Yanick Guylène a tous les atouts en main pour faire du très bon humour. Ceux qui l’ont vu sur scène samedi soir au Kafet@ Komiko seront sûrement de cet avis. Enba Lao, son stand-up, contient de très bonnes idées, qu’il revient à l’artiste de savoir mieux exploiter pour passer la rampe.
Ne parlons pas politique. Parce que les ti-lespri considéreront l’acte comme blasphématoire et s’en indigneront. Mais quelques questions sont autorisées sans qu’elles ne fassent (trop) mal. Nos politiques viendraient-ils d’une autre planète ? Se pourrait-il que nous soyons en présence d’une forme de vie venant d’ailleurs ? Tenez donc, souligne Yanick Guylène : contrairement au commun des mortels, Navin, personne ne l’a jamais croisé en train de faire du shopping à la Rue Farquard. Et Pravin, on ne l’a jamais vu prendre une p’tite bière sous la varangue de la boutique du coin. Étrange, n’est-ce pas ? Dans le cas de Xavier, aucune ambiguïté : lui, au moins, on le sait très humain. Même Thalassa en avait parlé…
L’art et la manière
Allez. Trêve de délire et revenons au sujet du jour : le stand-up de Yanick Guylène, qui a débuté samedi soir sur cette note politique, pas tout à fait politiquement correcte. Comme pour dire que l’on parlerait de tout et de rien, en brisant quelques tabous, quitte à égratigner au passage certaines susceptibilités et des règles établies.
Voilà les portes grandes ouvertes à toutes les possibilités, avec, en fil rouge, ces sujets de la vie dont on évite souvent de parler pour des raisons que, finalement, l’on a du mal à saisir. Discutons des choses qui se passent dans les toilettes, des relations hommes-femmes, des gays, des machos, de la taille du zizi, des belles-mères, des femmes, de la grosseur du popotin de l’humoriste, etc. Une heure trente pour dire tout cela : l’artiste a pensé à un spectacle étoffé, l’humour se situant aussi dans la manière de dire.
Yanick Guylène a l’art de la tchatche. Il sait rendre ses sujets percutants et trouver la phrase ou les expressions qui rajoutent de la saveur à la conversation lancée avec le public, sans donner l’impression de forcer. Il a du charme, une vraie aisance sur scène et s’assume suffisamment pour être entièrement décomplexé. L’artiste est aussi courageux. Parce qu’il faut vraiment en avoir entre les jambes pour oser sur scène un style qui n’a pas encore su trouver ses marques à Maurice, et s’y investir autant. Dans l’esprit, le sarcasme, l’humour, on lorgne du côté du Jamel Comedy Club.
Confiance et trac
Yanick Guylène est sur la bonne voie. L’artiste a déjà tout ce qu’il faut pour grandir et apporter sa contribution pour que l’humour mauricien progresse et gagne en qualité. Considérons donc Enba Lao comme un premier jet qui demande à être peaufiné et dépoli pour en tirer le meilleur. Car à certains moments, il semblait évident que l’humoriste perdait le fil de son jeu, allant jusqu’à oublier des chutes qui s’annonçaient croustillantes. Une meilleure préparation lui aurait permis d’éviter le tableau blanc qu’il a dû poser sur scène pour qu’il retrouve ses marques.
Yanick Guylène gagnerait aussi à savoir amener sur scène toute la force qu’on lui connaît dans les coulisses. Il lui suffirait de se faire pleinement confiance et de vaincre ce trac qui l’a parfois gêné.
Dans sa forme actuelle, Enba Lao est un bon spectacle. Ceux qui se procureront le DVD qui est déjà en préparation y prendront beaucoup de plaisir. Mais pour son prochain live, conseillons à l’artiste de faire appel à un metteur en scène, qui l’aidera à rajouter de la dimension à son jeu.