À quelques heures de la réunion plénière de l’assemblée générale des Nations Unies sur la requête de Maurice en faveur d’une Advisory Opinion sur les Chagos, Londres tente de jouer son va-tout diplomatique pour renverser la vapeur. Mais le fait demeure que jusqu’à la toute dernière minute, les Britanniques ne se sont pas avoués vaincus dans cette bataille diplomatique et politique à l’ONU. Avant la réunion, qui débutera aujourd’hui à 10h, heure de New York, la partie mauricienne affiche la sérénité devant le vote qui devra intervenir en conclusion des interventions, et ce alors que Port-Louis et Londres auront les yeux tournés sur la position qu’adoptera l’Union européenne lors de ces débats. D’ailleurs, dans un article à ce sujet, intitulé “The UK is in danger of losing a vote at the UN”, le quotidien britannique The Guardian situe l’enjeu du vote de l’Union européenne alors que Maurice s’est déjà assurée du “backing” de Bruxelles pour le rendez-vous du jour aux Nations Unies, un peu plus de 50 ans après l’excision de l’archipel des Chagos du territoire mauricien.
La Grande-Bretagne continue de maintenir que le vote de l’assemblée générale des Nations unies sur la « request for an advisory opinion of the International Court of Justice on the legal consequences of the separation of the Chagos Archipelago from Mauritius in 1965 » ne constitue nullement la voie appropriée pour  régler un différend territorial bilatéral. Dans une déclaration rapportée par The Guardian à la veille de ce vote, une porte-parole du Foreign and Commonwealth Office, soulignant : « We are disappointed that a resolution challenging the sovereignty of the British Indian Ocean Territory is being put to a vote in the UN general assembly. This is an inappropriate use of the international court of justice mechanism. » Poursuivant, le Foreign and Commonweakth Office a voulu être rassurant, soit « while we do not recognise the Republic of Mauritius’ claim to sovereignty over the islands, we have a longstanding position that we will cede it to Mauritius when no longer required for defence purposes, and we maintain that commitment ».
Auparavant, dans le cadre de sa campagne de lobbying diplomatique pour faire obstacle à un vote en faveur de Maurice sur les Chagos, la Grande-Bretagne a brandi la menace et le danger que « représenterait, pour tous les membres des Nations unies, une telle initiative ». En effet, dans une note verbale adressée aux différentes missions étrangères à New York, plus spécifiquement des États membres de l’Union européenne, en date du 8 juin dernier, le représentant permanent de la Grande-Bretagne à l’ONU, Matthew Rycroft, a averti sans ambages contre tout vote en en faveur de la requête mauricienne le 22 juin. « À vote to send the matter to the ICJ would set a dangerous precedent for international justice which would affect us all », allègue le diplomate en revenant à la thèse de Londres que ce différend devra être réglé sur le plan bilatéral.
En tout cas, Londres compte s’appuyer sur le soutien du bloc de l’Union européenne pour éviter cette déconvenue diplomatique à l’ONU. Mais au cas où cette solidarité européenne manquait à l’appel de la Grande-Bretagne au moment du vote sous forme d’abstention, la situation pourrait s’avérer critique pour les Anglais avec l’avènement du BREXIT, soit le divorce avec l’Union européenne. « The vote will be seen as a test of the diplomatic influence wielded at the UN by the British foreign secretary, Boris Johnson. If the UK fails to get backing from EU countries and loses the vote it may be portrayed as a blow to the UK’s prestige », note encore The Guardian à ce sujet.
Dans le camp mauricien à New York – avec le minister mentor, sir Anerood Jugnauth, et Me Philippe Sands, QC, sur place –, un optimisme mesuré est de mise, tout en restant sur le qui-vive contre un éventuel coup de Jarnac des Anglais. Dans une déclaration à la presse internationale, le représentant permanent aux Nations unies, Jagdish Koonjul, laisse entendre : « It’s going well… We hope we should be able to carry the vote. For the EU it’s a very difficult choice they have to make. » Et ce tout en concédant, selon The Guardian : « A number of EU countries are torn between supporting issues of principle and their alliance with the UK. I’m expecting there would be abstentions. »
Au cas où le vote serait pris en faveur de Maurice contre la Grande-Bretagne en cette fin de journée, les procédures en vue de solliciter une Advisory Opinion sur le démembrement des Chagos devront être enclenchées par le secrétaire général des Nations unies. Maurice pourrait être appelée à soumettre des compléments d’informations à son dossier. Toutefois, les spécialistes rappellent que même si les Advisory Opinions de la Cour internationale de Justice ne sont pas “Binding”, ces opinions portent une « legal influence and moral authority » qui ne peut être occultée…