Le ministre de la Jeunesse et des Sports, Stephan Toussaint, nommé le 23 janvier dernier, revient sur l’année 2017, avec son lot de médailles, de déceptions et de polémiques. Cependant, il veut se projeter vers 2019, 2020, ou encore 2024, à Paris, où il espère voir les athlètes mauriciens faire du nez aux grandes nations du sport mondial. Mais avant cela, il parle de ses espoirs, de ses attentes, surtout concernant les JIOI 2019. Il s’est confié au Mauricien, quelques jours avant de présenter son premier bilan à la tête du MJS.

Vous avez lancé, vendredi dernier, la nouvelle identité du MJS. Qu’en est-il exactement ?

Ce n’est pas qu’un nouveau logo. Sinon, on le comparerait à un changement de costume, et ce n’est pas du tout le message que nous voulons envoyer. C’est plus profond que ça. Par exemple, nous avons un nouveau slogan, « Youth today, champions today ». Nous voulons que les jeunes soient des champions, et pour cela, nous devons les aider.

Parlons des champions sportifs. C’est aussi facile de les convaincre de croire en leurs capacités ?

Avant de convaincre quelqu’un de croire en lui, il faut aussi lui convaincre d’intégrer une structure qui l’aidera à avancer vers tel ou tel but. Mais au-delà de ça, il y a aussi l’aspect de convaincre quelqu’un, de lui dire qu’il est bon dans son domaine, d’avancer et de croire en lui. Il ne s‘agit pas d’une question de facilité ou de difficultés. Mais le MJS, et moi, de manière plus personnelle, serons là pour faciliter les choses.

Vous avez redéfini l’organigramme du MJS, avec la création de cinq secteurs. Est-ce là la nouvelle impulsion que vous voulez donner ?

Oui, en effet. Nous avons mis en place cinq clusters, qui s’occuperont de l’élite, de la formation, de la technique et des encadrants, du grassroot et du sport pour tous. Je dois dire que le grassroot est important, car c’est la raison pour laquelle nous n’avons pas vraiment de relève.

Vous avez été assez actif ces derniers temps,notamment avec la réouverture du Centre technique national François Blacquart (CTNFB). Pourquoi ne pas avoir laissé ce projet à la MFA?

Cela ne concernera pas seulement le football. Le basket-ball, l’athlétisme et le volley-ball auront eux aussi leurs structures. Et le handball a aussi commencé un travail en ce sens. Je pense que nous avons les infrastructures, le financement et les ressources humaines pour le faire. Et en laissant cela aux fédérations, cela risque de ne pas fonctionner. En fait, nous avons pris nos responsabilités vis-à-vis de la jeunesse. C’est pour cela qu’on s’est embarqué dans ce travail de formation pour les plus jeunes. Mais à la fin, ce sont les fédérations qui hériteront de ce travail et qui sortiront gagnantes.

François Blacquart disait qu’il était surpris de constater la fermeture du CNFF. Vous vous inscrivez, vous aussi, dans cette logique ?

Oui, j’ai été tout aussi surpris. Je ne comprends pas comment on peut fermer une structure qui fonctionnait.

Cela a été facile de le convaincre de revenir pour donner un coup de main ?

Ca fait partie d’un processus d’écoute. Comme je le disais au début, il faut écou- ter les jeunes. On a écouté, on a entendu. A plusieurs reprises, on nous a fait la remarque que la formation technique, de base, tout en bas de la pyramide, qui pourrait fournir des joueurs de qualité aux clubs, n’existait pas. En cherchant bien, nous avons retrouvé François Blacquart, qui a accepté par amitié pour l’île Maurice, et pour Akbar Patel, d’être le parrain du CNTFB.

Il a aussi parlé de sa surprise de constater que les mêmes coaches sont toujours en poste…

Oui, j’allais y venir. Il y a un cluster qui s’occupera de la formation d’entraîneurs qualifiés, qui savent com- ment s’adresser à un enfant de 6-7 ans, à un adolescent ou à un jeune adulte.

Un autre constat, Stephan Toussaint : en sport collectif, Maurice frise un peu le néant total. Qu’est- ce qui ne fonctionne pas ?

La réponse est simple : le travail n’a pas été fait. Je ne blâme personne. C’est seule- ment un constat. Le travail, au grassroot level, n’a pas été effectué. Et nous payons les frais aujourd’hui. Mais la réouverture du CTNFB, et le lancement, pour les disci- plines telles que le basket, le volley, ou l’athlétisme, nous permettra de récolter les pre- miers fruits dans cinq ans.

Selon vous, qu’est-ce qui n’a pas été à la hauteur de vos attentes ou de vos espoirs en 2017 ?

Je pense qu’aux Jeux de la Francophonie, nous aurions pu avoir un peu plus de médailles. En athlétisme, surtout. Je ne citerais pas de noms, mais je sais que certains sportifs ont été déçus d’avoir raté la médaille de près. Il y a des facteurs, comme la chaleur, à prendre en considération. Mais je pense que nous aurions pu faire mieux.

Autre chose : Fabrice Bauluck a dû attendre un moment avant de vous rencontrer après son titre de champion du monde. Un commentaire là-dessus ?

Oui, je peux expliquer. Le jour où la délégation est ren- trée au pays, j’étais au parle- ment. Mais j’avais envoyé les représentants du MJS pour l’accueillir à l’aéroport. J’aurais souhaité y aller personellement. Et ensuite, on devait se voir au bureau. Mais il y a eu des concours de circonstances…

Il y a eu la fameuse histoire des per diems. Qu’en est-il vraiment ? La question est-elle définitive- ment réglée ?

En fait, il faut revoir le terme. Ce qui a pendant long- temps été appelé per diem est en fait un out pocket allo- wance. Maintenant, les explications. Il y a, au moins cinq structures autour de l’athlète : la fédération internationale, la fédération locale, son club, lui, et le MJS. Mais à chaque déplacement, c’est le MJS qui se retrouvait avec les notes de frais. Nous avons seulement lancé un appel pour que les fédérations s’impliquent un peu plus. Pour la petite histoire, la Fédération mauricienne de cyclisme (FMC) n’a rien demandé comme out pocket allowance pour le déplacement de sa sélection au Tour du Rwanda.

Après les performances intéressantes des Aurélie Halbwachs et Fabrice Bauluck, qu’en est-il de 2018 ?

Il y a aura plein de compétitions internationales, dont les Jeux du Commonwealth, où nos athètes pourront se jauger. En fait, nous voulons voir au-delà de 2018 ou de 2019. Nous voulons mettre sur pied un programme qui s’intitulera Road to Paris 2024, où chaque fédération qui pressent qu’un de ses athlètes peut être médaillé le recommandera. Il ne s’agit plus d’aller faire de la figuration, mais d’aller vraiment bousculer les choses à Paris, dans sept ans.

Vous parlez d’aller bousculer les choses à Paris. Mais dans une majorité des cas, c’est le contraire qui se produit. Est-ce que ce n’est pas là le problème justement ?

C’est justement ce qu’on veut faire : nous voulons en- cadrer les athlètes pour qu’ils arrivent en phase finale de Paris 2024. Il ne s’agit plus d’envoyer le maximum pour faire de la figuration, mais pour faire quelque chose, pour tancer les autres nations. Je lance un appel aux fédérations pour qu’elles soient objectives, pour qu’elles recommandent vraiment leurs meilleurs éléments.

Après 2018, 2019 et les Jeux des îles. Une année que tout le monde attend. Mais faut-il se contenter des JIOI, de les voir comme un Graal ?

La première édition des Jeux s’est tenue en 1979. A cette époque, il était difficile d’avoir des athlètes dans les grandes manifestations sportives, comme aux Jeux du Commonwealth ou aux JO. A cette époque, oui, c’était plus que raisonnable. Mais avec le temps, après une médaille olympique, je suis d’accord pour dire que nos sportifs ne doivent pas voir les JIOI comme une finalité !

Quelles sont vos attentes pour les JIOI ?

Que les Mauriciens en gé- néral s’approprient les JIOI. Il n’est pas donné à chaque génération de vivre les Jeux dans son pays. Les JIOI reviennent après 16 ans. Est-ce que cette jeunesse va attendre encore 16 ans pour revivre ? Non. Je m’attends que chaque jeune de la République participe à fond dans les JIOI.

Début juillet, vous avez nommé Jean-Pierre Sauzier à la tête du COJI. The right man in the right place ?

Oui, bien sûr. Quand l’an- cien CEO est venu me dire qu’il ne souhaitait pas continuer, j’ai pris mon temps pour chercher l’oiseau rare. On l’a trouvé en la personne de M. Sauzier, qui a fait un travail de fourmi depuis son arrivée à la tête du COJI. Je suis très content de voir son implication.

Quels sont les grands chantiers qui attendent le COJI ?

Pour commencer, il faut mettre de l’ordre dans la paperasse. Ensuite, il fau- dra se concentrer sur les infrastructures. Ce sera fait à partir de janvier. Pour l’instant, nous sommes à la recherche de sponsors, car ce sera un budget conséquent. Ensuite, le démarrage du complexe sportif de Côte d’Or. Dans la foulée, le suivi des athlètes sera également une priorité du MJS.

Vous avez dit, récem- ment au parlement, que Maurice pouvait viser l’or au basketball aux prochains JIOI. Or, on sait que cette discipline n’a jamais réussi à produire de probant…

J’avais dit «viser l’or, pourquoi pas ». Mais je suis convaincu que c’est faisable. J’ai rencontré le responsable de la sélection féminine, et il m’a rassuré quant au fait que les joueuses seront prêtes.

La Réunion, à travers le CROS, a menacé de se retirer des JIOI. Mais ils ont finalement revu leur position, et seront bien présents en 2019. Est-ce beaucoup de bruit pour rien ?

Je ne vois pas les choses sous cet angle. D’abord, c’est inimaginable que La Réu- nion ne soit pas présente aux JIOI ! Les Réunionnais ont eu des demandes qui étaient légitimes selon leur pointdevue.Ilyaeudes conférences de presse et des correspondances. Ce sont les relations spécifiques entre les îles, et la relation particulière entre Maurice et La Réunion, qui ont dé- bloqué la situation.

Après près d’un an à la tête du MJS, quel serait votre souhait le plus ardent ?

Mon souhait ? Je souhaite que nous ayons une nation sportive, que la culture du sport soit ancrée dès le plus jeune âge. Que tout le monde comprenne l’impor- tance du sport. Le sport est une compétition avec soi, que ce soit pour l’amateur qui se maintient en forme, ou le professionnel qui recherche la performance.

Propos recueillis par Jonathan Oriant