La revendication de la souveraineté de Maurice sur l’archipel des Chagos exige une vigilance à toute épreuve. C’est ce qui semble être le mot à la cellule spéciale instituée au Prime Minister’s Office pour assurer le suivi de ce dossier d’envergure. Le dernier mouvement initié à Londres est jugé extrêmement intrigant et pourrait porter de graves préjudices à la démarche de Maurice en vue d’obtenir le retour de cette partie du territoire. À l’approche de l’échéance 2014/2016 (date de la fin du premier bail anglo-américain), Port-Louis compte redoubler de vigilance et de méfiance à l’encontre de tout « coup fourré » de Londres.
Dans cette perspective, la dernière initiative du All Party Parliamentary Group sur les Chagos, réunissant des parlementaires de tous bords à la Chambre des communes, a été accueilli avec une froideur diplomatique par l’hôtel du gouvernement. Cette instance parlementaire britannique a proposé que des procédures soient enclenchées en vue d’inclure les Chagos dans la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.
La raison justifiant ce statut de World Heritage Site à l’occasion du 40e anniversaire de l’Unesco Convention on the Protection of the World Cultural and Natural Heritage est que les îles de l’archipel constituent « a natural area of outstanding universal value for the point of view of science, conservation or natural beauty ». Les parlementaires britanniques derrière ces démarches rappellent que le Great Barrier Reef en Australie et les îles Galapagos ont été classés en tant que patrimoine mondial et qu’en 2011 la Grande-Bretagne a soutenu la nomination des îles Turques-et-Caïques.
La proposition de faire des Chagos un World Heritage Site a été la semaine dernière le sujet d’une correspondance officielle, signée du député travailliste britannique Jeremy Corbyn, au Foreign Secretary William Hague. Cette affaire est présentée comme un « magnanimous gesture » du Foreign and Commonwealth Office dans la conjoncture politique. L’All Party Parliamentary Group de la Chambre des communes prend le soin de demander au Foreign Secretary de formuler cette demande auprès de l’Unesco conjointement avec Maurice et des membres de la communauté chagossienne.
Cependant, du côté de Port-Louis, dès que les premiers détails du projet des Chagos en tant que patrimoine mondial ont été révélés, la méfiance s’est installée de nouveau, appréhendant une réédition de la décision unilatérale de Londres de décréter l’archipel Marine Protected Area.
« L’agenda du All Party Parliamentary Group, malgré toute la bonne volonté des membres, s’apparente à celui privilégié par le Foreign and Commonwealth Office en ce qui concerne les Chagos. C’est un fait inéluctable. Nous constatons que la principale préoccupation du côté de la Tamise est de mettre en place une stratégie à l’approche de l’échéance 2014/2016 pour maintenir la mainmise sur cette partie du territoire mauricien. Après l’épisode du Marine Protected Area où Londres a été démasqué, nous allons redoubler de vigilance. Nous sommes conscients que les Anglais vont s’adonner à toute une gymnastique pour essayer de garder les Chagos », a fait comprendre au Mauricien une source gouvernementale autorisée.
Les dates butoirs de 2014 pour les discussions au sujet du bail anglo-américain sur les Chagos et l’expiration de ce contrat en 2016 ont été évoquées à la dernière réunion du All Party Parliamentary Group. Le site web de cette instance parlementaire britannique, rapportant les délibérations de ce mois-ci, met l’accent sur l’importance de 2015 qui verra le 50e anniversaire de l’excision de l’archipel des Chagos du territoire mauricien et la tenue du sommet des chefs de gouvernement du Commonwealth (CHOGM) à Maurice.
« The Group considered the prospects for progress in 2012, a year in which the eyes of the world are on the UK for the Olympic Games and the Queen’s Diamond Jubilee. This was a fitting year in which to restore the human rights and dignity of the Chagossian people, many of whom are British and for whom the UK is responsible. As 2015 is the 50th anniversary of the creation of BIOT and also the Commonwealth Heads of Government Meeting in Mauritius, 2015 was an obvious deadline for an overall settlement to aim for. This would follow discussions in 2014 on the renewal of the 2016 agreement with the US on the use of BIOT for defence purposes », soulignent les parlementaires britanniques.
Le projet des Chagos en tant que patrimoine mondial est perçu comme un « red herring » des Britanniques à deux ans de la principale échéance géopolitique et à la veille du démarrage de l’arbitrage des Nations unies sur le projet de Marine Protected Area. Le gouvernement, qui sera représenté par le Premier ministre Navin Ramgoolam à Londres la semaine prochaine au sommet sur la Somalie, pourrait subtilement transmettre au Foreign Secretary l’objection de Maurice à ce « colourable device ».