Le travailleur social Yousouf Dauhoo est parti mais son oeuvre continue à Vallée-Pitot où l’ONG SOS Poverty, qu’il a créée il y a une dizaine d’années, se consolide davantage pour être à l’écoute des femmes. « Elles ont besoin d’être écoutées, la plupart ne sont jamais allées à l’école et ne connaissent même pas leur potentiel », déclare Saajidah Dauhoo, qui a pris la relève du fondateur de l’ONG dans ce combat contre la pauvreté.
Apsanah Kedroo, Noureza Callachun et Waheeda Moosafeer fréquentent toutes SOS Poverty. Sans cette ONG, elles n’auraient pu s’en sortir. Si Noureza n’arrivait pas à faire bouillir la marmite chez elle en raison de ses maintes difficultés, Apsanah, elle, doit s’occuper d’un enfant de 14 ans handicapé et dépendant à 100 % d’elle. Quant à Waheeda, elle était un peu couturière et a parfait ses connaissances dans le domaine grâce à cette ONG. « J’ai du travail maintenant. J’ouvre mon propre magasin bientôt », affirme-t-elle. Noureza et Apsanah s’en sortent également.
Saajidah Dauhoo veut être à l’écoute de femmes venant des milieux défavorisés. « Je veux créer un réseau entre elles pour qu’elles puissent travailler ensemble car il est très difficile d’opérer seul. Parfois, elles ont des choses à partager avec les autres mais il n’y a personne pour les écouter. Je veux créer cet espace de rencontre », lance-t-elle. SOS Poverty a toujours oeuvré en faveur de l’éducation. D’où la création d’une école préscolaire, couplée maintenant d’une garderie pour bébés qui permettent aux femmes en difficultés d’aller travailler. « Ces facilités sont gratuites sans l’être vraiment. Nous leur demandons de payer les frais selon leur capacité financière. Mais la plupart ne paient rien ; certaines versent une centaine de roupies alors que la garderie coûte Rs 2500 mensuellement pour un enfant et notre école préscolaire entre Rs 1800 et Rs 2 000 », fait-elle ressortir. Saajidah Dauhoo ajoute que l’ONG obtient une aide financière de l’État et des dons sous la Corporate Social Responsibility (CSR). Certaines des femmes se rendent chez cette ONG d’elles-mêmes et d’autres ont été identifiées par les soins des travailleurs sociaux qui sillonnent la région pour identifier les enfants qui ne se rendent pas à l’école. « Le service existe et nous voulons en faire profiter un maximum de personnes », déclare Mme Dauhoo.
Ce sont les femmes et les enfants, selon Saajidah Dauhoo, qui sont les grandes victimes de la pauvreté « car les hommes, à 99 %, ont démissionné devant leurs responsabilités ». « Lorsque les enfants dorment le ventre vide, c’est la mère qui souffre. D’où l’importance pour celle-ci d’être indépendante financièrement, de son époux, mais aussi de son père et de son frère », déclare-t-elle. Lorsque Le Mauricien l’interroge sur sa vision du projet Maurice Île Durable (MID) sous lequel il y a l’équité, elle parle de formation et d’information qui peuvent aider les femmes à sortir de la pauvreté. « De nombreuses femmes qui restent à la maison ne sont pas éduquées. Elles ne connaissent même pas leur potentiel. Il nous faut les aider à émerger. D’autre part, les femmes lisent-elles les journaux ? Ont-elles facilement accès à internet ? Elles ont besoin d’informations, il faut leur en donner ». À Mehreen Rughony, Social Worker et Project Coordinator chez SOS Poverty, de rappeler que la porte de cette ONG est également ouverte à toutes celles qui recherchent une aide financière pour ouvrir une petite entreprise. Depuis février, cinq personnes en ont fait la demande. « Le meilleur moyen de sortir de la pauvreté est à travers l’information », souligne-t-elle.