Anne Roumanoff, la marraine de la 4e édition du Festival du rire a jeté un regard parfois féroce, mais jamais dénué de tendresse sur les travers de la société vendredi dernier au J & J Auditorium à Phoenix. Son art s’appuie sur le naturel et la spontanéité. Avec des mots pudiques et justes, sensuels et crus et ce style férocement familier, Anne Roumanoff, la dame en rouge, a livré son désarroi et ses états d’âme lors du spectacle, Anne (Rouge) Manoff.
La scène, c’est son refuge, son terrain de jeu, son bout de monde. Durant une heure et demie, elle a dégagé des émotions pures, simples et fortes. Très contente d’être à Maurice mais déplorant un climat maussade, Anne a raconté ses origines et ceux qui se moquent de son physique un peu hybride “avec mes yeux stares bridés et un bassin méditerranéen” qu’elle assume à 47 ans.
Les différents sketchs illustrent sa capacité à se glisser dans différentes peaux. Les allusions sexuelles et sa capacité de réactualiser son répertoire pour montrer des situations cocasses et de petites scènes qui permettent de rigoler de nos travers et réalités d’aujourd’hui a provoqué des fous rires dans le public. Elle manie les gestes et la mimique avec dextérité. A propos de la politique française, elle dira que, “j’ai peur avec Hollande, la France devient un Pays-Bas”.
Dans le sketch “La classe”, elle évoque les noms de ses élèves, Ségolène, Nicolas, François. Elle dénonce les tares de la société française et fait une plongée inquiétante dans la paranoïa d’un individu et d’une nation. Elle fait la leçon à un élève en lui rappelant que “ce qui est moral n’est pas forcément légal et qui vole un oeuf, vole un boeuf et celui qui reçoit des pots de vin doit faire taire les témoins. La salle applaudit à tout rompre”.
Formidable de naturel et de vivacité, elle parle de la nécessité de se débarrasser des toxines. L’humoriste multiplie avec un réel bonheur les saynètes endiablées qui en voient à s’afferrescence intellectuelle du monde actuel. Au banc des accusés, les smartphones : “Plus les téléphones sont intelligents, plus les gens deviennent cons”. Dans ses sketchs, s’entrecroisent plusieurs thèmes, l’exil de Gérard Depardieu en Russie, la mixité des cultures, l’humiliation subie par les femmes plantureuses et rondes et Victoria Beckham devenue anorexique. Elle fait aussi son autocritique et refuse de tricher avec elle-même dans “un monde où il faut choisir entre mentir et simuler les actes sexuels”. Elle attribue son succès au travail et à la persévérance.
A la fin du spectacle, elle a invité cinq spectateurs sur scène pour parler de leur sexualité. On est resté bouche bée devant les promesses d’un jeune de 16 ans qui compte à son actif 828 conquêtes féminines !
Anne Roumanoff, on en redemande et un duo avec Miselaine Duval aurait été parfait.