Photo illustration

Rappel: un code d’éthique est déjà en vigueur depuis… 1998 !

Sous les feux de critiques ces derniers temps, à commencer par nul autre que le Chef-juge Keshoe Parsad Matadeen lui-même qui a émis le souhait que certains qui le mériteraient bien atterissent en prison pour n’avoir pas honoré leur engagement et, ensuite, par la commission d’enquête sur la drogue qui en a épinglés quelques uns, les avocats mauriciens se sont accordés, cette semaine, trois jours de réflexion sur le devenir de leur profession. Ils étaient une centaine à avoir participé à l’exercice tenu à l’hôtel sous l’égide de la Mauritius Bar Association (MBA) présidée par Me Hervé Duval Jr S.C.

La conférence a également bénéficié de contributions de Désirée Patricia Bernard, première femme à occuper le poste de chef-juge dans son pays, la Guyane; du Queen’s Counsel Paul Ozin et de Mark Attwood, un expert en marketing. La Mauritius Bar Association en a profité pour lancé un programme d’encadrement connu sous l’appellation 31 initiative.

Ce programme met l’accent sur l’intégrité, l’innovation et l’indépendance des professionnels du barreau. Le Chef-juge Matadeen, également parmi les intervenants, a salué l’initiative mais non sans rappeler qu’en principe, les avocats se doivent de respecter le code d’éthique qui règle leur profession.

Les qualités requises de l’avocat

Effectivement, même le Chef-juge n’est pas entré dans le détail, il nous convient de préciser que ce code d’éthique auquel il a fait référence est entré en vigueur depuis … le 1er janvier 1998 (donc depuis 20 ans!). Il s’était imposé lorsque des dérives avaient été constatées dans le comportement de certains professionnels alors que le public était, lui, en droit de s’attendre à un niveau d’excellence des avocats dans leur pratique du métier. Les errements de certains professionnels du barreau avaient, semble-t-il, atteint un tel degré alarmant que, dès son installation comme Attorney General en 2011, Yatin Varma avait entrepris de vulgariser ce code d’éthique en s’assurant qu’une copie soit remise aux jeunes avocats dès le jour de prestation de serment.

Yatin Varma fit ressortir à l’époque que « les qualités requises pour faire carrière au barreau comprenaient à la fois tempérament et talent. » Citant un extrait d’un rapport d’un comité présidé par Lord Neuberger of Abbotsbury sur les conditions d’entrée au barreau en Angleterre, datant de 2007, il avait souligné « l’importance pour l’avocat modèle de combiner intégrité, honnêteté, courage, engagement, le bon sens, la persévérance aussi bien que le savoir-faire, le talent, le sens de l’analyse, l’intellect, la persuasion, le sens de l’organisation, le bon jugement et l’aisance du langage. »

À l’époque, l’ancien Attorney-General avait rappelé que le code d’éthique de 1998 contenait les normes de conduite écrites que tout avocat se doit d’abserver dans l’intérêt de la justice et du public en général: « Le respect des provisions du code n’est pas confiné à la Chambre du tribunal. Il s’étend à tous les aspects du travail de l’avocat et, à quelques égards, aussi à son comportement hors de sa profession. »

À l’époque toujours, la démarche de Yatin Varma avait été grandement appréciée dans tous les milieux. Toutefois, lui-même se vit reprocher d’avoir dérapé quelques années après suite à un mémorable accident de la route avec un jeune conducteur imprudent au Morcellement St. Jean, à Quatre-Bornes. Fort heureusement pour l’ancien Attorney-General, cette affaire qui fit couler beaucoup d’encre entre 2013 et 2014 eut pour lui un dénouement légal en sa faveur.

Quel marketing ?

Vue les critiques sévères essuyées par la profession légale depuis quelque temps, nombre d’avocats ont bien accueilli le programme 31 initiative. Cependant, il s’est quand même trouvé, parmi, un libre penseur qui a fait remarquer l’incongruité de l’intervention d’un expert en marketing à la conférence de Sugar Beach. « La règle sacro-sainte, la convention, le code d’éthique même interdit aux membres de la profession légale de se faire la moindre publicité pour s’attirer des clients. La Mauritius Bar Association voudrait-elle maintenant inciter les avocats à vanter leurs qualités et leurs services sur l’internet? De quel marketing s’agit-il? », s’interroge-t-il.