Depuis le vendredi 10 mai, date de l’entrée en opération des Speed Cameras, avec une démonstration du vice-Premier ministre et ministre de l’infrastructure publique, Anil Bachoo, les problèmes se sont accumulés sur les plans logistique et de la gestion. Le résultat est que ces radars installés sur les routes au coût de Rs 172,2 millions « dépi ou pos » – paternité de l’expression de Xavier-Luc Duval – sont en mode Switch Off. La décision de mettre hors d’usage les Speed Cameras, à peine les premiers clichés pris, se justifie par la panique au sein de la Traffic Management Road Safety Unit du ministère de l’Infrastructure publique devant l’avalanche d’Image Tests principalement lors du premier week-end d’opération. Toutefois, d’autres problèmes plus fondamentaux, comme la supervision des délits pour excès de vitesse sous le Road Traffic Act, sont venus se greffer sur ces problèmes techniques. En parallèle, des interrogations surgissent sur les dessous de l’octroi de ce contrat à ProGuard Ltd avec le vice-PM Bachoo jouant à Ponce Pilate à ce sujet.
Dans la conjoncture avec la confirmation que les radars luttant contre les excès de vitesse ne sont pas opérationnels, la question qui se pose est à quand le grand retour de Big Eye sur les routes, l’une des composantes majeures du permis à points. En fin de semaine, les tentatives d’obtenir tout renseignement sur le calendrier de relance des Speed Cameras auprès de Dev Nathooo, coordonnateur du projet au TMRSU, ont été vaines. Mais d’autres sources avancent que les problèmes sont tellement complexes qu’il faudra attendre probablement jusqu’au 1er juin prochain.
À la fin de la semaine écoulée, la confusion demeurait de mise au sein de la police, en particulier de la Traffic Branch, responsable de la sécurité routière. Des policiers expérimentés en la matière s’étonnent du fait qu’ils ont dû interpréter des éléments de réponse du vice-PM et ministre de l’Infrastructure publique à l’Assemblée nationale, mardi dernier, pour comprendre que le projet de radars sur les routes a connu un véritable faux départ.
« C’est à travers la presse faisant état des travaux parlementaires que nous avions pris connaissance des problèmes avec les nouveax radars. À aucun moment, ProGuard nous a indiqué qu’elle éprouvait des difficultés… D’ailleurs, les policiers affectés à la Photograpic Enforcement Unit n’ont aucun accès au personnel de cette société. L’impression qui se dégage est que tout est sous le contrôle de Dev Nathoo et du ministre Bachoo », fait-on comprendre aux Casernes centrales en réponse aux interrogations sur le fonctionnement et la gestion des radars sur les routes.
Répondant à des interpellations supplémentaires, mardi, Anil Bachoo a apporté la confirmation formelle des problèmes avec les Speed Cameras. « I have to inform the House – I have to use the word properly – that a slight technical mistake has been detected and it has already been corrected. That is the reason why experts have been called from abroad and they are working on that », a-t-il déclaré au député Baloomoody sans apporter de précisions quant à la date du retour des radars sur les routes suite à ce problème technique.
L’embarras au sein de la force policière devient encore plus embarrassant car le flou persiste quant aux procédures à être enclenchées par rapport aux 250 contraventions dressées à partir des images flashées par les caméras avant l’opération Switch Off. Le statu quo semble être de mise car des consultations ont été initiées au niveau du State Law Office en vue de décider de la possibilité d’une amnistie en faveur de ceux pris en contravention d’excès de vitesse. La Photographic Enforcement Unit de la Traffic Branch de la police est dans l’attente du Legal Advice nécessaire pour savoir si les Notices peuvent être servis ou non.
Indépendamment de ce problème technique, nécessitant le déplacement des ingénieurs du fournisseur sud-africain, Truvelo, le redémarrage des Speed Cameras est tributaire des solutions à un problème plus épineux. Face à des répercussions graves sur le plan légal et pratique, le ministère de l’Infrastructure publique a décidé de faire machine arrière au sujet de la supervision et du contrôle des Speed Cameras. Dorénavant, ProGuard Ltd n’a plus de contrôle sur les opérations, contrairement aux engagements énoncés dans le contrat alloué par le Central Procurement Board.
« Apprehensions have been expressed by certain quarters on some operational aspects of the system. To dissipate these apprehensions, the whole process have been reviewed and the police have been made to take over all the critical activities. Besides those tasks which were performed by the contractor, a few tasks are also closely monitored under police supervision », concède Anil Bachoo.
Pourtant, dans un premier temps, ce même ministre Bachoo avait soutenu que le recours à une compagnie privée en vue de la réalisation de ce projet se justifiait par le fait que « the police did not have that expertise in that particular field and that is the reason we had to seek the services of the private sector to monitor the particular system and why we had recourse to the private contractor ».
Ainsi, moins d’une semaine après l’inauguration des radars, la force policière a pu faire preuve de l’expertise voulue. « These new arrangements are already in place since 16 May 2013, following a meeting which involved the police, the contractor and my ministry… So the involvement of the private contractor has been more or less eliminated. He is left with only a few officers », poursuit Anil Bachoo.
Mais ce changement majeur dans les conditions du contrat de ProGuard Ltd n’est pas exécuté sans douleurs. Avec la réduction dans les attributions et responsabilités du contracteur privé, un exercice de réévaluation du coût du contrat s’impose. Un comité a été institué au ministère de l’Infrastructure publique pour entreprendre cet exercice. C’est ce qu’a indiqué le vice-PM au député Raffick Sorefan.
« I would hasten to add that according to section 33 of the general conditions of the contract, the scope of work, that is what we have changed likely, and of course, it will be in relation to the services provided by the contractor, that is what we are going to pay and we have also put up a diligence committee to look into this », ajoute le vice-PM comme pour faire mieux comprendre que la Speed Camera Saga ne fait que commencer.
Même si le vice-PM a annoncé que ce changement de contrôle est intervenu depuis le 16 mai, du côté des Casernes centrales, l’on précise que la formule de transfert fait encore l’objet de consultations. « Nous devrons prendre toutes les précautions nécessaires pour que nous n’héritions pas d’un cadeau empoisonné. Nous étudions tous les aspects en vue d’éviter des surprises à l’avenir, en particulier quand les premiers cas de contraventions seront entendus devant les tribunaux. La police ne doit essuyer le blâme pour un projet visiblement mal conçu et dont l’accouchement s’est opéré dans un excès de vitesse », commentent des responsables aux Casernes centrales dans une tentative de justifier le délai évoqué jusqu’au 1er juin prochain.
L’un des aspects du projet qui préoccupe davantage la Traffic Branch de la police concerne le calibrage des équipements photographiques et informatiques du réseau d’Automatic Speed Enforcement Cameras. Le document d’appel stipule à la page 61 que « the purchaser (TMRSU) envisage the need for continuity for downstream work viz: maintenance services and regular calibration of the equipement from an independent accredited laboratory and the services of an expert to testify calibration in Court. »
Le profil de ce témoin-expert est également défini, soit un ingénieur électrique ou électronique avec un minimum de cinq ans d’expérience dans son domaine de qualification, une maîtrise des Traffic Rules and Regulations et une connaissance dans le domaine de Speed Enforcement Regulation.
Mention est également faite du fait que « all units shall be factory certified as to their accuracy and calibrated with test procedures in performance with a world recognized Bureau of Standards. » La réponse fournie par Anil Bachoo au député Joe Lesjongard au sujet du laboratoire de caligrage n’est nullement rassurante et convaincante.
« I’ll try to find out the answer. I don’t have the exact name definitely (…) Of course, that aspect is being looked into by an independent calibration committee. Once I get the name, I am going to submit it », dit-il.
Des spécialistes en matière de lutte contre les excès de vitesse soutiennent que le calibrage des équipements photographiques et électroniques du système est l’atout majeur faisant toute la différence lors des procès en Cour. La police compte obtenir la garantie sur cet aspect avant d’endosser la paternité des premiers procès avec pour Documentary Evidence les Photographic Enforcement Device Notices (PEDN). Des consultations entre les autorités compétentes se poursuivent dans le cadre de ce Handing Over de responsabilités.
Un autre aspect controversable du contrat adjugé à ProGuard Ltd, dont l’un des promoteurs est un ancien sergent de police, tourne autour de la capacité financière des soumissionnaires au terme des conditions imposées dans le document d’appel d’offres.  Les principales conditions sont que pour les trois dernières années, la société doit avoir réalisé des profits en un exercice financier au moins et qu’elle doit soumettre « a separate statement of the organisation’s annual turnover for the past three years that relates directly to the supply of speed cameras and accessories or similar acceptable equipment. The average annual turnover for those past three years should not be less than Rs 40 million. »
Compte tenu du fait que la date de clôture pour la soumission des offres avait été fixée au 24 avril 2012 et que l’exercice de pré-qualification s’est déroulé en 2011, les chiffres d’affaires de ProGuard Ltd, relévés dans le dossier au Registrar of Companies en date du 8 mai courant, présentent de véritables ambiguités. Pour les trois exercices financiers en question, soit au 30 juin 2009 avec un turnover de Rs 20,2 millions et des pertes de Rs 2,3 millions, au 30 juin 2010 avec un chiffre d’affaires de Rs 42,8 millions et des profits de Rs 2,9 millions et au 30 juin 2011: Rs 46,2 millions et des profits de Rs 3,8 millions. Le seuil de qualification de ProGuard Ltd pour ce contrat n’est pas atteint techniquement.
Sauf si l’on considère le bilan financier au 30 juin 2012, avec un chiffre d’affaires de Rs 48,6 millions et des profits de Rs 3,8 millions alors que l’ouverture des offres avait été effectuée le 24 avril 2012 au Central Procurement Board. Deux cotations avaient été reçues, confirmant que ProGuard Ltd n’était nullement le Lowest Tenderer, soit celle de celle-ci pour un montant de Rs 171,2 millions, en incluant la TVA, et celle de TMT Services & Supplies (Pty) Ltd d’Afrique du Sud avec Rs 167,5 millions, dont la TVA. Un  aspect du dossier, qui devrait intéresser l’Independent Commission Against Corruption (ICAC), déjà en présence de dénonciations en bonne et due forme depuis quelque temps déjà.
Affaire à suivre dans la mesure où les dessous du projet d’introduction de radars sur les routes accréditent la thèse populaire qu’en termes de gabegies, il n’y aurait pas photo…