Théodore le passager du rêve, spectacle de marionnettes multimédia que présente l’IFM à l’École du Nord samedi, est une invitation à pénétrer dans l’univers de Joëlle Ecormier, cette auteure réunionnaise prolixe dont l’imaginaire appartient autant au monde de l’enfance qu’à celui des adultes. Ceux qui ont aimé son roman Le petit désordre de la mer, poétique comme le parfum du chagrin, n’hésiteront à y emmener leurs proches. Si elle a écrit une trentaine de livres, dont une grande partie est destinée aux jeunes lecteurs, le spectacle que le Théâtre des Alberts a monté sur son texte tente de donner corps et voix à la fantaisie d’un écrivain et invite à mieux connaître ses ouvrages.
Une histoire de train dans un monde sans train… Joëlle Écormier a osé le faire dans cette île soeur où, comme à Maurice, le train appartient aux souvenirs lointains de plusieurs aînés. Mais de cette gare où vous rencontrerez Théodore et ses étranges compagnons, l’écrivain a fait le tremplin des rêves les plus fantaisistes. Des rêves d’enfants et d’adultes desquels il suffira de se laisser bercer samedi soir. Ce spectacle se tient au gymnase de l’École du Nord, histoire de prolonger aussi la visite que l’auteure y a faite récemment dans le sillage du salon du livre auquel elle était invitée.
Dans cette gare du rêve, sa complice, la plasticienne Aurélia Moynot, a confectionné des personnages de papier kraft, de bouts de ficelles et autres matériaux de récupération que la vie ordinaire nous laisse en pagaille. Les marionnettes qui animeront la soirée seront notamment le petit être, Théodore et la chouette narratrice Aristophane, chef de gare à ses heures.
Qu’il soit papillon gardien de phare, collectionneur d’objets perdus, ou ravaudeuse d’âmes perdues, chaque passager de ce train imaginaire porte ses rêves dans sa valise, les vertus du spectacle étant de les ouvrir et les laisser s’épanouir… Le créateur sonore et spécialiste de musique électro Raphaël Vendramini ajoutera ses inventions mélodiques et rythmiques aux mots et aux images. Il a notamment contribué dans le passé à Do Pagaal et Jako Maron. Le rideau s’ouvrira aussi sur des vidéos projetées qui reproduisent en plus grand des scènes de marionnettes filmées simultanément.
Ce spectacle offre plusieurs entrées de lecture avec à la fois le pur jeu des marionnettes confectionnées par la plasticienne Aurélia Moynot, la vidéo et aussi de la peinture réalisée sous les yeux des spectateurs. Ces différents médiums d’expression permettront à tous de profiter du spectacle, petits et grands, qu’ils soient dans les premiers ou les derniers rangs…
Eric Domenicone, le metteur en scène qui a conçu l’adaptation de ce roman lisible à partir de sept ans, affiche une ambition bien appétissante : « Que la mise en scène de ce court roman libère les canaux de l’inconscient de chacun ! » Souhaitons-lui d’y parvenir samedi soir si tant est que le spectateur parvienne à réellement lâcher prise dans ce voyage avec Théodore et se laisser faire par les personnages de cet univers fantasmatique.
Il mettra alors ses pas dans ceux de Théodore grâce à Aristophane (qui n’est pas ici ce dramaturge grec auteur des Oiseaux). Les mots posés par tous ces personnages de pacotille pourraient entraîner chacun dans un monde de fantaisie peuplé d’être étranges. Si l’inconscient ne nous laisse que quelques images fugaces de nos désirs, de nos espoirs, craintes et frayeurs intimes, ce spectacle ouvrira peut-être comme il le promet le chemin vers les rêves insondables que chacun porte en soi.