Le retard dans l’aménagement des infrastructures adéquates pour le relogement des squatters dans certaines régions, dont Pointe-aux-Sables, a dominé la PNQ que le leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, a adressée hier au VPM et ministre des Terres et du Logement, Showkutally Soodhun. Alors que ce dernier a affirmé que toutes les infrastructures et services, dont les routes, l’installation des réseaux appropriés pour la fourniture d’eau et d’électricité, seront complétées en juin, le leader de l’opposition, photos à l’appui, a démontré que les travaux n’ont même pas commencé. Contrairement aux deux précédentes PNQ, qui avaient donné lieu à des débats houleux, celle d’hier, ayant plutôt un caractère social et humanitaire, a donné lieu à des échanges largement consensuels en présence de plusieurs personnes relogées ou qui ont obtenu des sites alternatifs.
Le leader de l’opposition avait demandé au vice-Premier ministre si par rapport aux squatters de Port-Louis, Rivière-Noire et Grand-Port, il pouvait indiquer le nombre de familles qui, sur chaque site, ont été régularisées, qui ont eu un site alternatif, qui ont été déplacées, qui n’ont pas été régularisées et à qui aucun site alternatif n’a été proposé. Il réclame également des détails sur les infrastructures « qui ont été installées » au niveau de la route, de la fourniture d’eau et d’électricité.
Dès sa première question après la réponse donnée par Showkutally Soodhun, le leader de l’opposition a voulu savoir si, concernant le relogement des squatters à Pointe-aux-Sables, il avait bien dit que « tous les services publics appropriés seront prêts en juin ». Et de réfuter : « It will be completed in june. » Ce à quoi le leader de l’opposition a montré des photos récentes de la région indiquée pour soutenir que l’aménagement d’infrastructures ne sera « pas prêt » en juin, comme annoncé. « Les travaux n’ont même pas commencé et beaucoup de personnes vivent dans des conditions des plus déplorables », a insisté le leader de l’opposition. Le vice-Premier ministre, qui n’a pas caché sa surprise, a alors annoncé qu’il « fera une visite à Pointe-aux-Sables ce matin ». Xavier-Luc Duval a expliqué que les habitants de la région ne disposent pas de route, d’électricité ou encore d’eau, et « vivent dans des conditions pires que celles qu’ils ont connues alors qu’ils vivaient à Port-Louis ». Et de demander « quand les travaux seront entrepris ? ». Il a également indiqué qu’il fera ce matin une inspection sur place.
Le leader de l’opposition a par la suite interpellé le ministre Soodhun sur plusieurs régions où se trouvent les squatters. Concernant Baie-du-Tombeau, le ministre a expliqué que la situation est « compliquée » et que la construction de longères est envisagée « en attendant que les personnes concernées soient relogées ». À Tranquebar, les squatters n’ont pas été régularisés car ils ont été installés sur des terrains privés. Concernant les squatters de La Ferme, un comité a été institué sous la présidence de Showkutally Soodhun pour se pencher sur les possibilités de leur relogement. Du côté de Cotorafin et de Dilopuri, le ministre a expliqué que ces terres « ne sont pas sous sa responsabilité ».
Concernant l’African Town, il a donné l’assurance que « le nécessaire sera fait pour que les habitants aient accès à l’eau et l’électricité ». Plusieurs parlementaires ont attiré l’attention du ministre sur la situation des squatters dans leur circonscription, notamment Veda Baloomoody, qui a fait mention de la situation à Pointe-aux-Sables. Reza Uteem est revenu à la charge concernant les 82 squatters de Tranquebar et Adrien Duval a invité le ministre à se pencher sur la situation de neuf squatters de Cité Malherbes avant d’évoquer un problème à Grand-Port.
Dans sa réponse initiale, Showkutally Soodhun a expliqué que la régularisation des squatters en général est sujette à des critères d’éligibilité, à savoir que la personne concernée « ne doit pas être propriétaire d’un terrain » et que sa situation économique doit être « très précaire ». Certains de ces squatters peuvent faire une demande pour l’obtention d’une unité de logement dans le cadre des plans logement du NEF et de la NHDC, qui alloue des sites moyennant une location déterminée tenant en compte leurs revenus. « The issue of squatters is a very sensitive issue which has to be handled with utmost care and humanity. The cut-off date for regularization of squatters is 1st july 2005. »
Le ministre a indiqué qu’en septembre 2015, il y avait à Port-Louis 347 squatters, répartis sur 14 sites, et dont 62 ont été régularisés. Des sites alternatifs ont été alloués à 192 squatters à Pointe-aux-Sables et Batterie-Cassée. De ce nombre, 107 ont déjà déménagé sur les sites qui leur ont été alloués alors que 45 ne peuvent être régularisés ni se voir allouer des sites alternatifs « pour de nombreuses raisons », notamment car ces endroits ne sont pas habitables, car les terrains où ils se trouvent appartiennent à des propriétaires privés ou sur des terres de l’État déjà louées à bail, voire parce qu’ils n’ont pas soumis les documents nécessaires. Dans le sillage de l’annonce selon laquelle les travaux d’infrastructures à Pointe-aux-Sables seront complétés en juin prochain avant que le site ne soit confié aux autorités locales, le ministre a expliqué que les chiffres qu’il a indiqués ne comprennent pas les squatters de Longère Tole et Longère Blanc, à Baie-du-Tombeau. Et de souligner que 140 familles ont été identifiées dans cette région en juillet 2016 et que les familles comprennent 560 personnes ne disposant que de trois toilettes et salles de bains. La NHDC s’occupe du relogement de ces personnes et une somme de Rs 225 millions est prévue pour ce projet. Les appels d’offres seront lancés en juillet prochain.
À Rivière-Noire, il y a 232 squatters, dont 36 ont été régularisés. Concernant les 132 squatters de La Ferme et d’Eau-Bonne, ils seront relogés en tenant en considération la réhabilitation du réservoir de La Ferme. Un comité se penche sur la question. Quelque 64 squatters vivant à Dilo Pouri, au Morne, ne peuvent être régularisés car ils se trouvent sur des terrains appartenant au ministère de l’Agro-Industrie. À Grand-Port, il y a 81 squatters, dont 63 ont été régularisés. Aucun d’entre eux n’a été réinstallé sur des sites alternatifs. Les autorités se penchent sur cinq cas dans lesquels les familles ont été installées sur des terres marécageuses.