RAFAL (ROYALS & FRIENDS ACTION LINE)

Grâce aux Bishnoïs, j’ai compris que l’écologie, c’était étendre à la nature le principe de justice. ”  Irène Frain

Au vu de ce qui se passe dans notre beau pays – inondations, glissements de terrain, érosion des plages, fermes aquacoles, ensablement du lagon, abattage des arbres, usage abusif de pesticides et de fertilisants, bétonnage outrancière de la région côtière et des terrains agricoles – il semblerait que Maurice file tout droit vers une catastrophe écologique qui serait irréversible.  C’est le Dieu Argent qui avance toujours, envers et contre tout, inéxorablement.

Il est grand temps qu’on suive l’exemple des Bishnoïs, ce peuple du nord de l’Inde, vivant entre le Désert du Thar et les steppes du Rajasthan. Depuis plus de cinq siècles, leurs règles de vie sont basées sur des principes liés au développement durable – des principes simples qui prônent le respect de la nature et de toute forme de vie, animale ou végétale.

Au XVe siècle, dans cette région du Rajasthan, les rajahs font construire des palais les uns plus extravagants que les autres et, pour alimenter les fours à chaux, on abat les arbres par milliers.  Alors  commence une terrible sécheresse qui se met à tout ravager. Les hommes, pour survivre, coupèrent encore des arbres et tuèrent de nombreux animaux. La sécheresse s’amplifie, il y a famine et épidémies, et le fossé entre les riches et les pauvres devient intolérable… Se dresse alors un humble paysan qui va refuser la fatalité car il a surtout appris à connaître la Nature. C’est  le sage Jambeshwar Bhagawan (1451-1535), aussi connu comme Jambhoji (Vénérable Djambo) ou, tout simplement, Djambo.

Jambhoji eut l’intuition que la catastrophe n’était pas une punition des dieux, contrairement à la croyance populaire, mais la conséquence d’un changement climatique, due lui-même à la déforestation aveugle du pays par les potentats locaux. C’est une vengeance de la nature maltraitée! C’est aussi l’histoire d’un homme, écologiste avant l’heure, qui s’est battu pour défendre les hommes et la nature. Avec quelques rescapés du drame, Djambo fonde une communauté, les Bishnoïs qui signifie 29 en hindi. Dans son immense sagesse, le prophète Jambhoji réfléchit et établit un catalogue de 29 règles pour vivre en harmonie avec l’environnement et assurer l’avenir de la communauté. Parmi elles: respecter la nature, conserver une hygiène irréprochable ou encore que chacun plante un arbre par an. La vénération des arbres est en fait le pilier de cette communauté.

Au fil des ans, Djambo fédéra autour de lui des personnes de bonne volonté et, faisant fi de leur âge, sexe, caste ou religion, leur apprit la gestion rationnelle des sols et de l’eau, l’hygiène, le respect, la non-violence, le végétarisme, la méditation, et jusqu’aux prémices de l’écotaxe: chaque Bishnoï dut abandonner un dixième de ses récoltes aux oiseaux et aux animaux sauvages… Qui dit mieux?

Quelque 500 années avant nous, l’écocitoyen Jambhoji, peut-être le premier écologiste de l’Histoire, a compris que le comportement et les actions des hommes pouvaient nuire à l’équilibre de la nature et, ce faisant, développer la violence et nuire à l’harmonie du « vivre ensemble ».  Les 29 principes de ces règles régissent toujours la vie du peuple bishnoï qui doit compter maintenant près d’un million de personnes, réparties dans des centaines de villages “écoresponsables”.

Les hommes les plus divers ont été séduits par les principes des Bishnoïs: gestion rationnelle de l’eau, respect des femmes, protection des animaux, compassion envers tous les vivants, égalité des castes. Depuis le XVe siècle, les Bishnoïs vivent en harmonie avec la Nature et les animaux sauvages, l’une des recommandations majeures étant: « Ne consomme pas plus que tu n’en as besoin. » Une formidable source  d’inspiration  pour le monde. Une idée qui revient en force de nos jours, et qui se trouve au centre de l’écologie moderne.

Malheureusement, les instincts belliqueux et destructeurs des souverains de l’époque, comme le maharadjah de Jodhpur, sont remplacés aujourd’hui par les maniaques du profit. En 1730, ce maharadjah est pris à son tour de folie bâtisseuse. Comme il y avait un manque de bois, il expédie son armée dans une forêt qui appartient à Amrita Devi, une femme Bishnoï. « Ma vie vaut moins que celle d’un arbre », aurait dit la femme Bishnoï en s’enlaçant à un arbre. Elle est alors décapitée par les soldats! Ses trois filles l’imitent et elles sont tuées à leur tour. D’autres Bishnoïs tentent de protéger les arbres, mais ils se font massacrer aussi. Toutefois à la 363e victime, le chef de l’armée est finalement écoeuré et renonce à cette extrême cruauté. Le maharadjah lui-même, tout troublé, décide alors de protéger à jamais les Bishnoïs, ainsi que leurs animaux et leurs forêts.

Ainsi donc, pour empêcher l’armée du maharadjah de détruire leur forêt, il aura fallu que 363 femmes, hommes et enfants se sacrifient en s’enlaçant aux troncs des arbres! Les amoureux de la nature feront bien de méditer sur cet exemple de responsabilité individuelle et collective!

Nous saluons ici l’initiative du groupe “270 Lavwa” qui, en voulant “étendre à la nature le principe de justice”, milite pour sauvegarder les beaux arbres de la Promenade Roland Armand et du Jardin Bijoux se trouvant sur le tracé du Metro Express à Rose-Hill. C’est avec raison que la plateforme “270 Lavwa”  réclame un Environmental Impact Assessment (EIA) en bonne et due forme afin de mieux comprendre ce projet car il y en a trop de zones d’ombre. On ne devrait pas pouvoir si facilement rayer de la carte de Maurice une partie de notre patrimoine!