Les débats ont fait rage hier soir au parlement entre le gouvernement et l’opposition lors des interventions sur le nouveau Sports Bill, présenté en deuxième lecture par le ministre de la Jeunesse et des Sports, Devanand Ritoo. Si le leader de l’opposition, Paul Bérenger, a proposé trois amendements dont le retrait du projet de faire revivre les clubs de football d’antan, la désignation d’un Ombudsperson for Sport par le président de la République et le retrait d’une peine d’emprisonnement de deux ans qui est prévu dans le Bill, Shakeel Mohamed s’est lui prononcé en faveur du retour des clubs d’antan et a même fustigé la classe politique des gouvernements qui se sont succédé depuis le tristement célèbre match Fire Brigade/Scouts Club pour leur inertie à en identifier les véritables causes.
Pesant bien ses mots, Paul Bérenger s’est étendu longuement sur ce qui « fait polémique quant aux intentions déclarées de faire revivre les clubs d’antan. » Se disant au départ même fondamentalement opposé en dépit des intentions et garanties données par le ministre Ritoo pour éviter tout dérapage sur la base d’un cahier des charges, il a brandi la menace du réveil du démon communal et tous les risques que ce retour comporte. « Je suis convaincu que le sport communal ne passera pas. La quasi totalité s’est prononcé contre, surtout les jeunes, que je félicite. Chacun assumera ses responsabilités devant l’histoire », a-t-il martelé.
Il a fait l’historique des moments sombres du pays préindépendance « où les communautés s’entre-tuèrent en 1965 suivi de l’explosion raciale début 1968, de l’état d’urgence et de la venue des troupes britanniques. Et c’est sous les protestations des baïonnettes anglaises que le pays a obtenu l’indépendance en 1968. Le MMM a été créé en 1969 pour barrer la route au démon communal. Après, il y a eu des bagarres après les matches de foot et les familles ont parfois vécu dans la terreur. Cela a débouché sur 1999 où on n’était pas passé loin de l’explosion communale… Ainsi, c’est au nom de l’histoire, la vraie, de notre pays, de la souffrance subie et de l’unité de notre peuple que nous disons non à cette tentative de faire revivre les clubs d’antan. »
Position du CIO
Pour le reste du texte de loi, il s’est dit en général contre la mainmise du ministre et du ministère des Sports sur les fédérations et clubs. Il a réclamé au ministre une copie de la lettre contenant l’accord donné par le Comité international olympique (CIO) et le Comité olympique mauricien (COM) après consultation avec le MJS ainsi que les échanges de correspondances qui ont eu lieu en ce sens entre les différentes parties pour l’élaboration de cette loi. Cela dans un souci de transparence et dans l’intérêt de tout en chacun.
Paul Bérenger a aussi voulu connaître la position du CIO sur la loi qui oblige les fédérations et les clubs à obtenir la reconnaissance du ministre avant d’être enregistrés auprès du Registrar of Associations (RoA). « L’ancienne loi ne prévoit pas cette obligation aux clubs, même si les fédérations devaient elles, par contre, obtenir provisoirement la reconnaissance du ministre avant d’aller au RoA. Si on va changer la loi, nous souhaitons connaître la position du CIO là-dessus. Si celui-ci est au courant, on ne peut être plus royaliste que le roi », a-t-il déclaré.
Concernant le création des clubs semi-professionnels, l’opposition s’en est dit foncièrement contre étant donné que ces clubs existent déjà et que la définition du terme semi-professionnel est mal formulée. Il a donc proposé d’amender cette clause et a demandé aussi bien le retrait des clauses favorisant le retour des clubs de football d’antan.
S’agissant de l’Ombudserson for Sports, Paul Bérenger, en se basant sur le modèle établi dans le cas de l’Ombudperson for Children, est d’avis que celui-ci doit de la même façon être nommé par le président de la République en concertation avec le Premier ministre, le leader de l’opposition, le ministre des Sports, le COM et toute autre personne jugée apte à assumer ce rôle afin que rendre l’Ombudsperson for Sports vraiment indépendante, comme la loi le prévoit. Il a proposé d’amender en ce sens cette partie du Sports Bill.
Enfin, se référant à la raison pour laquelle le président du COM a décrit dans la presse de répressif et dictatorial le Sports Bill, Paul Bérenger explique que c’est parce que le sport est organisé par des volontaires et que personne ne mérite d’être emprisonné quand elle a fauté. « On peut, par contre, imposer une amende, mais pas la prison. Je propose donc que cette partie du Bill soit aussi amendée. »
Auparavant, Devanand Ritoo a passé une fois de plus en revue les objectifs du Sports Bill, soulignant que « we adopted an open door policy and a result-oriented approach. » « Ma priorité de est donner une forme au sport à Maurice de manière à favoriser la bonne governance, la transparence et la démocratie, et plus loin améliorer nos performances et maintenir notre succès à un niveau élevé. J’ai apporté ma touche personnelle au Bill en mettant en avant ma propre expérience vécue dans l’arène sportive. » Il a rappelé que les règlements intérieurs des fédérations « doivent être visées (vetted) par le MJS afin d’assurer une autonomie avec responsabilité. »
Pravind Jugnauth : intention « démoniaque »
Succédant à l’intervention de Paul Bérenger, le ministre du Travail, Shaqueel Mohamed, est venu à la rescousse de son homologue des Sports en demandant à l’opposition de présenter les aspects du projet de loi qui sont en conflit avec la Charte Olympique. Il s’est par ailleurs insurgé contre ce qu’il a qualifié de dictât du CIO, Maurice étant un État souverain. Il s’est élevé et a trouvé inacceptable la nécessité d’obtenir au préalable l’approbation ou l’aval du CIO pour établir le Sports Bill.
Il a également blâmé sévèrement tous les gouvernements qui se sont succédé depuis mai 1999, y compris le gouvernement travailliste qui était au pouvoir au moment des faits, de n’avoir jamais institué une véritable enquête pour trouver les véritables raisons qui provoquèrent les incidents ayant marqué le dernier match du championnats de D1 de football opposant le Scouts Club à la Fire Brigade au stade Anjalay.
« À l’étranger, les clubs trouvés coupables de hooliganisme n’ont pas pour autant cessé d’exister puisque des législations ont été apportées au parlement dans ces pays pour combattre ces fléaux. Ici, on a fait du football et des supporters les seuls coupables au lieu d’en trouver les véritables causes. Nous sommes tous responsables. Et aujourd’hui toujours, notre politique et nos choix sont motivés par des motifs communaux et autres castres au lieu d’agir en vertu de la capacité de tout un chacun. Nous gardons dans nos gènes les mêmes mauvaises habitudes qui nous cultivions dans les années 1950, 60, 70. Nous devons changer d’attitude et cesser d’être hypocrites », a-t-il, entre autres, clamé. Il s’est dit en faveur du retour sur la scène des clubs de football d’antan.
Prenant ensuite la parole, le leader du MSM, Pravind Jugnauth, a déploré que « the intention behind the bill is démoniaque and against what they (l’État) preach. Il s’est dit convaincu que le Sports Bill représente une tentative délibérée d’exacerber la tension communale. « La politique du MJS est de s’immiscer à tous les niveaux dans les structures sportives du pays. Une levée de boucliers est à prévoir. L’ultimatum du CIO pèse sur Maurice et une sanction n’est pas exclue… déclaré
Dhiraj Khamajeet, député du Parti Travailliste, le PPS Abdullah Hossen, Franco Quirin, député du MMM, et Francisco François, député de Rodrigues, sont aussi intervenus durant la nuit. Cette séance a pris fin à 2h45 et se poursuivra le mardi 10 décembre, selon le souhait formulée par le VPM, Rashid Beebeejaun.