Le Pr Theeshan Bahorun, directeur du Centre for Biomedical and Biomaterials Research (CBBR), et son équipe de chercheurs travaillent actuellement sur le champignon de la variété pleurote qui serait riche en propriétés anti-inflammatoires et anticancéreuses. « Nous avons effectué les tests classiques dans un centre de recherches sur le cancer à Kanpur, en Inde, où nous avons travaillé sur le rat, un modèle extrêmement intéressant pour étudier le cancer du foie », a-t-il déclaré au Mauricien. Un article sur ce sujet a été envoyé au journal scientifique de réputation mondiale Food & Function qui, espère le Pr Bahorun, le publiera sous peu.
« Dans nos travaux, nous avons trouvé que les extraits de champignon sont capables de réduire les marqueurs du cancer du foie dans le rat. De plus, les lésions causées au foie par le cancer sont restituées, et ce, sur une période de 28 jours », lance le Pr Bahorun. Il indique toutefois que la prochaine étape de ses recherches consiste à travailler sur les cellules cancéreuses humaines pour confirmer les résultats obtenus sur le rat. Selon lui, le champignon serait extrêmement efficace contre le cancer.
Depuis quelque temps, le CBBR travaille sur trois principaux aspects, la réduction de l’incidence du diabète – pour chaque diabétique découvert il y a une personne prédiabétique, soit environ 50 % de la population, affirme le Pr Bahorun? ; le cancer, qui atteint environ 14 % des personnes? ; et l’économie bleue – des recherches sont en cours sur les algues et les organismes marins de notre région, qui demeure inexploitée jusqu’à l’heure d’un point de vue phyto-pharmaceutique.
« Ces trois thèmes découlent de l’étude que nous avons commencé sur le thé noir et le thé vert où nous avons démontré que les alicaments que nous consommons possèdent un potentiel énorme qui peut nous aider à contrôler certaines maladies à court terme, et à les prévenir sur le long terme », souligne notre interlocuteur. Il ajoute que le thé noir est capable de faire baisser le taux d’acide urique, de glucose, de triglycérides, de mauvais cholestérol et augmenter le taux de bon cholestérol dans le sang. « Notre étude est unique au monde parce qu’il n’est pas facile d’avoir une population prédiabétique pour les besoins de la recherche. Les prédiabétiques ne prennent pas de médicaments. Nous ne pouvons donc connaître l’impact du thé vert sur les marqueurs du diabète », souligne le Pr Bahorun.
Le CBBR a également travaillé sur la papaye fermentée et a démontré l’efficacité de ce produit contre les marqueurs du diabète chez les prédiabétiques. « Maintenant, il faut voir comment développer la papaye fermentée avec nos variétés de papaye locale », confie le chercheur. Une chose est sûre, insiste le chercheur, les graines de la papaye peuvent diminuer les marqueurs du prédiabète chez l’humain. « Nous pouvons en extraire le principe actif et le développer », estime-t-il. Selon le Pr Bahorun, de tels résultats ouvrent de nouvelles perspectives, notamment dans la commercialisation et le « patenting » d’autres fruits locaux. « Nous menons actuellement une étude en collaboration avec des chercheurs réunionnais sur l’efficacité de l’ananas fermenté contre le diabète et le cancer », révèle-t-il. Un autre fruit qui serait un bon candidat dans la lutte contre le diabète est le pomegranate qui serait plus efficace que le thé vert ou noir.
S’agissant des autres projets de recherche, le Pr Theeshan Bahorun compte travailler bientôt sur les plantes endémiques. Selon ses estimations, une vingtaine de ces plantes auraient un potentiel anticancéreux. Il cite comme exemple le bois marron, car « si les cellules normales peuvent continuer à vivre avec ces plantes endémiques et les cellules cancéreuses meurent, c’est le jackpot », conclut-il.