.
S’il demeure populaire sur les réseaux sociaux de sites touristiques incontournables à Maurice, le Jardin de Pamplemousses est en proie à une dégradation constante. Si bien que, malgré sa popularité, les internautes qui l’ont récemment visité n’hésitent pas à commenter négativement le site, insistant sur leur déception après leur visite, au coût de Rs 200. «Rien d’exceptionnel», décrivent certains visiteurs, estimant que «ce seul parc botanique est mal entretenu avec aucun plan signalétique.» Ce patrimoine national avec l’emblématique bassin de nénuphars faisait pourtant, il y a quelques années encore, la fi erté du pays. «Auparavant, le jardin botanique était un lieu de découverte, de préservation d’espèces et de variétés végétales, un musée vivant abritant la diversité végétale de Maurice. Aujourd’hui, on s’y promène pour admirer des fl eurs que l’on trouve dans le jardin de n’importe quel quidam», dit un observateur averti. Et de faire ressortir que la dégradation de ce cadre pittoresque et verdoyant relève principalement, selon lui, de lacunes au niveau de l’administration du jardin. «Plusieurs plantes rares ont été déracinées mais jamais remplacées», disent les habitués, ajoutant que «lorsqu’ils (ndlr: la direction du jardin) replantent quelques arbres, c’est pas pour y mettre des arbres rares, exotiques, indigènes, mais des fl eurs de jardin.» Ils rappellent que des arbres et autres buissons ont également été abattus afin que  le jardin soit clairsemé, cela en raison des récents vols de tortues dont a été victime le Jardin de Pamplemousses.
La notoriété internationale du jardin décline
Si, à l’origine, le Jardin de Pamplemousses regroupait, sur 25 hectares, un grand nombre de plantes endémiques à Maurice et à Rodrigues, à ce jour, selon les visiteurs, ce sont des plantes banales, tels des manguiers qui balisent le jardin. «Le Jardin de Pamplemousses est aujourd’hui un paradis déchu », déplorent-ils. De même, le bassin de nénuphars, victime d’une invasion d’escargots il y a deux ans, peine toujours à reprendre ses couleurs. En effet, si en hiver, le nombre de feuilles de nénuphars est généralement moindre en raison de la température, un constat de visu démontre que le bassin est pratiquement vidé de ses nénuphars emblématiques. Au grand dam des touristes, venus très souvent pour admirer ce bassin dont la notoriété sur le plan international décline de jour en jour. Une situation qui inquiète bon nombre d’observateurs et défenseurs de l’écologie, tirant, une énième fois, la sonnette d’alarme. Qui plus est, les visiteurs, principalement les touristes, se plaignent de l’état de dégradation du jardin. D’autant que’ils ne comprennent pas le prix exorbitant de Rs 200 à payer à l’entrée pour l’accès aux enfants de plus de 5 ans. «Outre le grand écart entre les Rs 25 pour l’accès des Mauriciens et les Rs 200 pour les touristes, c’est inadmissible, c’est un vol de devoir payer Rs 200 pour qu’un enfant touriste de 5 ans puisse visiter le Jardin de Pamplemousses», estiment certains visiteurs, criant à la discrimination.
Du côté des autorités, si le ministre de l’Agro-industrie, Satish Faugoo, cette semaine, lors d’un atelier de validation d’un masterplan élaboré dans une perspective d’amélioration du jardin botanique, concède que la task force mise sur pied il y a deux ans, suite à différents articles de presse dénonçant la dégradation du jardin, dit avoir effectivement relevé plusieurs problèmes majeurs — dont un mauvais entretien et un nettoyage inadéquat du jardin, une infestation accrue de termites, un manque de sécurité en raison de clôtures endommagées, une infestation du bassin des nénuphars et des lotus par des Golden Apple Snails et une absence de cours d’eau, entre autres —, il soutient que des mesures pour y remédier ont été prises. «La task force a agi promptement et a pris plusieurs mesures immédiates qui ont produit des résultats tangibles», laisse entendre Satish Faugoo. Certes, mais il reste énormément à faire pour que le jardin botanique retrouve ses attraits, disent les défenseurs de l’écologie, montant au créneau pour dénoncer ce qu’ils estiment être «une gestion au petit bonheur du jardin.» Selon eux, les mesures qui sont en train d’être déployées pour restaurer le jardin ne conviennent pas à l’aspect botanique du site. «On est en train de planter des fl eurs de jardin au lieu de plantes endémiques. On est en train de mettre en terre des plantes à de mauvais emplacements. Le jardin a été downgraded. Il faut savoir ce que l’on souhaite faire de ce jardin historique», disent les détracteurs, qui ajoutent que si certaines plantes se meurent aujourd’hui, c’est en raison d’un certain «laxisme» de la direction du jardin. «Lorsqu’un arbre est malade, on le laisse pendant des mois et des mois, on le marque et on le laisse encore pendant des mois et des mois, sans donner de traitement. Puis, un beau jour, on dit qu’il faut l’abattre parce qu’il a été envahi de termites», déplorent les habitués du jardin de Pamplemousses. Et de s’indigner également que l’on retrouve aujourd’hui au Jardin des fougères et des plantes saisonnières en guise de remplacement des arbres abattus et des plantes endémiques disparus. «On ne peut pas faire du jardin de Pamplemousses un jardin de fl eurs. Il ne s’agit pas d’un jardin familial, mais d’un jardin botanique qui devrait porter son nom, comme cela a toujours été le cas par le passé», disent-ils.
Un masterplan composé de neuf champs d’action
Une première ébauche du plan de gestion, préparé par l’équipe dirigeante du Jardin de Pamplemousses sous la férule du Comité technique du board, était à l’agenda de l’atelier de validation qui s’est tenu la semaine dernière à Balaclava. Les projets et actions proposés dans ce plan d’action s’inscrivent dans une perspective d’amélioration du jardin botanique, apprend-on. Ce plan de gestion, premier du genre, élaboré depuis l’institution du Trust en 2000, contient neuf champs d’action portant sur les projets infrastructurels, l’amélioration des services, la recherche, la rentrée de revenus, l’embellissement, l’amélioration de la sécurité, la révision du cadre administratif et législatif, le renforcement des capacités et les initiatives vertes. S’agissant des projets infrastructurels, ils répondront, selon le masterplan, aux préoccupations immédiates et à la gestion à long terme des bâtiments et monuments historiques du jardin et de leur utilisation rationnelle. «En termes d’amélioration des services, tenant compte du fait que les droits d’entrée des visiteurs sont la principale source de revenus au SSRBG, le masterplan prévoit de veiller à la satisfaction des visiteurs en terme d’amélioration de la prestation de services et d’être à la hauteur des normes, conformément à la réputation de l’île Maurice en tant qu’une destination touristique», laisse entendre le ministère. En ce qu’il s’agit de la recherche, le plan indique que toutes les plantes seront regroupées non seulement pour affi chage, mais aussi pour étude. Il est aussi envisagé d’exploiter le potentiel du jardin en vue d’améliorer sa situation fi nancière.
Manque de couleurs, selon les autorités
À l’Agro-industrie, on estime que la plainte principale porte sur le manque de couleur dans le jardin. «Cela a été principalement dû à la grande collection d’arbres et de palmiers à défaut des arbustes fleuris et des plantes décoratives», dit-on. D’où le chapitre consacré du masterplan à «l’embellissement du jardin.» Les autorités comptent aussi s’atteler à l’amélioration de la sécurité dans le jardin, souvent victime de vandalisme et de vol, une préoccupation majeure. Il sera aussi question d’une révision du cadre administratif et législatif autour du Jardin de Pamplemousses afi n, selon les autorités, de jeter les bases d’un processus d’amélioration continue du SSRBG. Pour ce qui est du renforcement des capacités, il ressort que des mesures seront prises pour veiller à la mise à niveau continue des compétences au sein du jardin. Le plan d’action met également l’accent sur des initiatives vertes, en ligne avec les initiatives Maurice Ile Durable (MID). Pour les autorités, les neuf champs d’action élaborés dans cette première ébauche sont complémentaires les uns aux autres dans un effort d’améliorer le jardin.
 «Ne pas dénaturer le jardin botanique»
Ce qui laisse sceptiques plus d’un observateur averti, d’aucuns estimant que l’important pour l’heure est non pas d’établir un plan sur plusieurs années – ce qui n’est, certes, pas mauvais –, mais de prendre des actions immédiates pour que le jardin retrouve ses attraits. «Une plante déracinée, abattue prend du temps pour pousser, alors pourquoi laisser mourir les arbres qui sont malades?»demandent les défenseurs de l’environnement. Et de s’interroger sur l’intention des autorités d’apporter des couleurs au Jardin de Pamplemousses. «Ce n’est pas un jardin fl oral. Nous devons à tout prix sauver l’aspect botanique du jardin. Nous ne pouvons pas le dénaturer», rappellent les détracteurs, souhaitant que les autorités réfléchissent à deux fois avant d’entreprendre quoi que ce soit qui pourrait dégrader davantage le Jardin de Pamplemousses.