Elle est allée jusqu’au bout de ses rêves en défilant dans les allées somptueuses du Hyde Park de Londres pour le triathlon olympique. Et Fabienne St Louis aura bien mérité sa place puisqu’elle est devenue le premier élément mauricien en triathlon, hommes et dames confondus, à accéder au cénacle des JO par la grande porte sans moyen d’une invitation spéciale. « Si c’était à refaire ? Oui, je ferai pareil, malgré les obstacles et une année vraiment éprouvante… Je suis prête à resigner pour Rio 2016, mais en mieux », s’exclame la Racingwoman du Club de Lagardère, Paris.
Ce titre honorifique de Sportive de l’Année 2012 du Mauricien, elle l’accueille avec joie après tout ce qu’elle a démontré depuis l’année dernière et cette année encore en terme de régularité dans sa quête de la qualification olympique. Pour mémoire, elle avait été médaillée de bronze aux Jeux d’Afrique à Maputo en septembre 2011, puis avait terminé l’année 82e mondiale ITU après sa participation aux étapes de Coupe d’Afrique au Zimbabwe en novembre et au Morne en décembre.
Au 7 avril 2012, elle atteint la 54e place mondiale, son meilleur classement, synonyme de n°1 africaine de l’épreuve. S’ensuit une succession de courses de haut niveau. Elle enchaîne début mai la 3e étape de Coupe du Monde à Huatulco au Mexique et deux étapes du World Triathlon Series (WTS) en mai à San Diego (États-Unis) et à Madrid durant le même mois.
Après deux semaines de stage à Vittel et une crevaison dans le triathlon de Paris, « un mal pour un bien », elle atteint la dernière phase de sa préparation à Hambourg (WTS) avant de débarquer à Londres. Le 4 août, elle termine 42e sur un champ de 56 concurrentes : mission accomplie.
Que retient-elle de sa participation olympique ? « Outre la cérémonie d’ouverture qui était d’une magie indescriptible, ma course était encore plus magique. Je n’avais jamais été acclamée par autant de monde. On avait annoncé 3 000 personnes pour assister à la course féminine. J’ai fait une superbe course en natation et vélo, mais je me suis blessée en course à pied. Je termine 42e dans le top 50. Une place inespérée. J’aurais pu mieux faire. Ce sera pour Rio. Mais pour une première, je suis satisfaite. La clôture fut assez émouvante. C’était fantastique et j’ai vécu une très riche expérience. »
C’est sa course mexicaine qui lui valut son visa pour Londres. Avant cette étape de Coupe du Monde, elle avait chuté à la 71e place au classement ITU en raison du positionnement d’autres concurrentes dans les épreuves continentales et internationales courant avril. Mais en ramenant 87 points de Huatulco (24e place), elle remonte à la 69e place mondiale. Une position qui la vit s’installer confortablement parmi les 140 premières mondiales susceptibles de se qualifier par la voie normale.
Rio 2016
« Cette expérience dans la quête de la qualification olympique a été très dure. Une longue traversée. Et c’est sans doute la raison qui me fait savourer autant ma qualification. Je suis vraiment contente. J’ai eu une dure saison, mais j’ai fait tout ce que je pouvais pour être parmi les Mauriciens qualifiés », dit-elle fièrement.
Deux mois avant l’échéance suprême, elle scelle sa participation à la faveur d’une 51e place à Madrid (WTS) sur 69 concurrentes. Elle termine son parcours dans les limites des 8% du temps réalisé par la gagnante de l’épreuve et marque des points. Elle est alors 80e mondiale. Tout ce qui suit n’est que bonus… Malgré des doutes à Hambourg (WTS). « Je me blesse au genou et à un moment je n’espérais plus me qualifier. C’est pourquoi je suis contente de mon rang à Londres. C’est une place inespérée. Cela a été une année très dure. »
Londres étant désormais derrière, la jeune femme, 24 ans, porte déjà ses espoirs sur Rio 2016. N’avait-elle pas annoncé aussitôt sa course bouclée le 4 août dernier que « Rio sera mon moteur pour les quatre années qui viennent. » « Je pratique un sport difficile. Mais disputer les Jeux, c’est fantastique. À Rio, je me fixerai un objectif plus élevé. J’aimerais d’ici là entrer dans le top 20-30 mondial. » Un pari encore plus exaltant.
Pour l’heure, elle va laisser se reposer une peu la belle mécanique, bien qu’elle ait repris les armes depuis deux semaines déjà. Comment voit-elle 2013 ? « Pour le moment, il n’y a pas grand-chose. Je sors d’une année intense et je compte privilégier la qualité plutôt que la qualité pour les deux prochaines années. Puis, on remettra le paquet pour un autre tour du monde et les courses de qualification pour Rio. »
Après Londres, elle avait prévu de pousser plus loin sa saison à Stockholm avant de la terminer à Auckland dans les deux étapes de la WTS. Mais sa blessure l’a contrainte d’annuler et d’arrêter sa saison. Cela dit, la reprise a été dure. « J’étais un peu fatiguée et j’ai aussi craqué mentalement. Mais cela va beaucoup mieux. Se remettre dedans n’a pas été facile. »
Récemment, lorsque nous l’interrogions au téléphone, Fabienne St Louis nous disait qu’elle commençait à ressentir le froid alors que le mercure indiquait 5°C le matin. Elle avait hâte d’être sous les tropiques avec sa famille pour les festivités de fin d’année. Si elle compte rester dans son club en 2013, elle ne saurait dire si elle y sera toujours dans les trois années suivantes. Elle a trouvé un emploi à temps partiel à côté de Paris pour se payer, dit-elle, « une formation qui me donnera vraiment un métier après ma carrière sportive. »