To-Ching Foo-Seng, alias Baba, âgé de 66 ans, et son frère Leung To Chun, alias Marlen, âgé de 68 ans, tous deux soupçonnés d’avoir mortellement agressé Patrick Souavé, 40 ans, le 12 janvier lors d’une tentative de cambriolage chez eux à Sainte-Croix, ont participé hier après-midi à une reconstitution des faits, assistés de leurs avocats, Mes Neelkanth Dulloo et Neil Pillay. Malgré un attroupement rue Canal Bathurst, l’exercice s’est déroulé sans incident. D’ailleurs, des habitants présents ont tenu à apporter leur soutien aux deux suspects. « Ki ou ti pou fer si enn voler rant kot ou avek enn zarm dan lame ? Voler ti pe atake, zot bizin defann zot », estiment des individus sur place. Ces derniers n’ont pas souhaité témoigner à visage découvert car, disent-ils, « bann fami viktim res dan landrwa la mem », ajoutant : « Nou pa anvi gagn okenn problem ar zot ! »

Vers 14h hier, le suspect To-Ching Foo-Seng est emmené chez lui pour un exercice de reconstitution des faits. Vêtu d’un t-shirt et d’un short, Baba ne porte ni gilet pare-balles, ni même un casque pour le protéger, comme c’est le cas normalement. D’ailleurs, la CID de Port-Louis Nord, en charge de l’enquête, n’a fait appel à aucun renfort auprès de la Special Supporting Unit (SSU), ni même à la police régulière. « Nous n’en avons pas besoin car ces deux frères sont populaires dans la localité. En plus, les gens ne sont pas hostiles », explique un enquêteur.

En descendant du véhicule de police, le suspect a vite caché son visage avec son t-shirt pour éviter les photographes de presse. Il est vite rejoint dans sa maison par Me Neelkanth Dulloo, où il est revenu sur ses faits et gestes le jour de l’agression. Baba a indiqué aux policiers qu’il se trouvait dans sa chambre quand il a entendu du bruit à l’extérieur. En descendant dans sa cour, il a remarqué qu’une imposte avait été défoncée. « Monn al kone ki enn voler inn rant andan », dit-il, avant d’avancer être tombé nez à nez avec l’individu, qui était armé d’un morceau de ferraille. Il a précisé avoir reçu un violent coup à la tête mais qu’il a quand même tenté de se défendre. Baba a ajouté avoir frappé Patrick Souavé. « C’est de la légitime défense », allègue-t-il, soulignant que son frère et lui ont lutté avec la victime pendant plus d’une heure et demie. Cet aspect est très contesté par la CID car, selon elle, Patrick Souavé est de faible corpulence et pouvait être désarmé à deux contre un. Néanmoins, To-Ching Foo-Seng a déclaré que son frère et lui se sont défendus et ont ensuite mis la victime à la porte.

Cette déclaration a été confirmée par Marlen, qui a aussi participé à un exercice de reconstitution des faits juste après le départ de son frère. Cependant, il tente de mettre Baba hors de cause dans cette affaire en soutenant que c’est lui qui a tabassé Patrick Souavé. « Monn tann mo frer pe kriy voler. Ler mo desann, mo trouv li pe lite avek enn boug. Monn rantre pou dafann Baba », a-t-il dit. Leung To Chun dit n’avoir eu d’autre choix que de frapper le quadragénaire. Il avance que la lutte était « difficile » car leur adversaire leur opposait de la résistance. « J’ai moi-même subi des blessures. » Quand le récidiviste en sang s’est écroulé, Marlen l’a pris pour le laisser dans la rue. Mais les hommes du surintendant Shyam Bansoodeb estiment que les deux frères se sont acharnés sur la victime, qui a subi des coups pendant plus d’une heure.

L’aspect de la légitime défense est très contesté par la CID, d’autant que les deux frères n’ont pas appelé la police aussitôt qu’ils ont pris le dessus sur Patrick Souavé, qui respirait encore. Ce n’est qu’après plus de deux heures, inerte dans la rue, que le quadragénaire a été transporté à l’hôpital Jeetoo, où il a rendu l’âme peu après. Le rapport de l’autopsie a conclu son décès à un “shock due to facial and cranial injuries”.