Il veut avoir tout du soupirant prêt à conquérir le monde, afin que plus rien ne lui résiste. À 25 ans, Fabrice Bauluck court toujours après cette consécration mondiale chez les seniors. Une consécration qui constituera une première au niveau du kick-boxing mauricien. Au Brésil en septembre de l’année prochaine, son rêve pourra-t-il se traduire en réalité ? Entre-temps, le tireur a déjà haussé les enchères en décrochant cette saison la palme à la Coupe du Monde en Hongrie et un troisième titre lors des championnats d’Afrique. Une prestation d’ensemble qui fait de lui le Sportif de l’Année 2012 du Mauricien.
Déjà quinze ans de carrière et toujours la même détermination et cette soif de l’excellence. À l’orée de cette année sportive, Fabrice Bauluck ne veut pas s’arrêter à mi-chemin de son ambition. Ce titre mondial dans la catégorie -54 kg en style low-kick, il en fait presque une obsession. Pas question de le voir filer une troisième fois après des échecs face aux Russes lors des finales des éditions 2009 et 2011. « Ce sera tout pour l’or. Rien que le métal précieux m’intéresse. J’en suis actuellement à la préparation psychologique et j’essaie de me motiver pour ensuite m’investir complètement face à ce défi. Ce sera la préparation qui permettra de faire la différence sur le ring », insiste-t-il.
Avec la force tranquille des gens sereins, Fabrice Bauluck vit donc à fond sa passion. Cette passion de ce qu’il tente et qui lui a permis jusqu’ici de s’affirmer au niveau international. « Sur un ring, je suis dans ma bulle, dans un monde bien à moi. J’oublie tout. Il n’existe que moi, le ring et la victoire », soutient-il. Cette même passion qui lui a permis de surmonter les obstacles et de croire en des lendemains meilleurs.
Surtout en cette année 2010 quand une blessure à l’oeil l’avait handicapé pendant de longs mois. « En raison de cette blessure, je suis revenu de la Coupe du Monde les mains vides. Dans ces moments de doute et d’incertitude, il n’existe que la passion qui vous permet de durer. Le kick occupe une place tellement importante dans ma vie que c’était inimaginable pour moi de ne pas revenir dans ce milieu. »
Au bout du compte, sa tenacité a porté ses fruits. Cette année, il est finalement parvenu à ses fins à la Coupe du Monde. « C’était la revanche sur le sort, car je voulais effacer l’échec de la précédente édition. J’étais très à l’aise sur le ring, fort dans ma tête. Tout s’est heureusement bien passé. » Aux championnats d’Afrique, il étoffait son palmarès en disposant d’un Malgache lors de la finale directe. Ce ne fut toutefois pas la satisfaction totale. « L’objectif de la médaille d’or avait certes été atteint. Toutefois, il restait comme un sentiment d’inachevé, dans le sens où je n’étais nullement satisfait de ma boxe. Je n’étais pas dans un grand jour. »
Prétendant aux lauriers
Qu’importe, Fabrice Bauluck est graduellement devenu un incontournable prétendant aux lauriers. Lui que rien ne prédestinait à atteindre de tels sommets. Souvent malade lors de son enfance et se disant alors surprotégé par ses parents, timide de nature et loin d’avoir un caractère bagarreur, il ne semblait pas habilité à pratiquer une discipline pieds-poings aussi exigeante. Mais voilà, il suffit parfois de peu de choses pour changer le cours d’un destin.
Suivant les pas de son frère aîné Cursley dans un club de son village natal, Mahébourg, il est tout de suite emballé. Tout alors s’enchaîne très vite. Les premiers mois d’entraînement, la première compétition à Mahébourg en 1997 marquée par un match nul face à Yannick Coojee et le premier succès deux ans plus tard de nouveau à Mahébourg. « Mes parents, en particulier ma mère, étaient sceptiques au début. Puis, j’ai finalement obtenu le feu vert. Le sport m’a finalement permis de m’exprimer. »
Reste que le jeune Fabrice veut voir plus grand. « Au fil des années, j’ai ressenti cette ambition d’atteindre les sommets. La participation de Cursley aux championnats du monde et la médaille de bronze acquise par Bruno Lacariatre lors de cette même compétition ont agi comme un déclic. Je savais que, tout en étant doué, je pouvais aspirer à atteindre le plus haut niveau. » Ce sera finalement sous la férule de l’entraîneur national, Judex Jeannot, que ses premiers rêves se réaliseront.
« Cela a été très dur. Surtout la transition entre les séances d’entraînement au niveau d’un club à celles de la sélection nationale. Qui plus est, en cette année 2004, je préparais mon School Certificate et je devais effectuer le trajet Mahébourg-Rose-Hill par autobus. Toutefois, le fait d’avoir été sélectionné pour les championnats du monde juniors me faisait oublier toute souffrance. Il fallait franchir le pas suivant ».
En Italie, le fils de Paul et Marlène Bauluck écrit l’histoire. « Je ne voulais pas décevoir ceux qui avaient cru en moi, notamment Judex, les membres de la fédération, mes parents. Toutefois, ce n’est qu’à mon retour à Maurice que j’ai réalisé ce que j’avais accompli. Au bout du compte, c’est là que tout a réellement commencé. »
Si au fil des années, le tireur a pu confirmer son potentiel, il le doit sans doute à certaines qualités. « Il est sans doute un des meilleurs combattants avec qui j’ai travaillés. Artiste du ring, humble, avec la tête bien sur ses épaules, il symbolise un véritable athlète de haut niveau. Avec sa maturité et son palmarès, il mérite de décrocher ce titre mondial », soutient Judex Jeannot qui, d’ailleurs, voit en lui son successeur.
Qui plus est, Fabrice Bauluck a pu trouver une stabilité dans sa vie avec cet emploi au sein de la compagnie PAD & Co où il exerce comme storekeeper depuis mai dernier. « J’apprécie son sérieux au travail. D’ailleurs, il est toujours ponctuel », se plaît à dire Philippe Hao Thyn Voon, PDG de cette entreprise. Comme un bonheur ne vient jamais seul, il peut s’entraîner au rythme de deux heures quotidiennement dans le gymnase de l’entreprise.
Fort de tout ce soutien et également de celui du Dr Allen Naraidoo, qui a toujours été à ses côtés dans les moments difficiles, et de ses quatre soeurs et deux frères, Fabrice Bauluck continue donc de gravir son Everest. Tel un forçat qui ne s’effraie plus de ses galères, il s’est mis à la recherche du graal. Serait-ce sur un air de samba ?