La réunion parlementaire d’hier sur les Chagos, en prévision de la résolution à l’assemblée générale des Nations unies pour une Advisory Opinion contre la Grande-Bretagne, a été marquée par une note discordante. Les partis d’opposition ne sont pas sur la même longueur d’onde que le gouvernement — en particulier le ministre mentor et ancien Premier ministre, sir Anerood Jugnauth — au sujet de la teneur du communiqué officiel à être émis. L’opposition parlementaire est d’avis que la campagne de lobbying diplomatique, initiée par le gouvernement, manque de punch et doit avoir pour objectif de décrocher la majorité de deux tiers en faveur de la résolution de Maurice au moment du vote à l’assemblée générale des Nations unies. En parallèle, la mission permanente de Maurice à New York a eu pour directive formelle de l’hôtel du gouvernement de déposer aujourd’hui auprès du secrétariat des Nations unies le libellé officiel de la requête de Maurice contre la Grande-Bretagne. Ce vote ne devrait pas intervenir en ce mois de juin, car l’item 87 n’a pas encore été inscrit à l’agenda de la séance plénière des Nations unies pour ce mois-ci.
L’expression « Unreservedly Welcome » dans la décision du gouvernement d’aller de l’avant avec cette résolution a suscité de vifs échanges lors des délibérations du comité parlementaires sur les Chagos, présidé par sir Anerood Jugnauth. Des représentants de l’opposition ont objecté au terme « Unreservedly » dans le communiqué officiel prévu à cet effet. L’ancien Premier ministre a eu pour réaction de dire que le communiqué allait être publié avec le commentaire à l’effet que les partis d’opposition ne soutenaient pas la décision du gouvernement d’avoir recours aux Nations unies pour condamner la Grande-Bretagne sur les Chagos. Nouvelle poussée de tension des partis d’opposition, rappelant à sir Anerood Jugnauth qu’il faisait entièrement fausse route dans ses réactions.
Finalement, les deux blocs se sont mis d’accord pour enlever le qualificatif « Unreservedly ». Ainsi, le contenu de cet extrait du communiqué du Minister Mentor’s Office se lit comme suit : « The Committee welcomed the decision of the Government of Mauritius to proceed with the action which it had initiated at the level of the UN General Assembly and to call for the consideration of item 87 by the General Assembly. »
Tout au long de ces discussions — qui se sont déroulées en l’absence du Deputy Prime Minister et leader du Muvman Liberater, Ivan Collendavelloo, et du chef de la diplomatie, Vishnu Lutchmeenaraidoo —, les représentants de l’opposition se sont appesantis sur un point. En l’occurrence, la campagne de lobbying politique et diplomatique. Ils ont également indiqué que Maurice aurait dû adopter un tempo plus soutenu. Le but étant de rallier une majorité de deux tiers des États membres des Nations unies pour le prochain vote sur l’item 87 à être inscrit à l’agenda.
« Maurice ne devrait se contenter d’une simple majorité lors de cet exercice. Nous croyons que cet objectif est réalisé. Nous devons avoir l’ambition d’atteindre les deux tiers des membres de l’ONU pour ce vote. Une telle majorité qualifiée pèsera de tout son poids sur l’échiquier international dans la conjoncture », laisse-t-on entendre dans les rangs de l’opposition après la réunion d’hier. Une des propositions évoquée a été qu’un groupe de lobbying politique, incluant des dirigeants de l’opposition, dont l’ancien Premier ministre et leader du MMM, Paul Bérenger, soit constitué à cet effet car il est encore temps avant que le vote ne soit pris.
En effet, ce n’est qu’aujourd’hui que la Mission permanente de Maurice à New York déposera le libellé détaillé de la résolution intitulée « Request for an advisory opinion of the International Court of Justice on the legal consequences of the separation of the Chagos Archipelago from Mauritius in 1965 ». Jusqu’ici, la motion formelle était en réserve suite à la proposition formulée en septembre de l’année dernière par la présidence de la présente session de l’assemblée générale des Nations unies en vue de chercher une solution au différend politique sur la souveraineté des Chagos entre Londres et Port-Louis.
De son côté, le Minister Mentor’s Office, dans le communiqué revu et corrigé, relève que « The Committee noted that no progress had been made in the talks held between Mauritius and the United Kingdom, following the understanding reached in New York last September to defer, at the UK’s request, the consideration of item 87 of the UN General Assembly agenda entitled “Request for an advisory opinion of the International Court of Justice on the legal consequences of the separation of the Chagos Archipelago from Mauritius in 1965” ».
En prélude à la réunion du comité parlementaire, sir Anerood avait eu des consultations avec le leader du Groupe Réfugiés Chagos, Olivier Bancoult. « M. Bancoult reaffirmed the full support of Mauritians of Chagossian origin to Government action with regard to the completion of the decolonisation process of Mauritius and the effective exercise by Mauritius of its sovereignty over the Chagos Archipelago, and in particular the action which it had initiated at the level of the UN General Assembly », conclut le communiqué du gouvernement.