La confirmation de la prise de position de Maurice sur l’éventuel Resettlement des Chagossiens dans leur archipel natal, réitérée par le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, par le truchement de la Private Notice Question (PNQ) du leader de l’opposition, Paul Bérenger, suscite des grincements de dents au sein de la communauté des Chagossiens. Le leader du Groupement Réfugiés Chagos (GRC), Olivier Bancoult, ne cache nullement ces sentiments et sollicite ces jours-ci un rendez-vous avec le chef du gouvernement pour passer en revue la situation tout en souhaitant harmoniser les points de vue sur la question cruciale du retour dans l’archipel à la lumière des conclusions de la Feasibility Study commanditée par le gouvernement britannique à ce sujet. L’approche adoptée par le GRC semble être en collision avec la décision du gouvernement au sujet du retour dans des îles de l’archipel.
Ainsi, dans sa réponse liminaire, le Premier ministre a clairement indiqué que les négociations au sujet du Resettlement ne devraient se dérouler que de gouvernement à gouvernement et que nulle autre plateforme n’est acceptable dans la conjoncture tout en s’appuyant sur le Ruling du 18 mars 2015 du tribunal d’arbitrage des Nations unies sur le Droit de la Mer. « Our stand that it is only with the Government of Mauritius that the Government of the United Kingdom can discuss that issue since it is the resettlement of Mauritian citizens which is at stake. Mauritius has conveyed to the United Kingdom that it cannot, on the basis of the ruling of the Arbitral Tribunal at paragraph 298 of its Award, take any internationally lawful decision relating to resettlement without the prior involvement and consent of Mauritius », a-t-il soutenu.
Explicitant davantage cette prise de position, sir Anerood a avancé que « Mauritius has also made it clear that it cannot participate in a unilaterally determined consultation exercise that imposes consultation under domestic law. The consultation exercise purportedly carried out by the United Kingdom Government also envisaged resettlement under conditions amounting again to a gross violation of the most basic human rights of Mauritian citizens of Chagossian origin ».
Cette approche de Port-Louis par rapport au retour dans l’archipel est en contradiction avec les démarches entreprises par le leader du GRC auprès du gouvernement britannique. Le mois dernier, Olivier Bancoult, qui a effectué un déplacement à Londres, a soumis une correspondance au Premier ministre britannique, David Cameron, l’implorant d’accélérer le processus de décision pour le retour dans l’archipel des Chagos. Il demande au gouvernement britannique de prendre des initiatives car « our wrongful deportation a generation ago is a source of worldwide shame on the UK, a blot on the UK’s claim to respect human rights in its overseas territories and a catastrophe for our community ».
Le leader du GRC soutient que différentes études ont prouvé qu’il ne peut y avoir d’obstacle au Resettlement et que « our community stands ready and willing to return and to provide the skills necessary to restore an abandoned economy and way of life. No-one is better placed than are we to help conserve and act as guardians of this unique environment ». Il est d’avis que même Washington ne serait pas hostile à l’idée d’un retour des Chagossiens, surtout dans la perspective du renouvellement du bail initial de 50 ans, qui arrivera à terme le 31 décembre prochain.
En conclusion, Olivier Bancoult ajoute que « there is now a unique opportunity to right the wrongs we have suffered […] History will show that a respect for basic civilised norms is not incompatible with effective defence of the realm. Your support is crucial to a successful resettlement. It will demonstrate that both the UK and USA Governments are able to provide the moral leadership which will correct the wrongs we have suffered over nearly half a century ».
La divergence de vues sur le projet de Resettlement entre le gouvernement et le GRC est plus qu’évidente. À cet effet, Olivier Bancoult fait état d’un « manque de communications entre les Chagossiens et le gouvernement ». Il se propose de rencontrer le Premier ministre dans les plus brefs délais en vue d’aplanir toute difficulté. « A ce stade, nous n’avons pas encore soumis officiellement de demande de rencontre avec le Premier ministre. Nous entreprenons des démarches », a déclaré Olivier Bancoult.
« C’est évident qu’il y a un manque de communications entre les deux parties, d’où l’importance de cette réunion. Le gouvernement parle de la souveraineté territoriale. Mais il y a aussi le problème du Resettlement. Pena nanyne pu Sagosyens. Ena ousi sa soufrans ki bann Sagosyens inn subir ek Moris pa kapav ignor soufrans umin Sagosyen akoz lindépendans », a fait ressortir le leader du Groupement Réfugiés Chagos.
En tout cas, avec les éléments de réponse fournis par le Premier ministre à l’Assemblée nationale, outre le fait d’ouvrir un front sur le plan extérieur avec un ultimatum à Londres pour annoncer une date précise au sujet du retour des Chagos sous le contrôle effectif de Maurice, quitte à offrir un bail de 50 ans aux Américains pour la base militaire des Chagos contre le paiement d’un loyer, une autre zone de turbulence se fait voir avec les Chagossiens littéralement pris à contre-pied sur leur « dada du retour dans l’archipel »…