Le spectacle “À L’état Sauvage” de Franck Dubosc a été l’occasion hier, au centre Swami Vivekananda, Pailles, de voir l’étendue du talent de cet humoriste hors pair. Un “One Man Show” avec, en filigrane, une mise en scène bien ficelée permettant aux spectateurs de passer, sans lassitude, d’une séquence à l’autre. « Parfois, le succès m’emmerde. J’ai peur que cela s’arrête trop vite. Tou pe amerd mwa ! » Extrait d’un discours laconique ayant régalé les spectateurs.
C’est un Franck Dubosc visiblement en pleine forme et au langage fleuri qui a décidé de fuir ses emmerdes en se réfugiant sur l’île de Tonkiki, le temps d’un passage très remarqué hier soir au centre Swami Vivekananda de Pailles. Il faut dire qu’avec lui, on ne fait pas dans la dentelle. Tout est à l’état brut. Vêtu d’une tenue sobre de circonstance, l’humoriste a fait une entrée magistrale sur la scène du centre de Pailles avant d’inviter son auditoire à le suivre dans ses délires sur l’écologie, qui l’obligeront d’ailleurs à avoir « trois chiottes, selon ce qu’on mange ». Sur le même thème, il évoquera d’ailleurs la chasse d’eau des toilettes d’avion, y allant de moult détails.
Franck Dubosc se joue de tout et se lâche, jouant avec son public, en tirant visiblement un plaisir énorme. Comme lorsqu’il fait monter Fabrice, un directeur d’hôtel, sur scène pour lui donner la réplique. Et le public de s’esclaffer. Ou encore quand il interpelle une Mauricienne dans l’assistance : « C’est quoi ton prénom ? » Cette dernière, timidement, répond alors Cécile. « T’es bien sûr, c’est ton prénom… Car c’est celle d’une cochonne. Aujourd’hui, les cochonnes sont devenues des cougars. On reste toujours dans l’animalier. » D’autres interpellations suivront, et d’autres prénoms aussi, qui le feront tout autant se marrer, comme avec Gilles et Annick. Franck Dubosc saluera l’esprit des femmes libérées, estimant « facile de les avoir, mais difficile de les oublier ». Il joue sur les mots, se balance de tout, y compris de froisser les susceptibilités. Et de dire aux enfants que « la fellation est la fée qui aide papa à s’endormir ». Certains pourraient bien sûr lui reprocher ses écarts de langage, ou encore de trop verser dans le registre de la sexualité, qu’il détaille sous toutes les coutures, mais au-delà de cela, Franck Dubosc reste un humoriste foncièrement attachant. Sa force repose sur la qualité de concevoir une trame qui, dès le départ, repose sur un fil conducteur solide. Et de faire un pied de nez à la technologie : « Tout ce que tu possèdes commence par “i” (prononcé en anglais, Ndlr), ça va faire mal. » Dubosc parvient toutefois à garder l’équilibre et, surtout, à captiver l’attention de son auditoire. Ce qui plaît le plus chez lui, c’est sa spontanéité, sa manière de rebondir. Tout repose sur son jeu, sur la mise en scène. Franck se moque de tout et de tous, comme « des femmes qui s’enlaidissent à travers la chirurgie esthétique ». Et de lancer : « Quand tu vois une femme avec un nouveau nez en forme de frite, tu te doutes bien de la patate qu’elle avait avant. La perfection n’existe pas sur terre. Parfois je me demande d’où je viens. »
Pour la Saint-Valentin, il se froisse de ne pas avoir eu de brillantes idées. Si ce n’est une : faire couler un bain moussant à sa femme dans l’évier de la cuisine pour qu’elle fasse la vaisselle. Les spectateurs rient, applaudissent, chacun se sent dans son élèment. Franck continue son histoire et relate ce qu’il a enduré sur cette île déserte. Pour renforcer son scénario, il joue sur les effets visuels, les bruits sonores agrémentés de musique, dont un emprunté du répertoire d’Enrico Maccias. Un spectacle chaud, grinçant, agrémenté d’humour grivois par moments. Écorchant les mots, déroutant et pas frileux, Franck a tout simplement séduit.