Jean-Marie Bhugeerathee, Fabrice Ramsamy et Giovani Sylvio pas considérés malgré la consécration de leurs athlètes

Les deux premiers nommés ont même permis à Maurice de remporter ses deux premiers titres de champion du monde junior, l’année dernière

Le National Sports Award 2019 a livré ses secrets, samedi dernier,  au Château de Labourdonnais à Mapou. Sans surprise aucune et comme annoncé par Week-End, l’haltérophile Roilya Ranaivosoa et le boxeur Merven Clair ont été sacrés sportifs de l’année. L’entraîneur de ce dernier, Judex Bazile, l’a également été en discipline individuelle, et Melchior Miniopoo en discipline collective. En revanche, pas de consécration pour les entraîneurs en handisports ! Désormais, le panel technique de la Mauritius Sports Council aura à corriger cette injustice et ce, après avoir agi avec beaucoup de lucidité dans le cas de Rosario Marianne, sportif de l’année chez les handicapés visuels.

Comment se sent-on lorsque cinq de ses athlètes sont couronnés et que le travail de l’entraîneur n’est pas reconnu ? Nous avons posé la question à Jean-Marie Bhugeerathee, entraîneur national au sein de la Mentally Handicapped Person Sports Federation (MHPSF), mais également au sein du Magic Parasports club de Quatre Bornes, où il a à sa charge des athlètes souffrant de différentes formes d’handicap. «Je dirai tout simplement que ce n’est pas normal. J’avais six athlètes nominés et cinq ont été sacrés sportifs de l’année dans leurs catégories respectives. Forcément, je sens que quelque part, mon travail n’est pas reconnu à sa juste valeur», déclare-t-il amèrement.

Sans oublier qu’un de ses athlètes, le junior Roberto Michel, a été champion du monde du 400m (physique) en août dernier, en Suisse. Idem pour l’entraîneur rodriguais Fabrice Ramsamy qui a lui permis à Brigila Clair de décrocher le titre au lancer du poids chez les athlètes souffrant d’une déficience intellectuelle. «Les entraîneurs en handisports n’ont jusqu’ici pas été considérés et il est grand temps que cela change. Sans oublier que notre travail est plus compliqué notamment avec les athlètes souffrant d’une déficience intellectuelle», fait-il remarquer.

Une reconnaissance nationale

Jean-Marie Bhugeerathee dit ne pas comprendre la logique que les athlètes soient récompensés et pas les entraîneurs, alors que les deux vont de paire. «Derrière le succès de tout athlète, il y a le travail de l’entraîneur. Sans entraîneur, il n’y pas d’athlète et vice-versa. Je dirai même que le travail de l’entraîneur est encore plus colossale, car c’est lui qui façonne le champion, alors que l’athlète complète ensuite le travail», explique-t-il.
En revanche, ajoute-t-il, très souvent, c’est l’entraîneur qui est pointé du doigt lorsque les performances ne suivent pas. «C’est la raison pour laquelle je trouve important qu’on sache que nous entraîneurs, on travail très souvent dans des conditions très difficiles. Être reconnu avec un titre est un plus pour l’entraîneur, pas nécessairement en raison du cachet. C’est une reconnaissance nationale pour le travail bien fait. Que cela soit bien clair, ce n’est pas une question d’argent», avance-t-il.

Cela dit, ce n’est pas cela qui l’empêchera de poursuivre son travail dans sa quête de voir un de ses athlètes décrocher, un jour, une médaille aux Jeux paralympiques. «Il y a un manque de considération à l’égard des entraîneurs en handisports. C’est comme cela que je le ressens. Désormais, toutes les médailles comptent et j’espère que le travail des entraîneurs le sera aussi très bientôt», précise-t-il.

Giovani Sylvio, entraîneur nationale au sein de la Aurally Handicapped Person Sports Federation (AHPSF), est également une figure incontournable du handisport local. Non seulement ses athlètes ont brillé aux Jeux des Iles de l’océan Indien, l’année dernière, mais une de ses protégés, à savoir Shleysha Lokheeram, a été sacrée lors de la soirée des “Awards”. Elle avait, entre autres, brillé avec une médaille d’or aux 200m aux JIOI. «Ceux responsables n’ont pas estimé nécessaire de récompenser un ou plusieurs entraîneurs en handisports et peut-être qu’ils ont leurs raisons. Ce que je veux cependant préciser, c’est que le handisport s’est beaucoup développé au cours de ces dernières années. Il a pris de l’ampleur et ça, il faut le reconnaître», fait-il remarquer.

Revaloriser l’entraîneur

Bénévole qu’il est depuis 16 ans, il avoue que travailler avec les athlètes sourd n’est guère évident. D’autant que ce n’est qu’après les heures de travail qu’il se rend au stade Maryse Justin, à Réduit, pour s’occuper de son groupe composé d’une dizaine d’athlètes. «Si je suis toujours actif à ce niveau c’est en raison de ma passion pour le sport. J’aime ce que je fais, j’aime voir mes athlètes progresser», avance-t-il. Giovani Sylvio ne nous mentira pas non plus lorsqu’il explique que c’est même plus compliquée de travailler avec des sourds qu’avec des athlètes valides. «Il faut d’abord comprendre l’athlète et lui inculquer notre philosophie. Il faut pouvoir l’encadrer et ensuite l’aider à franchir des paliers. Ce qui n’est pas facile à faire», fait-il ressortir.

Il n’empêche qu’il est aujourd’hui fier du travail qui est accompli et ce, malgré les conditions pas toujours évidentes. «On domine au niveau régional et on arrive même à percer au niveau continentale et mondiale. C’est la raison pour laquelle je dis que le handisport mauricien est en constante progression », dit-il. Ainsi, Giovani Sylvio aurait bien aimé que le travail des entraîneurs soit mieux reconnu par les autorités concernées. «J’estime que notre travail doit être reconnu à sa juste valeur. Nos athlètes sont récompensés et notre travail mérite aussi d’être revalorisé. Il faut savoir donner du crédit à tout ce qui se fait à l’ombre», conclut-il.