Océan coléreux, falaises battues par les vagues, d’étranges figures sculptées dans la roche balsatique : l’émotion vous étreint face aux tourments géologiques de la côte sud de Maurice. Un village charmant collectionnant le nom flatteur de François Vicomte de Souillac, gouverneur de l’Isle de France de 1779 à 1787, est un concentré de pures merveilles.
Souillac, le chef-lieu du district de Savanne, situé à la pointe sud de l’île, est pris entre le village de Surinam à l’ouest, par la rivière Savanne et celui de l’Union à l’est, et par la rivière Bain des Négresses. Si le village joue un rôle important dans cette partie sud du pays par les nombreux services qui y sont disponibles (la poste, l’ancienne gare ferroviaire, la magistrature, le poste de Police, dont le bâtiment est classé au patrimoine national) certains édifices historiques nécessitent d’être rénovés.
Souillac, terre mythique avec la Nef, ancienne maison du poète Robert Edward Hart, et les Rochester Falls, des chutes qui, selon la légende, sont les larmes du Christ, est menacé par les promoteurs. Des anciens du village demandent que le coeur de Robert Edward Hart, légué à la municipalité de Port-Louis, égaré puis retrouvé, soit restitué à la Nef.
Un jumelage existe entre le village de Souillac et la ville de Souillac en France (Département du Lot) depuis 1987. Jumelage effectué à l’initiative d’Armand Maudave (ancien ambassadeur de Maurice aux Nations unies et habitant du village de Souillac), de l’ancien député du Lot, Alain Chastagnol, ex-maire de Souillac, et du comte de Montferrand, qui est lui-même un des descendants du vicomte de Souillac. L’Association des Amis de Souillac France a pour présidente Maya Rajkoomar.
Ce dimanche marque le 25e anniversaire du jumelage des deux Souillac, avec une série d’activités prévues en présence de différentes personnalités, dont l’ambassadeur de France à Maurice, Jean François Dobelle. Une stèle sera dévoilée à la mémoire des pêcheurs disparus en mer. C’est l’occasion de réemprunter la route principale qui serpente le petit village depuis le pont Souillac-Surinam jusqu’au pont de Bain des Négresses pour y découvrir des trésors cachés et revisiter les mythes, en passant par La Roche qui Pleure, qui mugit à chaque ressac, hantée par le souvenir de Hart qui aimait tant contempler la beauté sauvage de la mer indienne.
La route épouse la côte. On remarque la rénovation de l’ancien Pont de Souillac. Nous nous dirigeons vers le cimetière marin avec ses tombes battues par le vent. Le poète mauricien Robert Edward Hart y est enterré, de même que de vieilles françaises habitant l’ancienne Isle de France. Les épitaphes et autres sillons sont gravés dans le basalte. Poursuivant notre visite, on a une pleine vue sur les vestiges du cinéma Batelage, datant des années 1920, mais tombé en décrépitude. Notre guide, Kulwantsing Sreepaul, fait ressortir l’importance de réhabiliter de tels édifices.
Dans la cour de l’école Permal Soobrayen se trouve le monument Charles Telfair, en attente d’être transféré au jardin qui porte le même nom et rénové avec le soutien de l’Association des Amis Souillac France. C’est un beau jardin en bord de mer à l’ombre des grands banyans et des amandiers. La Magistrature de Souillac à l’architecture coloniale, avec varangues ouvertes, a pris feu il y a six mois. On aperçoit encore le toit noirci par les flammes. En face, la poste est installée dans l’ancienne gare ferroviaire. Plus loin, le poste de Police de Souillac, classé au patrimoine national, rappelle qu’au XVIIIe siècle le bâtiment servait de logement aux esclaves qui travaillaient dans les plantations de cannes. Ce bâtiment a ensuite été utilisé comme lieu de repos pour les voyageurs débarquant des trains.
Le Musée Robert Edward Hart, rénové, ne nous est pas accessible en ce mardi sans autorisation préalable. La Nef, ancienne maison du célèbre poète mauricien, semble dormir dans l’oubli. Alors on se dirige vers La Roche qui Pleure pour retrouver les traits de Hart sculptés dans les rochers. On raconte que la Roche qui pleure crée « une illusion de larmes coulant des falaises ». On s’éloigne des légendes pour retrouver le Batelage, ancien Port de Souillac dont le débarcadère a été rénové pour accommoder les pirogues des pêcheurs locaux. Du Port de Souillac, on transportait autrefois le sucre par bateau jusqu’à Port-Louis.
Le batelage a été rénové. Une partie du bâtiment est utilisé par la National Coast Guard et une autre abrite un restaurant nommé Le Batelage.
Souillac et son centre historique ne cessera jamais de surprendre. Les habitants de la localité saluent à l’occasion des 25 ans de jumelage leurs amis de Souillac en France pour leur soutien dans différents projets de développement (rénovation de l’église Saint Jacques, distribution de poubelles, dons d’ordinateurs, etc.).