DR MALA MODUN-BISSESSUR

Durant ses séjours à l’étranger, l’ancien Premier ministre sir Seewoosagur Ramgoolam tenait à rencontrer des étudiants mauriciens qui s’y trouvaient pour un moment de partage. Ces rencontres, organisées par des officiers de nos ambassades, étaient tenues à l’hôtel où logeait la délégation mauricienne ou encore chez un particulier. Ainsi, en 1970 en Irlande, à Dublin, dans une atmosphère détendue chez une famille le Premier ministre s’adressa à tout un chacun, et profita même de cette opportunité pour questionner un de nous :

DR MALA MODUN-BISSESSUR
(LRCP.LRCS,I. DU(PUBLIC HEALTH)

« Pourquoi voulez-vous être médecin ? »

« Je veux servir mon pays », répondit l’étudiant.

Le Premier ministre enchaîna :

« Quelle est la population de Maurice ? »

Notre ami n’avait pas la réponse, balbutia quelques mots. C’est alors que le Premier ministre lui fit part de manière ferme, mais polie : « You want to serve your country,  first know the country you want to serve. » C’était à la fois le patriote, le chef du gouvernement et le médecin qui parlait.

Par l’entremise de ces mots, SSR nous inculquait le sens d’appartenance à la nation mauricienne – servir son pays est une vocation qui mérite tout un dévouement et en tant que médecin il fallait être au courant du tableau sanitaire du pays pour pouvoir s’engager.

De retour à Maurice, j’ai été affectée à l’Hôpital du Nord : le Sir Seewoosagur Ramgoolam National Hospital à Pamplemousses. Par la suite, j’ai été mutée dans plusieurs dispensaires, centres de santé, hôpitaux à travers Maurice, Rodrigues et Agalega. Ces transferts – très souvent sans justificatifs ou préavis – étaient comme une épine dans ma gorge, mais l’opportunité m’était offerte de mieux connaître mon pays, et je me suis souvenue alors des propos de SSR. Ce dernier avait également demandé à nous, les jeunes d’alors, de revenir au pays pour contribuer au développement de Maurice, et par là même rapprocher les soins de santé des milieux ruraux.

C’est par le biais de la détermination et du sens de la diplomatie de SSR que l’Indépendance de notre pays de la Grande-Bretagne fut octroyée. Le Premier ministre avait aussi une vision: l’indépendance des secteurs sous notre responsabilité, et ceci passant par une démocratisation des services.