La nouvelle loi sur les Speaking Unions a été votée sans amendement à l’Assemblée nationale hier. Toutefois, l’opposition – via notamment Veda Baloomoody et Shakeel Mohamed, respectivement députés du MMM et du PTr – a vivement remis en question les amendements qui y étaient proposés, entre autres en ce qu’il s’agit des nominations. Ils ont mis en garde contre la « politisation » des 11 Speaking Unions concernées par la loi.
Veda Baloomoody a ainsi rappelé que, lorsque l’English Speaking Union Bill a été introduit, en 1993, l’objectif était d’avoir « une institution privée autonome pour promouvoir la langue anglaise ». Il devait citer un extrait de la loi de l’époque, qui stipulait que l’organisation fonctionnerait « without interfering with the ministry ». Or, le député mauve devait exprimer son inquiétude après les détails apportés par le ministre des Arts et de la Culture, Dan Baboo, dans sa présentation. Le député mauve estime que « nous allons avoir des interférences politiques », ajoutant : « Le ministre dit qu’il mettra “the right people at the right place”. Onze membres sur 15 seront nommés par le ministre. Est-ce de l’autonomie ? Ce que le gouvernement fait aujourd’hui, c’est politiser ces institutions et placer des petits copains. We should never play politics with religions and cultures. This is what government is doing today. »
Interloqué, Veda Baloomoody devait faire remarquer à la Speaker que, lorsque le ministre s’est exprimé, « il n’a pas dit “Le ministre” mais “Je nommerai” », ajoutant que « même Showkutally Soodhun m’a regardé et nous étions tous deux choqués », suscitant l’amusement de part et d’autre et rompant quelque peu l’atmosphère plutôt tendue apportée par ses critiques et le ton de sa voix. Le ministre Soodhun devait pour sa part afficher toute son incompréhension face à ce que le député a avancé. Pour le député du MMM, ce mode de nomination « is the first step by this government to politicize our cultural institutions », estimant que « it is a dangerous move ».
Le ministre Baboo devait, dans son “summing-up”, préciser que ce ne sont pas 11 membres qui seront nommés par le ministre, mais quatre. Quatre autres seront élus par l’union tandis que les trois derniers seront issus de différents ministères.
Shakeel Mohamed s’est pour sa part demandé si l’on a « vraiment besoin des Speaking Unions ». Le chef de file du PTr à l’Assemblée nationale explique : « Nous avons certes l’avantage d’avoir diverses cultures et religions. Elles ont le potentiel de créer un dynamisme pour propulser notre pays à un haut niveau. Mais exploitons-nous cette opportunité dès l’enfance en inculquant non pas deux langues mais quatre langues ? ».  Pour lui, « le ministre voulait faire des Arts et de la Culture un pilier, mais cette occasion a été ratée ». Et de dire regretter que les langues « ne soient pas utilisées comme une force économique ». Il devait citer le cas d’un jeune Mauricien, rencontré à Genève, où il a été formé, et qui, à 24 ans, « gagne bien sa vie en travaillant comme interprète ». Shakeel Mohamed poursuit : « Nos marchands de plage sont exposés aux touristes et ils parlent toutes ces langues comme s’ils étaient des ‘native speakers’. » Il devait aussi rappeler que le gouvernement avait promis de « ne pas mélanger politique et religion ». Mais,« we’ll go and sit in the speaking unions », devait-il ironiser. Il devait aussi rappeler que la ministre Leela Devi Dookhun avait elle-même déjà dit qu’un seul membre d’un ministère au sein d’une Speaking Union était « une mainmise », posant donc la question : « Qu’en est-il alors de sept ? ».
Auparavant, dans sa présentation, le ministre Dan Baboo avait indiqué que cette nouvelle loi « harmonisera le nombre de personnes » siégeant au sein des Speaking Unions et que c’est désormais le directeur des Audits qui s’occuperait de leurs comptes. Les Speaking Unions « fonctionneront sans différence aucune dans leur mission ». Prenant la parole juste après Veda Baloomoody, la députée Roubina Jaddoo, devait pour sa part estimer que cette loi est « axée sur la bonne gouvernance », soulignant que, dans le passé, « il n’y avait pas de transparence concernant l’utilisation des fonds pour la promotion des langues » au sein de ces Speaking Unions. Un commentaire à la fin de son intervention devait néanmoins susciter des éclats de rire dans les rangs de l’opposition quand elle a lancé : « Nous ne sommes pas le type de gouvernement à placer des petits copains. » Dans son “summing-up”, le ministre a indiqué qu’il tiendrait compte des propositions des députés, ajoutant : « Il est du devoir du gouvernement d’avoir un peu de contrôle. Un contrôle sur les dépenses ne signifie pas que les Speaking Unions ne sont pas autonomes. » Ont également pris la parole les députés de la majorité, Marie-Claire Monty, Ravi Rutnah et Stéphane Toussaint.