Avec une légère accalmie sur le front de l’opération « Lakaz Lerwa Lion » et les Rs 224 millions du jackpot de River Walk, le Central CID s’est embarqué dans une autre enquête d’envergure, en l’occurrence la State Land Saga et la spéculation sur les Pas Géométriques. Ainsi, l’ancien ministre du Logement et des Terres, Aboo Kasenally, était entendu ce matin de manière formelle par des enquêteurs de la Land Fraud Squad sur sept premiers dossiers compilés et soumis officiellement par le ministère des Terres à des fins d’enquête au criminel. Toutefois, après cette première étape de convocations, le Central CID prévoit de s’attaquer à un morceau crucial avec l’audition Under Warning du Senior Chief Executive Nooorani Oozeer, qui était le chef de Cabinet au ministère des Terres avant d’être muté au ministère de la Santé sous le présent gouvernement.
A la mi-journée, les indications en provenance de sources officielles avancent que l’ancien ministre Kasenally pourrait être entendu à titre de témoin dans ces sept dossiers, avec plusieurs dizaines d’arpents de Pas Géométriques alloués à des agents politiques et qui ont fait l’objet de spéculation foncière, et des cas où les procédures formelles n’ont pas été suivies au niveau du Top Management du ministère. D’ailleurs, une confirmation de cette éventualité concerne le traitement dont a bénéficié Aboo Kasenally à son arrivée au QG du Central CID.
L’ancien ministre des Terres n’a pas eu à franchir l’entrée principale menant aux bureaux du Central CID avec la possibilité pour les photographes de presse de le mitrailler de long en large. Il a gagné l’Interrogation Room des membres de la Land Fraud Squad par une porte dérobée au fond, loin des journalistes présents, dans l’enceinte des Casernes. Ce qui n’a pas été le cas pour l’ancien Premier ministre, Navin Ramgoolam, depuis son arrestation le vendredi 6 février dernier.
Des recoupements d’informations indiquent que parmi les sept dossiers sur lesquels l’ancien ministre Kasenally est entendu depuis ce matin, avec les formalités d’usage, se trouvent les suivants : Lotus Resorts Ltd, avec une dénommée Sandranee Ramjoorawon, une proche parente de l’ancien Premier ministre Navin Ramgoolam, et Rajiv Beeharry, ancien Chief Executive Officer de la Mauritius Post and Cooperative Bank (MPCB) pour une superficie de sept arpents de Pas Géométriques dans la zone à haute valeur touristique et économique de Balaclava, avec de forts soupçons de spéculation foncière, susceptible de rapporter entre Rs 15 et Rs 20 millions l’arpent, Padkam Investments Holdings d’Oogur Kamlesh Naraindranith et Padaruth Dharamvirsing, avec 11 arpents de State Lands dans la même région de Balaclava. Ces Pas Géométriques ont été alloués à ces proches de l’ancien pouvoir travailliste depuis 2007 avec un but précis, soit chercher des investisseurs étrangers avec l’aide du Board of Investment pour réaliser des plus-values allant dans les Rs 150 millions à Rs 200 millions,
Nath & Nath de Premnaty Munhurrun et Soochita Munhrrun, pour un terrain de deux arpents à Balaclava octroyé le 27 février 2009. Ce terrain a même changé de main pour un montant de Rs 35 millions alors qu’une telle démarche n’est pas autorisée par la loi. L’intermédiaire, un dénommé Mahendra Ghumundee, qui a facilité ce transfert, et le notaire, qui a élaboré l’Escrow Account pour le paiement et le transfert de ces Rs 35 millions, devront également être inquiétés à une étape ultérieure de cette enquête de la Land Fraud Squad suite à des dépositions des fonctionnaires du ministère des Terres.
Un autre dossier qui risque de faire beaucoup de bruits encore concerne le terrain de six arpents de Pas Géométriques à Pointe-aux-Piments alloué fin de l’année dernière au Dr Dinesh Ramjuttun, ancien Special Adviser de Navin Ramgoolam au Prime Minister’s Office. Au ministère des Terres, on fait comprendre que les procédures n’ont pas été suivies dans ce dossier et que ce deal foncier a été conclu sur la base d’un coup de téléphone « from higher quarters ».
Le principal concerné, le Dr Dinesh Ramjuttun, rejette les accusations portées par le ministère des Terres en soutenant que ces six arpents font partie d’un Out of Court Settlement intervenu entre les deux parties dans un litige sur un terrain. Il s’appesantit sur le fait que ce terrain avait été alloué à son grand-père depuis 1957. Il rejette toute connexion politique et électorale à cet exercice.
Les autres dossiers faisant l’objet d’enquête au Central CID portent sur des State Lands à Kohinoor Investments Limited, toujours à Balaclava, à Palm Realty Limited et à Vijayi Om Hamara, soit cinq arpents et 55 perches à La Vigie.