A l’approche de la fin de cette année, deux échéances majeures se précisent dans le dossier des Chagos. D’abord, la décision de Londres d’initier des consultations avec Washington quant au renouvellement du bail pour une période de 20 ans à l’expiration du présent contrat en 2016. Puis, la Permanent Court of Arbitration sous la United Nations Convention on the Law of the Sea (UNCLOS) s’apprête à rendre son Ruling dans le litige logé par Maurice contre la décision de la Grande-Bretagne de décréter une Marine Protected Area (MPA) dans l’archipel des Chagos, excluant la base nucléaire et militaire des Américains sur Diego Garcia. Dans les deux cas, le suspense demeure de mise car aucune précision officielle n’est disponible par rapport à ces deux rendez-vous avec Maurice toujours en attente d’une décision venant de Washington pour être partie prenante dans le prochain round de discussions sur les Chagos.
Répondant à une interpellation parlementaire avec la reprise des travaux de la Chambre des Communes à Londres, James Duddridge, le nouveau sous-secrétaire d’État au Foreign and Commonwealth Office, responsable des British Overseas Territories, a levé le voile sur les intentions des Anglais. Ainsi, selon le Hansard de cette séance, il a souligné l’importance vitale de la base américaine de Diego Garcia dans la stratégie de défense des intérêts de l’Occident dans la conjoncture.
S’appuyant sur les conclusions d’un White Paper de 2012 intitulé « The Overseas Territories – Security, Success and Sustainability », le ministre a déclaré que « the United States Base on Diego Garcia represents a vital part of the Anglo-American defence relationship, remains a strategic asset for the United Kingdom and has previsouly been used for United Kingdom military operations ». C’était en réponse à une intepellation de la parlementaire Charlotte Leslie du Parti conservateur.
Ce détail sur le poids stratégique de la base militaire de Diego Garcia laisse voir clairement qu’il existe très peu de chances que les États-Unis et la Grande-Bretagne ne se mettent pas d’accord pour une extension du bail pour 20 ans à partir de 2016. Mais le même secrétaire d’État n’a pas été en mesure d’apporter des précisions au sujet des détails du calendrier de discussions anglo-américaines de haut niveau.
James Duddridge a rejeté catégoriquement la thèse d’un bail aux Américains avec le paiement d’un loyer aux Anglais pour la location de Diego Garcia, avec notamment la reconduction jusqu’à 2036. Un élément de la réponse ministérielle accessible dans le Hansard pourrait cependant surprendre, ayant trait au lien entre le début des consultations anglo-américaines et les conclusions de la « Feasibility Study on Resettlement » des Chagossiens dans l’archipel, dont le rapport devra en principe être soumis en début d’année prochaine par les consultants de KPMG.
« There is no lease of Diego Garcia to the United States military under which a rent is charged. The use of the British Indian Ocean Territory (including Diego Garcia) is regulated by a series of bilateral agreements between the UK and US covering a period of fifty years. I expect my officials to begin substantive discussions with US colleagues about post-2016 arrangements later this year, as the conclusions from the feasibility study on resettlement of Chagossians begin to become clear », a déclaré le ministre, toujours en réponse à une interpellation de la parlementaire du Parti conservateur.
À ce stade, il est difficile à dire si la décision de Londres de maintenir le suspense quant à la date pour le démarrage des « substantive discussions » avec les Américains s’inscrit dans une stratégie visant à prendre connaissance de la teneur du Ruling de la Permanent Court of Arbitration sous la United Nations Convention on the Law of the Sea dans l’arbitrage au sujet de la contestation de la décision de Londres pour la gestion d’un Marine Protected Area aux Chagos, en excluant la base militaire de Diego Garcia.
Cette décision de la Permanent Court of Arbitration est présentée comme étant « pending » sur le site officiel. Aucune indication officielle n’est disponible quant au délai dans lequel ce jugement pourrait être rendu officiel. Dans les milieux mauriciens, l’on se dit convaincu que ce Ruling devrait être rendu avant la fin de cette année car les délibérations s’étaient déroulées à Ankara en Turquie en mai dernier. La décision de cette instance spécialisée des Nations unies devra peser de tout son poids dans le litige anglo-mauricien au sujet de la souveraineté sur cette partie du territoire mauricien démembrée par « les anciens colons anglais » à la veille de l’accession du pays à l’indépendance.