Washington continue à objecter au retour des Chagossiens dans leur archipel natal en dépit de toute la campagne de Londres faisant penser qu’une telle étape est envisageable dans un avenir pas très lointain. C’est ce qui découle des débats sur un éventuel “resettlement” des Chagossiens, qui se sont déroulés cette semaine au Westminster Hall de la Chambre des Communes avec la participation du Foreign Office Minister du gouvernement Cameron, James Duddridge, et du nouveau leader de l’opposition britannique, Jeremy Corbyn. Force est de constater qu’à l’issue de ces échanges au sein d’une des instances de la Chambre des Communes, le dossier des Chagos se résume encore à un retour à la case départ avec l’absence de toute décision ferme de la part de Londres aux Chagossiens et le refus de Port-Louis d’engager des discussions avec Londres sur le “resettlement”, la souveraineté de Maurice sur les Chagos demeurant indiscutable. Toutefois, le point fort est que tous les parlementaires britanniques ont dénoncé en des termes véhéments le « cleansing » dont ont été victimes les Chagossiens à partir du 8 novembre 1965.
Intervenant à la fin d‘une heure de débats mercredi, au Westminster Hall, le Foreign Office Minister, porte-parole du gouvernement britannique, s’est contenté de confirmer que l’un des obstacles majeurs au projet de “resettlement” aux Chagos concerne l’objection des Américains, avec des risques pour les opérations de la base nucléaire de Diego Garcia. D’emblée, il concède que le processus de consultations engagé avec les différentes parties concernées après la publication de la Feasibility Study par KPMG, au cours de ces trois derniers mois, n’a pas donné des résultats escomptés.
D’abord, le refus catégorique des autorités mauriciennes d’être partie prenante de cet exercice continue à peser lourd dans la balance. Le gouvernement a clairement fait comprendre qu’il ne peut donner son assentiment à un projet illégitime vu que Maurice ne reconnaît nullement le British Indien  Ocean Territory (BIOT). Le ministre Duddridge reconnaît : « I encourage the Mauritian Government to engage in resettlement discussions with us but, to date, they have unfortunately refused to do that. It would be incredibly helpful. » Après le discours du Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, aux Nations Unies, aucun changement d’attitude n’est envisageable.
Plus grave encore : les propositions soumises par le gouvernement britannique aux Chagossiens ont été accueillies froidement. L’auteur de la motion débattue au Westminster Hall, le député SNP écossais Paul Monaghan, s’est permis de citer le président de la Seychelles Chagossian Community, Pierre Prosper, qui avait traité avec dédain les conditions imposées pour le retour dans l’archipel natal. Le Hansard de la Chambre des Communes note que l’auteur de la motion avait tout simplement déclaré que « Pierre Prosper, chair of the Seychelles Chagossian Committee, told me that although all Chagossians have responded to the consultation stating that they want to return, all have refused the terms of the UK Government’s offer, which reduces us to cheap labour for the military base, with no rights at all ».
De son côté, le ministre britannique Duddridge, qui révèle que le Foreign Office a reçu à la fin de l’exercice, soit mardi, plus de 700 réponses et quelque 500 Chagossiens contactés, révèle que « there are other issues – financial, legal and social – and the question of the ability of the military facility on Diego Garcia to operate unhindered », avant de poursuivre : « The US Government have expressed concerns about operating alongside a community. » Et d’ajouter que Londres s’est également rendu compte que : « Some Chagossians are more interested in securing other forms of support in the places where they live. We should assess what we can do for everyone, not just those who are returning. »
Dans la perspective de sucrer la pilule amère des objections de Washington à leur retour dans l’archipel, le Minister for Foreign Office a tiré de son chapeau diplomatique une prochaine visite des lieux. « I begin by reassuring the House that I am considering the matter carefully, and that I plan to travel to the islands to see for myself the situation, to probe some of the issues that were raised during the consultation and to overcome some of the problems that are in the KPMG report, so that I am as informed as I can be before making recommendations and taking decisions on the subject. I hope to do that very soon, because I am acutely aware that this is a long-standing problem », devait-il faire comprendre.
De son côté, Jeremy Corbyn, l’un des rares leaders de l’opposition à avoir participé à des débats au Westminster Hall et fervent partisan de la lutte des Chagossiens, est intervenu en soulignant : « I begin by reassuring the House that I am considering the matter carefully, and that I plan to travel to the islands to see for myself the situation, to probe some of the issues that were raised during the consultation and to overcome some of the problems that are in the KPMG report, so that I am as informed as I can be before making recommendations and taking decisions on the subject. I hope to do that very soon, because I am acutely aware that this is a long-standing problem. »
D’autres parlementaires britanniques, dont les députés Paul Monaghan et Tania Mathias, ont été très sévères dans leur condamnation du déracinement des Chagossiens il y aura 50 ans la semaine prochaine. Se tournant vers la galerie publique, où avaient pris place de nombreux Chagossiens, la députée conservatrice Tania Mathias a lancé : « It is a gross injustice then to have an airbase, with a very questionable history in this century, on their land. It is a gross injustice to create a marine protected area without consulting the people who should be there, in their homeland. You deserve your home, you deserve reparation and an apology and I’m very, very privileged to be in the same room as you today. » De son côté, l’ancien militaire, devenu parlementaire, Bob Stewart (Beckenham), qui a servi en Bosnie, a dressé un parallèle avec une opération de « classic ethnic cleansing », en demandant au United Nation’s Human Rights Commissioner de s’intéresser à ce dossier.
Les coûts pour le relogement des Chagossiens sont estimés à quelque 23 millions de livres sterlings pour une population de 150 personnes et de 10 millions de livres pour le projet pilote de 50. Ce montant est considéré comme étant nettement inférieur aux 200 millions de livres, dont a bénéficié la Grande-Bretagne sous forme de rabais des Américains lors de l’achat des missiles Polaris en 1966, au lendemain du bail de Diego Garcia, dont la reconduction pour une période de 20 ans est prévue pour l’année prochaine.