« Le plus gros gagnant de ce budget est le secteur privé. Il ne faudrait toutefois pas qu’il l’utilise à son seul avantage. Il lui faut créer de l’emploi. » Tel est l’avis du président de la State and Other Employees’ Federation, Radhakrishna Sadien, qui animait une conférence de presse hier à la Sterling Tower, Port-Louis, pour commenter le budget. La confédération syndicale réclame en outre la mise sur pied d’un mécanisme de suivi pour s’assurer que les mesures annoncées soient réalisées. « Selon nos informations, bien des comités interministériels qui ont été annoncés ne fonctionnent pas et certains n’ont jamais siégé. »
Tout en disant constater que les consultations avec les diverses organisations gouvernementales et non gouvernementales ainsi que la société civile et les syndicats n’ont pas été vaines, plusieurs propositions ayant été entendues par le ministre des Finances dans divers secteurs, Radhakrishna Sadien met en garde contre l’utilisation des facilités accordées au secteur privé. « Il ne faudrait pas que le secteur privé se dise qu’il devait consacrer par exemple Rs 4 Mds pour le salaire minimal et qu’à présent qu’il a eu un Income Support de Rs 1,3 Md, il n’apportera que la différence. »
Aujourd’hui, selon la State and Other Employees’ Federation, « il y a beaucoup d’abus avec le Youth Employment Programme », avant d’estimer que l’on « prend des jeunes et on les exploite ». Il dit espérer que suite aux mesures incitatives qu’il a reçues, le secteur privé crée de l’emploi.
Concernant la fonction publique, le président de la confédération rappelle qu’il y avait 7 000 postes vacants. « Mais après deux ans et demi, seuls 50% des postes ont été remplis. Il y a donc 3 500 postes encore à remplir. La PSC n’a malheureusement pas les moyens de remplir ces postes le plus vite possible. »
Au niveau de l’éducation, Radhakrishna Sadien déplore la politique « d’outsourcing » qui n’a pas été revue dans ce budget. « L’éducation comprend aussi le personnel non enseignant. Il y a un manque de “caretakers” dans les écoles et le ministère a sous-contracté ces services. » Côté “Law and Order”, « on a créé 500 postes de policiers pour régler le problème » d’indiscipline et d’insécurité. « Mais il aurait fallu davantage des assises du social pour identifier les vrais problèmes de société. »
La hausse des boissons alcoolisées n’est pas non plus une bonne idée, selon Radhakrishna Sadien. « Une étude a montré que, même si vous augmentez les prix des boissons alcoolisées, ceux qui en consomment continueront à boire. Nous ne parlons pas ici des “social drinkers”, mais des personnes qui boivent pour noyer leurs problèmes. Ces personnes sont prêtes à voler pour pouvoir consommer de l’alcool. » S’agissant de l’Income Support de Rs 1 000 par mois pour ceux touchant moins de Rs 10 000, Radhakrishna Sadien fait voir « que cette somme varie entre Rs 100 et Rs 1 000, et non pas de Rs 1 000 pour tous ».
Concernant la révision à la hausse de Rs 5 000 annuellement pour les impôts, la confédération est d’avis que « le budget aurait dû faire un effort pour soulager la classe moyenne ». Quant aux travailleurs étrangers, « dont beaucoup viennent illégalement, il faudrait une étude pour qu’il y ait moins d’abus ».  L’annonce de l’agriculture biologique est en revanche une mesure qu’accueille favorablement la State and Other Employees’ Federation. « Il y a malheureusement des personnes qui utilisent ce système pour remplir leurs poches. Il est important que le gouvernement veille à ce qu’on ne mette pas de faux produits sur le marché. » La confédération syndicale accueille tout aussi bien l’annonce de la réouverture de Salazie pour l’élevage du bétail.
Concernant l’investissement massif dans les infrastructures, Radhakrishna Sadien pense qu’il « ne faudrait pas remplacer des terrains fertiles par du béton ». Il poursuit : « Il faut faire le projet de manière intégrée. Si les activités seront décentralisées, faut-il alors investir autant d’argent dans le métro express ? » Il réclame d’ailleurs à ce sujet un débat national. « Le gouvernement ne doit pas foncer tête baissée. »
Alors que le prix de la farine a légèrement baissé et que, conséquemment, les pains « maisons » aussi, il précise : « Ces pains ne sont disponibles souvent que les matins. A d’autres moments de la journée, on trouve les pains « flûte », avec des graines de sésame, pour lesquelles on nous fait payer plus cher. Si la farine baisse, les gâteaux, “farata” et “mines” doivent aussi baisser. Mais qui vérifiera que ces prix baissent effectivement ? Il faut un mécanisme de contrôle. »
Revenant sur le « Law and Order », il estime nécessaire de « s’assurer que notre pays ne devienne pas une société passant son temps à payer des pénalités pour avoir consommé de l’alcool, pour avoir roulé vite, etc ». Et de conclure : « Aujourd’hui, on peut même payer “online”, comme dans le cas d’un commerce électronique ! »